Eric Bernier, Charles Kardos, Briana Victoria, Emma Lépine, David Latulippe, Ryan Kennedy, Geneviève Racette, Sara-Émilie Chabot, Geneviève Leclerc et Marie-Élaine Thibert

Geneviève Leclerc: mûrissement contrôlé

Geneviève Leclerc s’est autorisée toutes les libertés, avec son nouvel album, «Les duos de Gen», paru vendredi 7 février.

Pour ce projet constitué de 12 collaborations – avec des visages connues de la chanson, de Marie Élaine Thibert à Martin Giroux en passant par Lulu Hughes et Yvan Pednaud, mais aussi des voix émergentes – la Gatinoise a dû d’abord obtenir les coudées franches de son étiquette, Musicor, et mettre son chapeau de productrice.

« J’appelle ça mon ‘projet de garage’, comme on parle de ‘bons vins de garage’ », explique la chanteuse... dont la deuxième passion est sommelière. (Elle termine cette année son niveau 4 en sommellerie, le niveau international.)

L’industrie du disque étant devenue frileuse, l’idée, jugée risquée, a d’abord été accueillie tièdement, au sein de Musicor, confie « Gen ». « Ils ont été très gentils. Je voulais être [ma propre] productrice : ils m’ont accommodée, m’ont accordé la licence nécessaire. J’ai eu carte blanche, tant au plan créatif qu’au niveau visuel », explique l’interprète. Le matin de son entretien avec Le Droit, elle venait d’apposer son sceau final aux maquettes de la pochette.

« Le visuel a été créé ce matin, avec un graphiste. Si ça n’avait pas été moi la productrice, il aurait fallu que je passe par 15 personnes avant d’aboutir », estime l’affranchie, heureuse d’être en contrôle de chaque étape de production.

Le chapeau de productrice est « assez nouveau, pour elle, mais pas complètement. Pour son précédent disque, Celle que je suis, elle s’était rendue jusqu’à Prague, où elle avait engagé un orchestre symphonique. «En Europe, je n’étais pas officiellement productrice. Je n’avais pas accès aux subventions. Donc je faisais tout ça à mes frais, sur mes dépenses d’artistes. Je dépensais mon salaire d’artiste en production.»

La «femme d’affaires» pragmatique est donc ravie d’être aux commandes, «maîtresse de [s]a destinée et de [s]es stratégies». «Si je prends de mauvaise décisions, je serai responsable de mes échecs... et ça fait bien mon affaire !»

Projet web

Au départ, elle n’envisageait pas de décliner ses duos sur disque. «C’était un simple projet web, pour créer du contenu sur mon site et les plateformes» des multiples réseaux sociaux.

Geneviève Leclerc, qui a participé à de multiples comédies musicales (Guys and Dolls, Les Misérables, Belles-Sœurs : The Musical, etc.) avant de se démarquer à l’émission La Voix en 2016, a toujours été une fervente amatrice de covers.

Elle tenait donc à proposer «de vraies relectures», soutenues par un «gros travail d’harmonies», afin d’«amener ces pièces ailleurs».

Son album explore tous les azimuts, tout en cherchant l’équilibre entre les deux langues officielles, entre répertoires québecois et français, et entre les voix masculines et féminines.

Les classiques élues vont de Raymond Lévesque à (Quand les hommes vivront d’amour, en duo avec Marie-Élaine Thibert) à Éric Lapointe (D’l’amour j’en veux pus) en passant par Plamondon (Le monde est stone) ; de Piaf (La vie en rose, avec Emma Lépine) à Brel (La Quête, en compagnie de Charles Kardos) ; des Beatles (Blackbird et Yesterday, servies en mash-up avec Ryan Kennedy) à Beyoncé (If I Were A Boy, avec Geneviève Racette) en passant par Radiohead (Creep, qu’entonne Martin Giroux) et Come What May, ‘la’ chanson de Moulin Rouge, proposée en duo avec Yvan Pednaud).

Geneviève Leclerc

Charge émotive

Un répertoire comme toujours «émotionnellement chargé», convient-elle. Parce qu’après tout, «tu ne viens pas voir Geneviève Leclerc pour déconnecter, mais au contraire pour connecter avec ce qu’il y a en toi».

La plus difficile à chanter ? D’lamour j’en veux plus, récit d’une violente chicane de couple. «On l’a ralentie. Je fais pas trop dans la thérapie personnelle, avec mes chansons, mais cette toune-là... je la pleure à chaque fois. ‘Si tu m’trouves pendu/Dans ta chambre à coucher’ : c’est malsain de dire ça à quelqu’un. » Quand elle a enregistré la vidéo, elle a prévenu son entourage : «Je ne pourrai pas faire plus que deux takes. [...] Ça vient trop me chercher. À cause de mon frère. J’ai quand même eu deux suicides par pendaison, dans ma famille.»

L’ensemble est baigné de cordes (piano, violoncelle omniprésent et violons), dans des orchestrations signées par le pianiste Nick Burgess et arrangées par le compositeur montréalais Medhat Hanbaly.

«Ce sont tous de faux instruments, sauf le piano, précise-t-elle. Je n’avais pas de budget [puisque] c’était un projet pour le web, pour l’écoute gratuite... L’album aurait coûté 70 000 $, si je l’avais fait faire live !» estime la productrice, convaincue que le public comprendra.

À l’affût de la sensibilité, elle a misé sur des orchestrations délicates, le moins tape-à-l’œil possible. Avec La vie en rose, elle a même privilégié le dénuement total, en la servant piano-voix – parce que «le crémage n’était pas nécessaire».

«C’est beaucoup plus posé, plus nuancé que l’album précédent», analyste-t-elle. La raison est simple : la chanteuse a laissé aux chansons le temps de mûrir, et les morceaux sont arrivés au compte-goutte. D’avoir travaillé «sur un an, un an et demi», plutôt que de manière précipitée, en studio, «ça permet un recul génial !»

«En vieillissant, j’ai réalisé que j’avais trop d’envolées vocales. C’est un de mes ‘trucs’. Une aptitude, mais j’en beurrais partout. Mes deux premiers albums sont moins reposants que ce que je croyais. J’avais peur d’être plate, je pense !» s’esclaffe-t-elle. «Dans mon entourage, on m’a conseillé de faire des chansons plus relax.»

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TOURNÉE EN FÉVRIER

Les duos de Gen a été co-mis en scène par Joël Legendre et Geneviève Leclerc elle-même. Celle-ci s’était pratiquée en chapeautant la mise en scène de la chanteuse folk Geneviève Racette. 

Sur scène, «Gen» s’entourera de Geneviève Racette et d’Eric Bernier, «deux superbes relèves qui sont willing de partir loin de la maison, avec leur petite valise, dans des conditions difficiles».

Le spectacle «s’arrêtera à Gatineau», promet Geneviève Leclerc, sans pouvoir annoncer de date pour l’instant (elle sera toutefois de passage à la salle Odyssée le 26 mai, au centre d’un spectacle-bénéfice au profit du Gîte-Ami). La tournée débutera en février, précise-t-elle. Les seules dates confirmées pour le moment concernent Laval, Québec (le 7 mars au Centre La Chapelle), Montréal (le 19 avril au Ministère), Lévis (le 16 mai), puis Shawinigan (le 7 août) et Knowlton (le 24 octobre). 

Il est très probable que Geneviève Leclerc s’attelle à temps perdu à un Duos 2. «Il y a encore des chansons qui dorment dans le tiroir...» Mais, ces temps-ci, elle rêve surtout de se lancer dans un projet de baladodiffusion, qui lui permettrait de se dévoiler autrement à ses fans.