Iskwē voit son travail comme celui d’une conteuse par qui les histoires transitent pour aboutir à une création artistique permetant d’amorcer des conversations et faire évoluer la situation.

Iskwē: conter les étoiles

Se porter comme une voix pour les autochtones, afin de partager, transmettre et démystifier leur culture, c’est un peu la mission d’Iskwē avec sa musique. L’artiste aux origines cries, métisses et irlandaises, qui sera samedi au Centre national des arts (CNA), propose ainsi des pièces colorées et surtout des textes engagés.

« Mon devoir, en tant qu’artiste, est de refléter notre époque, une époque où les voix autochtones sont plus entendues que jamais auparavant », lance la chanteuse.

D’ailleurs, Iskwē voit son travail comme celui d’une conteuse par qui les histoires transitent pour aboutir à une création artistique permetant d’amorcer des conversations et faire évoluer la situation.

« Mes expériences personnelles, celles de ma famille et mes amis, sont toutes des histoires importantes, qu’il faut entendre pour avoir une meilleure compréhension de ce à quoi la culture canadienne, dans son ensemble, est faite, estime la chanteuse née à Winnipeg. Beaucoup de belles choses qui la composent, mais il y a aussi des aspects plus sombres et c’est important d’en parler ouvertement si on veut réellement aller de l’avant avec la réconciliation et guérir des blessures du passé. »

« Sons réconfortants »

Son troisième et plus récent album Acakosik (qui signifie étoiles en cri), paru en novembre, mélange l’électro-pop et l’alternatif, auxquels elle a fusionné des chants, des sons et des rythmes autochtones.

Un ajout d’ailleurs plus présent, plus évident, que sur son précédent opus The Fight Within, mais qui « s’est fait naturellement avec l’évolution artistique » de la musicienne.

« Ça fait aussi plus de sens pour moi, confie Iskwē. Ce sont, pour moi, des sons réconfortants, associés à la sûreté et au calme. Donc en composant des chansons qui abordent des sujets délicats, j’avais envie de sentir des éléments de connexion et de quiétude. Et c’est ce qui s’est produit quand j’ai mélangé tous ces sons. »

Si Iskwē se sert de son bagage culturel ainsi que de son talent de danseuse, d’artiste visuelle et de musicienne pour créer des pièces originales, c’est aussi pour envelopper de beauté ces sujets difficiles, dans l’espoir d’attirer l’attention de son public.

« C’est une façon plus douce d’en parler que si on met les gens devant des vérités crues, estime Iskwē. Pour moi c’est important d’inclure tous ces éléments pour créer l’histoire dans son intégralité. S’ils sont sensibilisés par des éléments artistiques comme la langue, la culture, peut être que ça va contribuer à développer cette empathie qui n’est pas toujours présente. Je ne veux pas dire que les gens sont nécessairement antipathiques, mais ils n’ont pas la vision complète de ce qui passe. »

Cheminement artistique

« Il y a dans la conception d’Acakosik plus de cohésion artistique [que sur le second album, paru en 2017] ; que ce soit avec le visuel, la musique, mais aussi le show », explique l’auteure-compositrice-interprète.

D’ailleurs, si Iskwē préfère ne pas trop dévoiler du spectacle de samedi au CNA, elle confie toutefois qu’« il ne s’agit pas juste d’un concert ». « Contrairement au fait de juste voir un groupe sur scène, le public assistera à une performance inclusive. »

En 2018, Iskwē avait vu The Fight Within nommé aux Prix Juno dans la catégorie Album autochtone de l’année. Son album figurait également sur la liste du Prix Polaris.

Acakosik vient lui aussi d’être nommé aux Juno — le gala aura lieu le 15 mars —, cette fois-ci dans la catégorie album alternatif de l’année, aux côtés des disques de Patrick Watson, d’Half Moon Run et de Leonard Cohen. Le vidéo-clip de la chanson Little Star (réalisé par Sarah Legault) est également en lice pour le prix de la vidéo de l’année.

Conscientiser en musique

Iskwē souhaitant participer à la conscientisation et à l’avancement du dialogue interculturel, elle chante des sujets comme « la fausse représentation des médias durant le procès des meurtriers de Tina Fontaine et Colten Boushie » (Little Stars).

Avec Breaking Down, elle évoque « une relation toxique, plus précisément celle entre le gouvernement canadien et les Premières Nations ».

Unforgotten se veut « une chanson de groupe pour aider les autochtones à trouver la force et l’unité dans la beauté de [leur] culture.

Iskwē a également écrit sur la complexité des relations et les attentes de la société (Night Danger). Elle rend hommage à un ami décédé dans Sweet Tuesday.

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POUR Y ALLER

Quand : Samedi 1er février à 20 h

Où : Studio Azrieli au CNA

Renseignements : nac-cna.ca