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Chanteur du groupe Bears of Legend et dirigeant de la maison de disque et de production de spectacles La Tanière, David Lavergne voue une égale passion aux deux pôles de sa vie professionnelle.
Chanteur du groupe Bears of Legend et dirigeant de la maison de disque et de production de spectacles La Tanière, David Lavergne voue une égale passion aux deux pôles de sa vie professionnelle.

David Lavergne: bien des cordes à sa guitare

François Houde
François Houde
Le Nouvelliste
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On connaît David Lavergne comme le chanteur du groupe Bears of Legend mais l’autre passion professionnelle qui consume son temps est plus discrète: il est le fondateur et maître d’oeuvre de La Tanière, maison de production de disques et de spectacles.

«Mon père m’a toujours conseillé de diversifier mes sources de revenus dans la vie. Ça fait longtemps que j’ai décidé qu’en plus d’être musicien, je serais aussi agent, gérant d’artistes, producteur et diffuseur.» Par contre, malgré un carquois plein de flèches, il ne pouvait prévenir le gel des activités artistiques en présence à partir de mars 2020.

Le chanteur a dû se résigner à l’inactivité au cours de la dernière année mais le gestionnaire a pris la relève malgré des mois difficiles. «Entre mars et octobre 2020, on vivait dans le doute et sans revenu. Les premiers six mois de la crise ont été extrêmement arides et inquiétants. Tous les gens que je voyais dans l’industrie se demandaient ce qu’ils pourraient faire d’autre dans leur vie.»

«Je suis tellement passionné par ce que je fais que quand tout s’est arrêté et qu’il ne me restait rien d’autre à faire que d’annuler des spectacles, j’étais vraiment démotivé.» Il n’a été démuni qu’un temps. Il est retourné à l’université poursuivre une maîtrise jadis abandonnée quand Bears of Legend s’est mis à lui réclamer trop de temps et d’énergie.

Conséquent avec ses champs d’intérêt, il s’est attaqué à une étude sur les effets de la pandémie sur la santé mentale des intervenants du monde de la musique au Québec. «On a fait un grand sondage auprès d’artistes, propriétaires de salles de spectacles, gérants, producteurs, etc. Notre hypothèse de base, c’est que la pandémie a exacerbé des problèmes qui existaient déjà au sein de la communauté artistique. On connaît les facteurs de risques pour la santé mentale et on sait que les gens du milieu y sont particulièrement exposés par la précarité de leur emploi, la fragilité des revenus, les heures de travail irrégulières, l’absence d’assurances dans bien des cas, l’exposition aux critiques, etc.»

«On espère que les résultats auxquels on va en arriver vont donner des munitions aux différentes organisations pour mieux soutenir les artistes et les intervenants dans le cadre de la crise mais pour le futur également.»

David Lavergne dit le faire pour se sentir utile. Ce qu’il tirera des données qui restent à être analysées nourrira l’agent et le producteur qu’il est également. «Dans notre boîte, ces derniers mois, on a vraiment travaillé fort à éplucher tous les programmes de subventions pour aider nos artistes. On a pris les bouchées doubles.»

«Je ne pense pas que la pandémie a, à elle seule, mis à terre beaucoup d’artistes : ils étaient déjà fragiles. Ils se sont cependant rendus compte à quel point ils sont dépendants de bien des facteurs et que leurs revenus mais aussi leur passion, tiennent à pas grand-chose. Un virus peut faire tout basculer.»

La Tanière

Créée en 2012 comme agence de spectacles pour les Bears of Legend, l’animal a évolué. «Au départ, je négociais directement avec les diffuseurs, je vendais les spectacles des Bears. On a ajouté le volet production en investissant pour monter les spectacles, sortir des albums, etc. Aujourd’hui, La Tanière, c’est surtout une boîte de production de spectacles. On produit les Bears, mais aussi Bleu Jeans Bleu, Andréanne A. Malette, QW4RTZ, MISC et plusieurs autres. Nous sommes producteurs de leurs spectacles donc on engage les musiciens pour les tournées, on représente les artistes pour vendre les spectacles dans des salles ou des festivals.»

Ça, c’est le rôle. Il y a aussi l’orientation. «Notre couleur, c’est qu’on ne travaille qu’avec des artistes ayant un profil d’autoproducteurs. Ça veut dire qu’ils gèrent eux-mêmes leurs finances, leur promotion. Si on prend Andréanne ou QW4RTZ, ce sont des gens extrêmement travaillants, très sérieux côté financier, des machines de promotion. C’est aussi le cas de Bleu Jeans Bleu, des gars qui gèrent très bien leurs projets. Regroupés chez nous, ils ont accès à des subventions auxquelles ils n’auraient pas droit s’ils étaient complètement indépendants.»

«Ce qui nous distingue de plusieurs boîtes, estime David Lavergne, c’est qu’au lieu d’engager des employés pour gérer les projets des artistes, ils le font eux-même avec notre soutien.»

Le premier mandat de la firme est venu en 2015. David estime à environ cinq ans le temps pour qu’une boîte ait la crédibilité pour accéder à toutes les nécessaires subventions gouvernementales. La Tanière y est arrivé avant la crise, heureusement. «Depuis octobre, on a été très proactifs pour obtenir le maximum d’aide. Le bruit s’est répandu dans le milieu. Présentement, on refuse beaucoup de demandes d’artistes. Les derniers qu’on a signés, c’est le duo de danse Janie et Márcio gagnants de Révolution.»

S’il n’en tenait qu’à son patron, La Tanière se limiterait aux artistes avec lesquels elle travaille déjà. Il ne sert à rien de grossir au détriment d’une qualité de vie. «On se démarque bien, on fait partie des bons joueurs dans l’industrie et surtout, on épaule bien nos artistes.»

Le patron tient férocement à la saveur humaine de son boulot. «Je connais personnellement chacun des diffuseurs avec qui on fait affaire. Ce sont des amis, vraiment. On s’appelle, on jase, on rêve ensemble. On a le même but : faire vivre des expériences le fun au public.»

Lui-même reste discret, il est plus payant pour tout le monde que la lumière soit sur les artistes. «Mon rôle, c’est de les faire rayonner.»

C’est fait le plus simplement possible pour que les sous aillent aux artistes. Ça veut dire peu d’employés, pas de bureau sur le Plateau, à Montréal. «Je travaille depuis le grenier de ma maison à Saint-Boniface. On n’a qu’une seule employée présentement et elle est à Montréal. Pendant dix ans, la seule salariée était Jacynthe, l’accordéoniste des Bears. Elle a eu un enfant récemment et voulait du temps pour s’y consacrer.»

Dans ses meilleures années, La Tanière a quand même supervisé jusqu’à 350 spectacles. «On aurait pu être quatre ou cinq employés qui n’auraient jamais manqué d’ouvrage. On a investi en technologies pour automatiser des opérations. Ainsi, notre commission demeure raisonnable; c’est plus d’argent pour les artistes. Ils voient tous nos états financiers et savent précisément où va l’argent.»

Et les Bears?

Avec tout ça, on en oublie que le groupe Bears of Legend a lui aussi été stoppé dans son parcours. «Les Bears, c’est une belle histoire, dit son chanteur. Ça fait dix ans qu’on roule, les sept ensemble, et on a l’impression qu’on vient de commencer. Notre bien-être personnel a toujours été la priorité. Certains ont eu des enfants récemment; ça remet le groupe en perspective. Il n’est la première source de revenus pour aucun de nous. La musique est un trip de gang, quelque chose qu’on adore mais on ne brisera pas des familles pour ça.»

En ce moment, le septette souhaite offrir une digne fin à la tournée A Million Lives interrompue en mars 2020. Le 10 avril, ils seront au Cabaret de l’Amphithéâtre Cogeco pour deux représentations, à 16 h et 18 h 30 et il reste des billets. «Il devrait y avoir d’autres dates pour clore une tournée extraordinaire. Après, on verra selon les disponibilités de chacun : peut-être qu’on pourrait se pencher sur un nouvel album.»

Le plus étonnant, c’est que privé de sa guitare depuis un an, David Lavergne ne la pleure même pas. «Je suis aussi passionné de production que je le suis de musique. L’idée de monter au grenier le matin m’enthousiasme comme un enfant. Je vois chaque jour sur mon téléphone où jouent les artistes de La Tanière. Juste de savoir qu’on leur permet le plaisir de jouer sur scène dans les meilleures conditions, ça me fait profondément plaisir. La business est sous-jacente aux grandes amitiés qui nous lient.»