Harry Manx a pas mal bourlingué dans sa vie, de l’île de Man jusqu’au Canada, en passant par l’Inde, les États-Unis et le Japon.

Harry Manx, un homme-orchestre zen

Dans les dernières années, Harry Manx a partagé la scène avec divers ensembles à cordes et avec l’Ottavien Steve Marriner, son complice d’un album à venir. Mais c’est seul, avec son harmonica et sa Mohan Veena, que le bluesman indophile fera voguer les spectateurs le long du « Mystique-ssippi » le 5 février, dans le foyer de la salle Odyssée.

Faith Lift, paru en 2017, avait donné lieu à un coup de foudre. Le multi-instrumentiste fort d’une quinzaine d’albums avait ravivé une sélection de ses chansons avec des cordes de l’Opéra de Sydney.

Au moment de l’entrevue, Manx venait de stationner la camionnette qu’il habite lorsqu’il est en tournée à Calgary, où il allait répliquer les résultats de son expérience avec un quatuor local. Mais aussi épris soit-il de sa nouvelle sonorité, « et même si beaucoup de gens aiment le spectacle, il y en a toujours d’autres qui me disent après coup qu’ils préfèrent lorsque je joue en solo ! » anticipe en riant le grand voyageur, adepte de simplicité volontaire, que l’on devine heureux comme un pape et zen comme Bouddha.

Seul sur scène, Manx est un homme-orchestre. Il piétine les rythmes au stomp box, chante, souffle les solos à l’harmonica et en gratte d’autres sur ses différentes guitares et sur sa Mohan Veena, un croisement entre la guitare et le sitar indien. « J’aime jouer seul, parce que je ne fais jamais exactement la même chose deux fois, ouvre le sexagénaire. Mais pour moi, c’est très difficile de jouer en solo, parce qu’il faut que je fasse tout ! »

Pour quiconque connaît le parcours d’Harry Manx, la déclaration a de quoi faire sourire. Longtemps avant d’enregistrer son premier album – ce qu’il n’a fait qu’à 46 ans –, les rues du monde ont servi de scène au Canadien natif de l’île de Man. D’abord celles d’Europe, puis celles du Japon, où il a passé près d’une décennie – « j’ai dû avoir joué dans toutes les villes du pays ». C’est enfin en Inde qu’il s’est enraciné 12 ans pour étudier avec Vishwa Mohan Bhatt, le créateur de l’instrument hybride qui le suit maintenant partout.

Cet apprentissage a été le point de départ vers sa sonorité signature, un carrefour hypnotique, presque spirituel, entre le sud des États-Unis et l’Inde. Revenu au Canada en 2000 après 21 ans sur la route, le bourlingueur s’est mis à graver ses disques maintenant récompensés d’une série de prix et de nominations, dont aux Juno et aux Maple Blues Awards, et dont aucun ne semble lui enfler la tête d’un seul pascal.

« Quand j’étais ado, j’ai entendu la musique de Ravi Shankar et quelque chose là-dedans m’a touché. Certaines musiques vous marquent plus profondément que d’autres ; vous ne savez pas pourquoi, mais ça arrive. Sa vieille musique indienne, ça a détourné mon attention vers l’intérieur de moi-même. Ce n’est pas de la musique pour les célébrations et la joie, mais plutôt pour la contemplation et la méditation. Pour moi, c’était très beau. »

Pendant son époque nomade, lors d’un Mardi gras à La Nouvelle-Orléans, des policiers ont essayé d’emmener en prison le pauvre troubadour en plein « concert ». À son retour à la même intersection, semblerait-il qu’il avait mis le pied dans le territoire d’autrui : un autre musicien de rue le menaçait avec un couteau.

Manx se souviendra toujours de cet épisode comme de sa pire expérience dans la rue. Sauf qu’être musicien ambulant, « c’était plus souvent joyeux que difficile, rectifie-t-il. À travers les années, j’ai vécu seulement quelques situations difficiles, mais c’est rarement comme ça. Les gens en général sont bienveillants. »

Mais… « Je suis quand même content de ne plus jouer dehors, honnêtement ! C’est tellement bon, de jouer à l’intérieur pour des gens qui vous écoutent en silence… »

Le retour de l’inspiration

Les dernières années ont été marquées par une période de page blanche pour l’auteur, compositeur et interprète. Ayant connu un rythme de croisière effréné – jusqu’à un album par année pendant une certaine période –, « je sentais que je n’avais plus rien à dire, confie Manx. Pendant quelques années, j’ai arrêté d’écrire des chansons. Je ne sais pas pourquoi, peut-être que j’en ai déjà dit trop ! »

Ce chapitre a enfin été tourné grâce à une collaboration avec Steve Marriner, l’harmoniciste et chanteur du trio MonkeyJunk.

L’amitié entre les deux bluesmen remonte à loin. Lorsque Marriner avait 16 ans, Manx lui a proposé de l’accompagner en tournée. Au final, le tandem a voyagé cinq ans.

Aujourd’hui, Marriner « a probablement gagné plus de prix de blues au Canada que n’importe qui d’autre », souligne son mentor. Pour sa part, Manx voulait simplement revoir son protégé et savoir ce que les deux pourraient créer ensemble. En juillet dernier, l’invitation a été lancée à venir retrouver son vieil ami dans son studio, chez lui, sur l’île britanno-colombienne de Saltspring. Les deux ont enregistré tout de Hell Bound For Heaven en une seule semaine.

L’expérience, conclut Manx, lui a fait beaucoup de bien. « J’ai soudainement retrouvé l’inspiration pour écrire d’autres chansons. »

Manx et Marriner se retrouveront sur scène le samedi 16 février à la Fourth Avenue Baptist Church d’Ottawa lors du premier festival Venez voir et écouter le monde. Hell Bound For Heaven paraîtra le 5 avril prochain.

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POUR Y ALLER

Harry Manx en concert solo

Quand? Le 5 février, 20 h

Où? Foyer de la salle Odyssée

Renseignements : salleodyssee.ca

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Harry Manx et Steve Marriner en concert

Quand? 16 février, 19 h 30

Où? Fourth Avenue Baptist Church, Ottawa

Renseignements : comeseeandheartheworld.ca