Le groupe Garolou en 1978, lors du lancement de l'album Garolou à la Grange à Séraphin (les frères Lalonde, Michel et Marc, encadrent la bande de musiciens).
Le groupe Garolou en 1978, lors du lancement de l'album Garolou à la Grange à Séraphin (les frères Lalonde, Michel et Marc, encadrent la bande de musiciens).

Garolou: frangins, comme chiens et chats

Yves Bergeras
Yves Bergeras
Le Droit
Le Droit propose une série de portraits d’artistes s’étant retirés de l’avant-scène après avoir connu d’importants succès populaires. Un peu par nostalgie, un peu pour découvrir ce qui a motivé leur discrétion, mais surtout pour le plaisir de voir ce qu’ils sont devenus, que ce soit à l’intérieur ou en marge de la sphère artistique.

Fondé fin 1975 par Michel Lalonde, épaulé de son frère Marc et de quelques copains franco-ontariens et acadiens, le groupe de folk-rock-trad Garolou (Lougarou à sa «naissance», mais une décision de justice obligera la bande à changer de nom en juin 1977) aura vendu plus de 225 000 albums – et récolté deux Félix, au passage – avant de déposer le micro à l’approche de l’an 2000.

Mais Michel, lui, n’a jamais arrêté la musique. L’auteur-compositeur-interprète originaire de Glen Robertson, petit village de l’Est ontarien, signait à l’automne 2019 un troisième album solo (son 12e en carrière), intitulé Comme un engin.

Ce disque, sur lequel il poursuivait un chemin mélodique teinté de folk-rock americana, de country et de cajun, est paru sous l’étiquette Full Stéréo, le label des frères Lamoureux (Brasse Camarade), deux autres Franco-Ontariens.

Ex-instituteur – comme son frère Marc, revenu à l’enseignement en 95 – Michel est devenu réalisateur pour la radio de Radio-Canada. En 1990, il a posé ses valises dans les plaines de la Saskatchewan, où il a pu se greffer à la bande de musique trad La Raquette à claquettes.

Michel Lalonde

Depuis quelques années, le musicien navigue entre sa maison dans les Plaines et l’Île du Prince-Edouard, où il demeure le plus clair du temps, dans une «belle petite maison qui a besoin d’amour», mais d’où il peut contempler la mer.

«J’ai un attachement affectif à l’Île. Nos deux soeurs habitent ici. Je trouve [le cadre] inspirant. J’ai la paix», dit-il.

À titre de mélomane et non de musicien, il est revenu à ses racines musicales, le rock pionnier, celui d’Elvis et des Beatles, de Bobby Helms et de Paul Anka, qu’il a entrepris de faire (re)découvrir à travers une série balado intitulée Mon Amérique.

Un voyage en huit épisodes (de 10 minutes chacun) qu’il présente comme «un road trip à travers deux des décennies les plus marquantes de l’histoire de la musique».

Les oreilles et le coeur servent de boussole à Mon Amérique, puisque Michel Lalonde se divulgue au fil de cet itinéraire qui devient en quelque sorte la bande sonore de sa vie, époque et Woodstock.

Sa série de balados a été diffusée cet été sur les ondes de Radio-Canada. On accède aux capsules via le site Internet du chanteur.

Garolou doit une grande part de son succès aux deux frères franco-ontariens Michel et Marc Lalonde.

Aux antipodes

Bref, Michel Lalonde est toujours très occupé. Ce dont témoigne volontiers son frère cadet, Marc, qui se voit comme son parfait opposé: «J’ai passé beaucoup d’heures à l’attendre, mon frère», rigole-t-il dans une pique affectueuse en début d’entrevue, en constatant que Michel accuse un léger retard.

Marc demeure à Alfred. Son existence est certes plus tranquille. Tout juste retraité de l’enseignement, il attend paisiblement la fin de la pandémie avant d’envisager de replonger à l’école, pour peut-être faire de la suppléance. Trop de risque pour l’instant, estime-t-il.

À l’en croire, sa vie se résume à regarder le temps passer, ces jours-ci. «Je piège les écureuils qui rongent mes bâtiments depuis des années, puis je les conduis ‘au chalet’... c’est-à-dire assez loin pour qu’ils ne reviennent plus. [...] À part ça, je me transforme en poire», dit-il, faisant mine d’être oisif et de prendre du poids.

«Marc est modeste: c’est un collectionneur de guitares. Il les monte et il les tune et ça occupe beaucoup de son temps», corrige Michel, l’aîné. «C’est vrai, concède Marc. Je les joue toutes à tour de rôle. J’ai aussi un genre de fétiche pour les speakers: j’en achète constamment.»

Mais il se contente de jouer pour le plaisir.

La scène, le succès, «c’était dans une autre vie». Il se dit trop gêné pour remonter sur scène, n’en déplaise à son «exubérant» frangin. «Je n’ai jamais voulu participer à un band. Je suis complètement introverti, aux antipodes de Michel.»

«Pourtant, c’est Marc qui m’a montré mes premiers accords, pas longtemps après avoir vu les Beatles. Excités par le phénomène, on voulait se faire un air band [vers 1972]. On ne savait pas, à l’époque, ce qu’on allait faire avec ça. Mais l’aventure est partie de là. C’était pas encore de Lougarou-Garolou, mais c’était le noyau du band», retrace l’aîné.

Garolou à ses débuts (la formation s'appelait Lougarou à l'époque), lors d'une visite du groupe à Cornwall

Marc, qui y tenait la basse, «s’est toujours considéré comme un meilleur guitariste que moi», ajoute Michel, amusé par cette petite rivalité aux accents de franche camaraderie.

La chance des débutants

L’aventure de Lougarou décollera véritablement en 76, un an après que Michel, implanté depuis peu «à l’Île» (du Prince-Edouard), où il fréquente le milieu théâtral et joue dans un trio de folk «à la Crosby Still and Nash»... jusqu’à ce que deux musiciens parmi ses vieux amis ontariens le rejoignent.

La grande Angèle Arsenenault, qui gravite autour de ce milieu créatif, les encourage à persévérer.

La bande enregistre un démo qui, à l’heure où «les maisons de disques n’étaient pas vraiment intéressées – «Tout le monde cherchait le prochain Beau Dommage, alors que nous, on était plutôt de l’école rock», se souvient Michel Lalonde.

Le démo déclenchera l’intérêt d’André Perry, fondateur du célèbre studio de Morin-Heights, dans les Laurentides; un type «qui avait pourtant vu passer les BeeGees, 10CC, Robert Charlebois et plein de monde dans son studio», souligne Marc. Bientôt, entrera en scène l’ingénieur du son Ed Stasium (The Ramones, Mick Jagger), qui enregistrera quatre des albums de Garolou-Lougarou.

«C’est Michel qui a réussi à convaincre Perry, malgré la qualité... artisanale, disons, de notre démo. Michel, ç’a toujours été le gars qui fonce, qui ose, qui cogne aux portes. Celui qui court tout le temps pour entreprendre plein de choses... et qui prend des bouchées un peu trop grosses, parfois», pouffe le frangin, alimentant ainsi le «côté chien et chat» qui anime leur relation depuis si longtemps.

«Dans le fond, le succès de Garolou, ç’a été un hasard, l’un après l’autre», commente Michel, pour atténuer son rôle dans l’aventure.

Michel Lalonde

Camelots pour Le Droit

Lorsqu’ils étaient âgés de «10 ou 11 ans», Michel et Marc Lalonde ont été camelots pour le quotidien Le Droit. « On était loin de la grande ville – en fait, on avait le regard tourné vers Montréal, bien plus qu’Ottawa. Mais, même si La Presse était très lue chez nous, c’est notre père qui nous a encouragés à faire ça: travailler pour Le Droit, c’était un engagement, une cause ‘sociale’ [qui exprimait notre] appartenance à l’Ontario français», se souvient Michel.

«La Presse, c’était notre ouverture sur le monde, mais Le Droit, c’était les nouvelles locales, le sens de la communauté», abonde Marc.