Charles Aznavour au CNA en 2009

Grison incarne Aznavour dans «Formidable»

Après avoir consacré à Gilbert Bécaud un hommage scénique de deux ans et repris le répertoire de Jacques Brel dans «Paris the Show», le Français Jules Grison s’attaque à un autre monument de la chanson française, Charles Aznavour, décédé le 1er octobre dernier.

Son spectacle, Formidable – qu’Ottawa recevra mercredi 7 novembre, en amorce d’une petite tournée à travers le Québec – se veut « très différent » des nombreux hommages aznavouriens préexistant à plusieurs titres.

Formidable se distingue d’abord parce que « c’est la première fois qu’un artiste reprend en solo l’œuvre d’Aznavour en tournée internationale », précise Jules Grison.

Jules Grison interprète les chansons de Charles Aznavour dans le spectacle «Formidable», mais il laisse chanter sa personnalité. Il rappelle d’ailleurs qu’il n’a ni le physique ni la voix de la légende.

Avant tout, parce que l’équipe de production a préalablement rencontré Aznavour : « on a travaillé avec lui, ainsi qu’avec son producteur [Gérard Davoust] et sa famille. Ça nous a permis de nous accorder quelques excentricités dans les arrangements – tout en restant fidèles à son œuvre, bien sûr ! » établit-il.

AinsiFormidable « innove dans la façon d’arranger les morceaux : c’est la première fois qu’on donne des versions instrumentales différentes » de celles établies par Aznavour et son équipe, poursuit-il. « Les comédiens avaient des arrangements des années 60, un peu surannés. On en a fait une version jazz. Désormais, elle, est devenu pop » illustre le chanteur.

Alors, forcément, « on se sentait obligé d’aller à sa rencontre pour lui présenter notre spectacle. S’il n’avait pas donné son accord, on ne se serait pas sentis légitimes... » précise le jeune homme de 35 ans, qui a toujours vu en Aznavour – comme en Bécaud, d’ailleurs – un père spirituel.

Accompagné du producteur de Formidable Gilles Marsalla (qui est derrière Piaf ! le spectacle, que le public d’Ottawa a pu apprécier au printemps dernier], Jules Grison a rencontré son idole à New York, dans les coulisses du Madison Square Garden, en octobre 2017, durant la toute dernière tournée internationale d’Aznavour.

Aznavour et le producteur de «Formidable» Gilles Marsalla

Joint au téléphone à la mi-octobre, Jules Grison était encore sensiblement ébranlé par la récente disparition du géant.

« C’est un petit bonhomme, physiquement, mais c’est une légende. Au point que quand il montait sur scène, tu te fichais de savoir s’il allait chanter ou pas. D’ailleurs, le public a plus chanté que lui, pendant la soirée ! [...] Mais il est toujours là, à 94 ans. C’est une communion avec le public. C’est beau ! » se souvient-il, ému, charmé, bouleversé.

« Tu es dans l’avion qui te conduit jusqu’à New York et tu te dis : “Qu’est ce que c’est que ce délire ?” Et puis arrivé en face de lui... tu planes. Tu te dis : “C’est pas possible ! Je dois être en train de rêver !” »

Non, le jeune homme ne rêvait pas. Il avait réussi à convaincre Aznavour de reprendre ses classiques sur scène. En cherchant à l’incarner, mais pas à l’imiter.

Car contrairement à Anne Carrère, qui est vocalement très proche d’Édith Piaf, « je n’ai ni le physique ni la voix d’Aznavour. Ni la même énergie ni sa façon de balancer les chansons », rappelle précautionneusement Jules Grison. Il s’est investi corps et âme dans ce projet, mais a imposé « dès le début » une condition. « J’ai dit : “Il faut qu’on me laisse chanter avec ma personnalité. Je ne suis pas un imitateur”. »

Papillons dans le ventre

« Je n’ai pas refait le spectacle depuis sa mort. Ça fait deux ans qu’on tournait, et on parlait de lui tout le temps. Qu’est-ce qu’il aurait pensé de ceci ? Comment aurait-il abordé cela ? Et là, c’est fini. Il n’est plus là. Du coup, tu te retrouves avec l’impression de devoir défendre un morceau du patrimoine français important, un peu comme fait Anne avec Piaf », témoigne l’interprète, sans rien cacher de ses « papillons dans le ventre ».

Sa mort, « je ne m’y attendais pas du tout. On l’avait régulièrement au téléphone ou [on le voyait] à la TV. Il disait qu’il serait sur scène jusqu’à 100 ans. Et puis deux jours plus tard : rideau ! Je me sens un peu orphelin. J’ai l’impression qu’on a perdu un pilier. »

Les « petites excentricités » dont parle Jules Grison n’ont rien d’iconoclastes. Il s’agit simplement d’« idées fraiches » intégrées à la mise en scène de ce spectacle où défileront près de 30 chansons.

« Aznavour n’a jamais joué de guitare ni de piano sur scène – il chantait, mais il ne s’accompagnait pas – alors que moi j’en joue. » Et tandis que le géant n’a jamais fait de claquettes, Grison a tenu à « faire un petit clin d’œil à la carrière nord-américaine » du chanteur de La Bohême en osant « un numéro de claquettes » d’inspiration Broadway.

À ses débuts, quand Aznavour chantait La Bohême, il aimait jouer en même temps un personnage d’artiste montmartrois, en se servant d’un petit chiffon blanc, étaye Jules Grison, qui, afin d’évoquer ce souvenir, se mettra à peindre pendant qu’il interprète la chanson. « Ça risque d’être plus touchant, plus fort, à présent qu’il n’est plus là... »

Ambiances et vidéo

Jules Grison et ses complices (un piano, un accordéon, une touche de flûte et de violon, ainsi qu’une « contrebasse, parce que je trouve ça sensuel » – fera retentir plusieurs classiques, mais aussi une poignée de ses favorites, parmi cet étourdissant répertoire de plus de 1200 chansons : Hier encore, Pour faire une jam, Les deux guitares.

« On n’a pas repris que des standards. Il y en a que peu de gens connaissent. Mais comme elles sont réarrangées, ça permet de faire découvrir certains titres aux gens. Ç’aurait été trop facile », artistiquement parlant, de se contenter de copier ce qu’Aznavour a fait.

Des projections vidéo viennent renforcer les ambiances que les arrangements font naître. Elles « créent un décor. Ou des surprises, parfois ». Le public se fera balader – sans souci chronologique – d’un « tableau très montmartrois » à un « caveau de jazz » typique du quartier Saint-Germain-des-Prés, sans oublier « l’ambiance russe, grâce au violon » de ce « tableau tzigane » cherchant à « évoquer les racines arméniennes » de celui qui naquit Shahnourh Aznavourian.

Aznavour n’aura jamais vu Formidable. « Il devait venir nous voir à Nice, mais il s’est cassé le bras en juillet, un mois avant. [...] On n’a pas eu l’occasion de remettre ça. » Formidable a été endisqué tout récemment. Une captation live. « On lui a envoyé l’album, c’était trois jours avant qu’il ne décède. Je ne sais pas s’il a eu le temps de l’écouter ou pas... »

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POUR Y ALLER

Quand ? le mercredi 7 novembre, 20 h

Où ? Théâtres Meridian Centrepointe

Renseignements : meridiancentrepointe.com ; 613-580-2700