Le festival Megaphono convie pour la toute première fois des vétérans de la scène autochtone.

Faire résonner la musique autochtone

Défricheur de nouveaux talents, le festival Megaphono adopte une nouvelle ligne musicale pour sa 4e édition, du 8 au 10 février. Parallèlement aux concerts-éclairs d’artistes indépendants, souvent émergents, il convie pour la toute première fois des vétérans de la scène autochtone. Audacieux !

Un nouveau partenariat avec le Centre national des arts ; un spectacle de réconciliation avec les Premières nations le 9 février, au théâtre du CNA : son producteur Kevin Howes revient sur l’incroyable épopée de son album Native North America (Vol. 1) paru en 2014 sous l’étiquette Light In The Attic, nominé aux Grammy contre toute attente et adapté à la scène dans une formule fort prometteuse.

« J’ai grandi à Toronto et appris l’histoire du Canada à partir du point de vue colonisateur, raconte ce producteur multidisciplinaire désormais établi à Vancouver. Le jour où j’ai découvert la musique folk rock des Premières Nations, j’ai eu l’impression d’approcher la véritable histoire du Canada. »

En novembre 2014, il fait paraître une compilation d’artistes autochtones — parfois oubliés — dont les chansons parlent d’une époque engagée où la résistance irriguait généreusement la création musicale. Native North America (vol. 1) constitue ainsi une anthologie choisie des années 1966 à 1985, puisée intégralement dans le répertoire des Premières Nations nord-américaines.

Trois disques vinyle, un double-album et un travail colossal de documentation constituent l’aboutissement d’une quête de longue haleine. Certains enregistrements furent indisponibles pendant des décennies en raison d’un manque de distribution et de soutien de l’industrie.

« Cette période a vu l’explosion d’une prise de conscience globale, analyse Kevin Howes. La guerre du Vietnam, le scandale des pensionnats autochtones, l’interdiction des cérémonies rituelles et la répression en général font beaucoup parler. En même temps, ces années s’accompagnent d’une renaissance de la spiritualité. »

On connaît les tubes de Johnny Cash, Bob Dylan ou de Neil Young, par exemple, ayant marqué toute une génération comme autant de fragments de l’histoire du monde. Bien moins la production musicale autochtone...

« Le chanteur montréalais Willie Dunn [1941-2013], par exemple, a été un poète incroyable et un musicien tout aussi bon que Gordon Lightfoot. »

L’album Native North America avait donc pour vocation de faire du rattrapage, reconnaît son instigateur. Le porter à la scène avec les artistes encore actifs musicalement ouvrait une voie à leur reconnaissance. Mieux vaut tard que jamais, dit l’adage...

« Certains d’entre eux sont âgés de 70, 80 ans. Si le concert n’est pas parfait, ce n’est pas important, nuance M. Howes. Ce qui compte, ce sont les histoires qu’ils partageront. Ce spectacle offre aussi l’opportunité au public d’exprimer sa reconnaissance ».

Une quinzaine de concerts ont déjà été produits mais c’est la première fois que la cinéaste abénaquise Alanis Obomsawin rejoindra l’équipée musicale composée de Duke Redbird, Willie Thrasher, Linda Saddleback, Willy Mitchell, Leland Bell et Eric Landry.

Le festival débutera le jeudi 8 février à Gatineau par une série de concerts variés de 20 h à 1 h 45 dans différents bars hullois. Il se poursuit le lendemain à Ottawa en théâtres et en clubs, et s’achèvera le 10 février par des concerts en petites salles.

POUR Y ALLER :

Quand ? Jusqu’au 10 février

Où ? CNA et autres salles

Renseignements ? www.megaphono.tv