Iskwé, femme et artiste métissée serré

Iskwé est artiste et autochtone. Ce qui ne veut pas dire qu’elle crée de l’art autochtone pour autant. Pour cette femme aux racines cries, métisses et irlandaises, la nuance est essentielle.

«Ma culture est une part de mon quotidien. Créer est aussi une partie importante de qui je suis. Ce sont deux facettes de ma personnalité qui s’expriment à travers ma musique, mais je refuse qu’on me limite à une seule dimension en me cantonnant au rôle d’artiste autochtone. Parce que quand je chante à propos de la terre et de l’eau menacées, je ne chante pas à propos d’enjeux touchant seulement les Premiers Peuples, mais bien d’une cause qui devrait tous nous rallier!» clame-t-elle.

L’auteure-compositrice-interprète se réjouit d’ailleurs, à ce chapitre, du Juno (dans la catégorie Producteur de l’année) remporté au printemps par les DJs d’Ottawa A Tribe Called Red. «C’est bien, de voir des artistes issus des Premières Nations gagner dans des catégories générales comme celle-là! Parce que nous sommes des artistes à part entière!»

Iskwé lançait, début novembre, The Fight Within, sur lequel elle ne s’empêche pas pour autant d’aborder des sujets tels le racisme, les épidémies de suicide au sein des communautés des Premiers Peuples et la disparition de milliers de femmes autochtones. Elle était d’ailleurs à Winnipeg lors de l’assassinat de Tina Fontaine, âgée de 15 ans.

Or, si elle le fait, c’est mue par l’espoir d’être partie prenante du dialogue «important et nécessaire» pour faire changer les choses.

«Lorsque j’ai entamé le processus de création de The Fight Within, j’ai réalisé que si je voulais que les choses changent autour de moi, je me devais d’être moi-même agente de changements.

«J’ai ressenti le besoin de prendre la parole pour engager la conversation. Avec les miens, bien sûr, mais avec les non autochtones aussi.»

Elle s’est elle-même mise à l’écoute du «changement de ton» qui résonne en Amérique du Nord, de ce retour à des chansons plus engagées.

«Il y a actuellement une vague de conscientisation par rapport à des sujets qui nous ramènent au final à notre nature humaine, à ce qui devrait nous unir au lieu de nous diviser. Ça explique pourquoi d’un premier disque plus introspectif, je suis passée à un album où il est beaucoup plus question de tout ce qui nous lie les uns aux autres. Nous sommes des individus qui avons un rôle à jouer au sein de nos communautés pour que nos communautés puissent à leur tour jouer leur rôle au sein de la société.» 

Quelle responsabilité se sent-elle, lorsqu’elle prend ainsi le micro publiquement? «Disons que j’ai une étrange relation avec le mot responsabilité…» répond-elle d’emblée, avant de marquer une pause.

La parole et l’écoute

«Quand on évoque notre responsabilité, souvent, c’est pour nous rappeler qu’il est de notre devoir de guérir et de passer par-dessus le sort qu’on a réservé aux Premières Nations, au fil des ans, reprend-elle. Or, je considère que la notion de responsabilité doit être renversée. Ça fait des années que nous nous racontons. Il est temps qu’on nous écoute, vraiment. Car pour avancer ensemble, il faut que les gens soient prêts à bouger de part et d’autre.»

Au final, il revient à chacun d’être au quotidien une meilleure personne que la veille. C’est là la seule responsabilité dont Iskwé se sent investie. 

POUR Y ALLER

Quand : Le 23 novembre, 20 h 30

Où : Quatrième Salle du Centre national des arts

Renseignements : Billetterie du CNA; 1-888-991-2787 ou ticketmaster.ca