Le nouvel album de The Seasons (Julien Chiasson, Rémy Bélanger, Hubert Chiasson et Samuel Renaud) a été enregistré à l’été 2017, mais sa sortie a été retardée en raison de la carrière solo d’Hubert Chiasson, alias Hubert Lenoir.

Enfin un deuxième album pour The Seasons

The Seasons a pris le public par surprise en annonçant, il y a quelques jours, la parution imminente de leur deuxième album complet. Mais les membres du groupe, eux, rongeaient leur frein depuis un bon moment. Enregistré à l’été 2017, «Midnight, Let’s Get a Hot-dog» a dû attendre son tour pendant l’ascension d’un certain Hubert Lenoir et de sa dénommée «Darlène».

«On ne le cache pas, c’est ce qui a fait que les choses ont attendu. Hubert a vécu un succès vraiment remarquable. On lui a laissé l’espace pour qu’il puisse vivre ce succès-là», reconnaît Julien Chiasson, qui a fondé The Seasons en 2011 avec son frère Hubert et les amis Samuel Renaud et Rémy Bélanger.

«Je dirais que ç’a été quand même dur d’attendre, ajoute-t-il. Les artistes, on compose des chansons et on aurait le goût qu’elles sortent le lendemain. On a le goût de montrer le plus vite possible aux gens ce qu’on vient d’accomplir. C’est sûr que ç’a été difficile, mais d’un autre côté, ça nous a permis de vivre plein d’affaires.»

Le musicien évoque notamment le projet Forest Boys, qu’il a développé avec six musiciens (dont les complices de The Seasons Samuel et Rémy) pendant que Darlène tenait Hubert Lenoir fort occupé : elle lui a notamment valu quatre Félix au dernier gala de l’ADISQ. Ça n’empêchait pas ce dernier d’avoir hâte que les chansons de Midnight, Let’s Get a Hot-dog trouvent les oreilles des fans de The Seasons. «C’est cool aussi que ce soit disponible pour les gens qui m’ont connu à travers Darlène», observe le musicien, propulsé cette année par le ver d’oreille Fille de personne II.

«C’est indéniable comme point positif, confirme son frangin. Il y a des gens qui vont forcément découvrir The Seasons, Forest Boys ou les projets de chacun. On est comme une famille d’artistes. Que les fans circulent, c’est juste positif. Ce n’est pas une compétition.»

Enregistré aux États-Unis

Les frères Chiasson se sont attelés à la création de nouvelles chansons en sortant de tout un tourbillon: leur album Pulp, paru en 2014, a entraîné leur formation dans une tournée de quelque 200 spectacles de part et d’autre de l’Atlantique (le groupe a notamment accompagné Louise Attaque sur les routes de France). Clairement, la fatigue se faisait sentir.

«Je pense qu’on était un peu dépressifs, un peu nihilistes devant certaines choses, évoque Hubert Chiasson. Je relisais les paroles récemment et je me suis dit: “fuck, ça feelait pas!”» C’est aussi le sentiment qui se reflète dans le titre, selon lui. «C’est comme: “Il est minuit: whatever...», laisse-t-il tomber.

«On a vécu beaucoup de changements dans notre vie depuis que le premier album est sorti, reprend Julien Chiasson. On a connu un succès relativement substantiel avec Pulp. Ç’a changé comment on vivait nos journées. Ç’a eu des répercussions et les chansons sont un peu le témoignage de comment ça nous a changés ou chamboulés, pas toujours d’une manière positive. Mais en même temps, de faire cet album, ça m’a énormément aidé à surmonter ça.»

La création de Midnight, Let’s Get a Hot-dog n’a pas été un long fleuve tranquille. Sentant la fameuse pression du deuxième album, les musiciens ont avancé à tâtons. «On a travaillé dessus pendant deux ans, résume Julien Chiasson. On a fait plusieurs tentatives en studio à Québec et à Montréal. C’était bon, mais il manquait tout le temps un petit quelque chose pour mettre le point final et être 100% satisfait de ce qu’on avait.»

Un ami les a finalement mis en contact avec le réalisateur américain Richard Swift (malheureusement décédé l’été dernier), qui a notamment fait partie du groupe de tournée des Black Keys. Les Québécois se sont rendus en Oregon pour travailler avec lui et l’album a été enregistré en 11 jours, à l’été 2017. «On a fait le choix de tout effacer ce qu’on avait travaillé sur ces chansons-là. On a recommencé à zéro, de A à Z», précise Julien Chiasson.

Les fans de The Seasons entendront cette transition dans Midnight, Let’s Get a Hot-dog, où l’indie-pop fleurie de Pulp s’encanaille de synthétiseurs et assume ici et là davantage ses envies psychédéliques. «Ç’a été vraiment naturel. On avait commencé à travailler sur l’album avec plein de monde. On avait travaillé avec Alex Martel, avec qui j’ai coréalisé Darlène. Déjà là, c’était un changement parce qu’il y avait tellement d’années qui nous séparaient de Pulp. On était déjà vraiment rendu ailleurs», explique Hubert Chiasson.

«Il n’y avait pas un but de sonner différent, ajoute son frère. Cette opération-là de tout recommencer à zéro et d’aller en Oregon, c’était un peu la solution qu’on a trouvée pour surmonter le genre de pression qui est inévitable quand tu sors ton deuxième album. D’aller là-bas et de partir à l’aventure à l’autre bout d’un pays qui n’est pas le nôtre, ç’a encouragé une espèce de laisser-aller pour conclure cet album-là.»

Alors qu’Hubert Lenoir en solo ne chômera pas dans les prochains mois, The Seasons n’a pour le moment aucun spectacle à l’horaire. «Faut voir comment ça va se développer, explique Julien Chiasson. On a sorti cet album-là sans trop réfléchir. Tout ce qu’on voulait, c’était qu’il sorte parce qu’on en était fier et qu’il méritait d’être entendu. Mais on n’a pas réfléchi plus que ça. C’est difficile de dire quel sera notre plan sur comment et où on va aller le représenter...»