Jacques Alphonse Doucet compare son style musical au caviar : « Si tu aimes ça, cool ; si tu n’aimes pas ça, je respecte ça, mais ce n’est pas le problème du caviar. »

Jacobus réaffirme son identité rap avec «Caviar»

En lançant «Le retour de Jacobus» en 2017, Jacques Alphonse Doucet annonçait la résurrection de l’alter ego qu’il avait créé à ses débuts. Tuxedo sur le dos et white collar au cou, l’alias du Néo-Écossais réaffirme son identité rap et entame son règne dans «Caviar», le deuxième album de sa trilogie paru le 1er février.

Le coup d’État était planifié : en prenant une pause de Radio Radio, Jacobus amorcerait une conquête solo en trois actes – le retour, le règne et le déclin.

En montant sur le trône, le monarque autoproclamé a fait le ménage de sa cour. Pour la première partie de son triptyque, l’auteur et interprète s’était allié avec Arthur Comeau, qui signait les beats de Radio Radio sous le nom d’Alexandre Bilodeau jusqu’en 2014. Les deux avaient commencé à faire de la musique ensemble et avaient inventé l’avatar de Jacques lorsqu’ils étaient adolescents.

« Il avait 15 ans, moi j’en avais 16. Aux origines de mon aventure musicale, il y a Alexandre, détaille Doucet. Tout le processus musical (du premier album), je voulais le faire avec lui, mais ça restait très Radio Radio, moins une personne ou deux. »

Pour le deuxième acte, « c’était important de changer un peu de son, rien que pour que les fans comprennent que ce n’est pas la même chose ». Cette sonorité renouvelée, dansante et plus rap sans pourtant déstabiliser ses apôtres, serait comme les œufs que le dandy déguste « straight from » le ventre d’un saumon sur sa nouvelle pochette. « Le caviar, tu aimes ou tu n’aimes pas ça, pour le goût, la saveur, ou pour ce que ça représente : les super riches, le gaspillage et l’arrêt de la croissance des espèces. C’est un peu comme mon style musical et même mon personnage : si tu aimes ça, cool ; si tu n’aimes pas ça, je respecte ça, mais ce n’est pas le problème du caviar ! »

Deux nouveaux collaborateurs, DJ Unpier et Kenan Belzer – des Ontariens –, cosignent les rythmes de Caviar. Pierre Kwenders et Michel Bénac, le chanteur de Le Groupe Swing (LGS), se sont aussi greffés au projet (dans Faire la fête et La neige, respectivement).

En jeux de mots et de sonorités, le dauphin pince-sans-rire inscrit sur sa proclamation royale être mordu des films de James Bond (Mr. Bond), s’emmerder ferme l’hiver chez lui à Hawkesbury (Stimulant) et détester royalement la plage (F la plage). « Chez nous, en Nouvelle-Écosse, il y a une super belle plage de sable, la Plage de Mavillette. Mais l’eau est toujours frette. Puis le sable, ça se glisse partout, dans chaque petite crevasse que tu as. Entre les orteils, dans les yeux... », justifie l’Acadien qui a grandi en allant à la chasse aux coques avec son père. « Il faisait toujours cinq ou six degrés quand on y allait parce que c’était plus facile d’en trouver. Je n’étais pas capable de les dessabler. Je ne comprends toujours pas comment ! Aujourd’hui, j’adore manger des coques, mais je déteste les gratter, honnêtement. Je respecte mon père énormément de pouvoir le faire, mais... F la plage, man ! »

Sa carte de visite indique également que lorsqu’il ne s’approvisionne pas à son (récemment défunt) magasin général (One Stop Shop), l’empereur se procure ses nouveaux habits dans les garde-robes de sa parenté (Fur Coat HandmeDown). « Peu importe sa situation financière, ça sauve des sous quand des enfants se donnent des hand-me-downs. Mais moi, en grandissant, je n’avais que des cousines... alors tous mes vêtements, au niveau des jeans et des t-shirts, c’était tout à des filles ! » raconte le principal intéressé.

« Le deuxième degré est important sur cette chanson-là », comme dans tout l’opus de celui qui emploie l’humour dans chacune de ses compositions. « Il n’y a rien de trop sérieux ou lourd, c’est vraiment un album passe-partout pour l’année. Ça ne fait pas trop printemps, été ou hiver. C’était ça, le but. »

Une dégringolade « légendaire » du souverain est prévue pour 2022. Jacobus « mettra tout sur la table » pour le troisième épisode de sa trilogie, qui pourrait aussi être le dernier disque de sa carrière. « C’est encore plus difficile maintenant, parce que le climat a tellement changé dans l’industrie de la musique. Les disques ne vendent plus, les spectacles sont tellement difficiles à vendre et ce sont les social media qui règnent, alors il faut trouver une façon de se réinventer », souffle le trentenaire.

« À quarante ans, ce sera peut-être le temps de faire autre chose. Ça se peut que je fasse d’autres albums dans d’autres styles ou que je travaille dans le domaine artistique, mais derrière les estrades. On va voir ; pour l’instant, celui-là, la mise, ce sera le tout pour le tout. »

Radio Radio de retour

Lorsque Jacques Alphonse Doucet avait démarré sa carrière solo, rien n’avait encore été décidé quant à savoir s’il fallait faire ou non son deuil de Radio Radio.

Bonne nouvelle pour les nostalgiques de la formation hip-hop : Doucet et son complice Gabriel Malenfant – qui a ouvert un café pendant l’entracte – feront paraître un nouvel album d’ici deux ans. Le duo est déjà retourné en studio pour en enregistrer les premières maquettes. « Ça va être plus mature », promet Doucet, en ajoutant que les chansons à venir feront surtout le bonheur des fidèles de longue date. « Ça fait quand même 10 ans, Radio Radio. Disons que ça va plaire surtout au fan qui a trente-quelques ans au lieu d’aller chercher un jeune qui a 18 ans. »