L’envie de mélodies et de refrains développée sur le précédent album de Dead Obies est réaffirmée sur «DEAD.»

Dead Obies à l'heure des remises en question [VIDÉO]

Ils étaient six, voilà qu’ils ne sont plus que cinq. Mais ce n’est pas tout ce qui a changé chez Dead Obies entre le conceptuel «Gesamtkunstwerk» (2016) et «DEAD.», qui nous arrivera le 15 février. Sur son troisième album, le populaire groupe de hip-hop revient avec des priorités réaffirmées, un intérêt mélodique de plus en plus affiné et une volonté de sortir de son langage crypté.

Alors que nous joignons Greg Beaudin, alias Snail Kid, sur son cellulaire, la communication est coupée après un tout petit moment, juste après que la question du départ de Jean-François Ruel eut été soulevée. Le rappeur rappellera au Soleil quelques instants plus tard : «Ouais, j’ai vraiment l’air de ne pas vouloir parler de J.-F.!» s’excuse en rigolant celui qui n’esquivera aucune question.

Au printemps dernier, les fans de Dead Obies ont été surpris de voir Ruel, Yes Mccan de son nom d’artiste, poursuivre sa route en solo après s’être fait connaître au petit écran : nombreux ont été ceux qui ont aimé détester Damien, le proxénète qu’il incarnait dans Fugueuse. Ses camarades de musique aussi ont encaissé le choc, confirme Greg Beaudin.

«C’est toujours dur à voir venir, observe-t-il. Mais il y avait tout plein de signes précurseurs. Il avait besoin de se retrouver seul, de penser à ce que lui avait envie de faire. C’est sûr que ça se répercutait dans son implication dans le groupe. Ç’a duré quelques mois où il avait ça au fond de la tête. Ça paraissait sur son inspiration et sur les chansons. On était déjà en train de travailler sur le troisième album quand il nous a annoncé ça. Il était assez absent sur ces chansons-là.»

D’un point de vue personnel, les gars de Dead Obies sont des amis de longue date et la rupture s’est bien passée «dans les circonstances», évoque Beaudin. Du côté professionnel, ç’a été plus complexe.

«On n’avait jamais sorti de chansons pas à six, note-t-il. Ça venait nous chercher plus dans ce que le band représente pour nous à la base. Ça nous a amenés à la question : “si on enlève un membre, est-ce que c’est encore Dead Obies?”»

Alors que le groupe Dead Obies s’est souvent retrouvé au centre de débats linguistiques à cause de son utilisation du franglais, ses nouvelles compositions s'avèrent beaucoup moins énigmatiques que celles gravées sur ses précédents albums.

Réflexion sur la langue

Avec un troisième album prêt à voir le jour, la réponse était visiblement oui. Mais cette conclusion est arrivée au terme de maintes discussions pour les membres du groupe, qui ont soit atteint la trentaine ou qui sont sur le point de le faire.

«Ce sont des questions qu’il aurait fallu se poser même si Mccan était resté. On était rendu à se demander : qu’est-ce que c’est, au fond, Dead Obies? Jusqu’à ce moment-là, on avait sorti de la musique de façon assez naturelle. On n’avait jamais eu de questions identitaires, on ne se demandait pas ce qu’on avait envie de dire», résume Snail Kid, qui partage la bannière Dead Obies avec les rappeurs 20SOME, Ogee Rodman, Joe Rocca et le beatmaker VNCE CARTER.

Leur réflexion sur la langue, notamment, s’avère bien audible sur DEAD. Alors que la bande s’est souvent retrouvée au centre de débats linguistiques à cause de son utilisation du franglais, ses nouvelles compositions se déploient de manière beaucoup moins énigmatiques que celles gravées sur les précédents albums Montréal $ud et Gesamtkunstwerk. Selon Greg Beaudin, il s’agit pour ses complices et lui d’une évolution naturelle… nourrie d’une volonté de ne plus voir leur travail d’écriture rater la cible.

«Avec le temps, il y a plusieurs moments qui ont été marquants pour nous, indique-t-il. On s’est rendu compte qu’il y a un gros pourcentage des gens qui nous écoutent, qui aiment ce qu’on fait, mais qui ne comprennent absolument rien de ce qu’on dit. On passe beaucoup de temps à écrire et c’est tout le temps un peu choquant de se dire : “OK, tu aimes ce que je fais, mais tu n’as aucune idée de ce que je dis?”»

Cette impression de frustration a été renforcée lors de séjours outre-mer, renchérit Greg Beaudin. «On est tanné d’aller en France et de se faire dire par les Français : “vous, vous êtres plus pour l’ambiance… Les paroles, on s’en fout!” Non, ce n’est pas vraiment ça!»

Résultat : sans dénaturer sa langue et ses expressions, Dead Obies a épuré un peu l’ensemble. Les gars se permettent toujours de mélanger l’anglais et le français, mais de manière peut-être un peu moins frénétique, laissant couler plus longtemps des segments dans une langue ou l’autre, par exemple.

«On a vraiment eu une volonté de se faire comprendre, confirme Beaudin. Ça influence nos choix. On va parfois enlever des mots pour le mieux. On peut changer un mot quand on se rend compte que ça ne sert à rien de le mettre aussi codé...»

Mélodies

L’envie de mélodies et de refrains développée sur le précédent album est réaffirmée sur DEAD., où le chant côtoie plus que jamais le rap. «Je pense que c’est dans l’air du temps. La plupart des rappeurs que je connais s’y risquent de plus en plus», avance Snail Kid. Et le groupe continue de cultiver un goût pour les contrastes, entre un titre défouloir comme l’extrait André et des pièces plus douces, voire romantiques.

«On a fait une grosse sélection rigoureuse à travers une soixantaine de chansons. On a gardé ce qui, selon nous, nous représentait le plus», estime Greg Beaudin, qui dit ne porter de jugement sur aucune culture. «On va faire ce qu’on aime, reprend-il Ce n’est pas parce qu’on sort une chanson comme André qui est plus rough qu’on va trouver ça quétaine de faire une chanson qui parle d’amour ou de trucs qui nous rendent un peu plus vulnérables et un peu moins le King of the world. Les deux ont leur valeur...»

Dead Obies prendra la route à la fin février. Des escales sont notamment prévues à Chicoutimi le 28 février (Bistro Café Summum), à Québec le 1er mars (Impérial), à Trois-Rivières le 15 mars (Amphithéâtre Cogeco), à Gatineau le 16 mars (Minotaure) et à Sherbrooke le 29 mars (Théâtre Granada). Toutes les dates au www.deadobies.com