«J’ai adoré être en groupe et je ne referais rien différemment, mais c’est tripant de prendre un autre chemin, de rencontrer d’autre monde. C’est un terrain de jeu et je m’amuse vraiment!», laisse entendre Guillaume Beauregard.

Guillaume Beauregard: le temps de tous les possibles

Difficile à croire, mais Guillaume Beauregard vient d’atteindre la quarantaine. Après des années de bruit et de fureur dans l’univers punk-rock, le voilà adouci, rassuré et plus libre que jamais. C’est dans cet état d’esprit qu’il propose, cette semaine, Disparition, son second album solo.

Il aura fallu quatre ans à l’auteur-compositeur-interprète pour le mettre au monde, après D’étoiles, de pluie et de cendres, sorti en 2014. Là-dessus, il faut compter deux années de tournée qui l’ont tenu fort occupé. Mais il admet avoir pris son temps.

« Je n’ai pas tendance à me dépêcher en général. Je ne suis pas quelqu’un qui travaille super vite. Je suis un gars assez minutieux et j’ai pris le temps de réfléchir à mon affaire. Je me questionne beaucoup. Et je préfère faire moins et mieux. Ç’a toujours été ma philosophie. »

De cette minutie est né un album que son équipe qualifie de vibrant, en raison de la puissance émotive des textes, portée par « la plume à la fois acerbe et tendre qui fait la signature de Guillaume ». À la première écoute, on est porté à lui donner raison.

« J’ai écrit pendant plus qu’un an, puis tout s’est fait live en six jours. On avait des musiciens incroyables et c’était un choix de le faire de façon spontanée. On ne cherchait pas la perfection, on cherchait à aller dans la même direction tous ensemble. Tous les petits morceaux se sont mis en place. Et j’en suis extrêmement heureux », confie celui qui a encore fait appel aux renommés Gus Van Go et Werner F à la réalisation.

Personnel et engagé

Invité à décrire la genèse de sa nouvelle offrande musicale, Guillaume Beauregard parle d’abord d’écriture. Sans trop se soucier de la direction des textes, le Granbyen d’origine s’est d’abord laissé porter par l’instinct. « J’ai commencé à écrire la musique, les mélodies et des bouts de phrases à gauche et à droite. Puis, je me suis rendu compte que toutes les tounes parlaient de quelque chose qui disparaît dans ma vie ou autour de moi. J’ai eu envie d’exploiter ce filon, poursuit le Granbyen d’origine. Chaque titre en parle. »

À cela est venue se greffer une jolie fantaisie. « C’est venu de façon hyper anecdotique : en faisant lire mes textes à un ami, j’ai réalisé qu’il n’y avait aucune rime en É. J’ai poursuivi l’album ainsi et il n’y en a pas. »

Oui, les paroles sont souvent empreintes de tristesse et de réflexion sur le monde. On ne changera pas l’artiste engagé. « Ça prend de la lumière pour identifier la noirceur. Je vais dans ces zones parce que oui, il y a une part de moi qui perd un peu espoir. Mais dans la vie, on n’est pas complètement confiant ou complètement déprimé. Il y a plus de gris que ça. »

Et si c’est pour livrer un pan plus intime de sa vie, soit. « Faire quelque chose de personnel, ça ne veut pas dire que c’est moins engagé. Quand j’écoute de la musique, j’ai besoin de sentir que c’est incarné et sincère. C’est ce qui me motive quand j’écris. C’est sûr que ça parle de moi ; c’est moi ! Et je n’ai pas honte de ça. »

Et d’avoir baissé le ton, ça a fait du bien ? « J’avais une saturation de punk-rock un moment donné. Faire de la musique autrement, c’est complètement une autre approche au niveau des mélodies et des textures ; c’est différent d’arranger une toune quand on n’est pas dans un rapport super dynamique. J’ai tout à apprendre là-dedans, mais tranquillement pas vite, j’apprends à écrire d’une autre façon, à arranger mes chansons autrement, à choisir mes musiciens en fonction de leurs influences. »

La musique d’avant

Si D’étoiles, de pluie et de cendres avait été rangé dans la case « folk-rock », Guillaume hésite à cataloguer son nouvel opus. « Je n’ai rien contre les étiquettes, mais je trouve ça réducteur. Ce n’est pas un album folk, c’est un album de bonne musique ! Qui emprunte beaucoup aux années 60 et 70 », glisse-t-il un sourire dans la voix.

« Je redécouvre la musique depuis la trentaine. Plus jeune, j’avais laissé de côté toute une époque musicale, celle de Van Morrison, Aretha Franklin, Otis Redding, Fleetwood Mac... Avec la maturité, j’ai développé une passion pour cette musique. Je m’éduque à travers la musique que je fais aussi », raconte-t-il.

Sans pression

On pourrait croire que devant le succès de son disque initial, le chanteur ressentirait un certain poids face aux attentes de tout un chacun. Or, il n’en est rien. « Je sens tellement moins de pression. Ç’a été vertigineux de sortir un premier album solo... Mais qu’il ait été si bien reçu, d’avoir fait autant de shows, ça m’a beaucoup validé. J’avais plus confiance en moi et moins de craintes de toutes sortes. Je me sens bien et en possession de mes moyens. »

Cette aventure en solo l’a entraîné bien loin de sa zone de confort et lui permet d’explorer à volonté. Contrairement à la dynamique de groupe, être seul ouvre la porte à tous les possibles. Guillaume l’avoue : il se réinvente complètement. « J’ai adoré être en groupe et je ne referais rien différemment, mais c’est tripant de prendre un autre chemin, de rencontrer d’autre monde. C’est un terrain de jeu et je m’amuse vraiment ! »

Et les Vulgaires Machins ?

Quant au destin des Vulgaires Machins, on ose s’en enquérir pour une énième fois. Avec l’absence prolongée du groupe et la carrière solo de Guillaume qui semble bien en selle, on est en droit de se le demander.

« Ce ne sera jamais fini et il n’y aura jamais de tournée d’adieu, parce que ça n’a aucune raison d’être fait , assure-t-il encore. On est des personnes qui s’aiment beaucoup et qui vont fort probablement avoir envie de refaire de la musique ensemble. C’est juste qu’on vit des choses séparément. On ne se met aucune pression. Un jour apparaîtront une idée, un projet, une envie... Jamais on n’annoncera la fin des Vulgaires. »

Ce qui est certain, c’est qu’on pourra voir Guillaume Beauregard et Disparition en tournée au Québec dès le début de 2019.

Le lancement de Disparition se tiendra ce mercredi 10 octobre à la salle de spectacle Le Ministère à Montréal. Il sera disponible en magasin et en ligne le 12 octobre.