Marco Calliari sera à la Maison de la culture, jeudi, dès 20 h.

Dans les souvenirs du clan Calliari

Marco Calliari naviguera en solo et en homme-orchestre, mercredi soir à la Maison de la culture de Gatineau, entre les eaux calmes de l’album One Night, dont la tournée achève, et les notes beaucoup plus musclées de son nouvel album, Calliari Bang ! Bang !, paru en février.

La tournée de ce disque débutera à l’automne prochain mais, à Gatineau, il cèdera tout de même à la tentation de faire quelques nouvelles chansons ». Entre autres, parce que Bang ! Bang !, sur lequel il retrouve sa vieille gang d’Anonymus, est l’occasion de fêter en grand ses 30 ans de carrière scénique.

« Ce que je viens présenter, c’est One Night, un album plus mollo et mélancolique. C’était un album que je voulais faire depuis longtemps ; j’avais besoin de prendre un break de la fête. C’est le fun d’être étiqueté ‘festif’, mais, dans mes shows comme sur mes albums, je me suis toujours permis trois chansons plus introspectives »

Ces chansons tranquilles, il les appelle ses « breathers », en ce qu’elles permettent à un spectacle de respirer.

« Là, j’ai mis tous mes breathers dans un album et en show, plus des inédites. Il y a de la compo, des interprétations, des chansons de mes anciens albums que j’ai revisitées. C’est un 18 chansons bien tassées. Et, pour la première fois de ma vie, je laisse parler la musique, avant tout. »

L’album One Night est un live (CD et DVD) : tout a été enregistré au cours d’une même soirée, en 2017, en gardant jusqu’aux monologues de présentation des chansons, qui font selon lui tout le sel de ce concert.

Un spectacle qu’il fait parfois en trio, parfois à huit, en compagnie de ses « sept musiciens extraordinaires » — parce que « c’est le fun » aussi — mais qu’il défendra seul, le 20 mars.

Lorsqu’il se la joue solitaire sur scène, Marco Calliari en profite pour se livrer à un exercice d’épure.

« Avec l’expérience, on se rend compte qu’une chanson, ce n’est pas les contours qui importent. Quand tu la dissèques, que tu la ramènes à la mélodie, en enlevant les flas-flas, c’est là que tu peux te rendre compte qu’une chanson est bonne. Une bonne chanson n’a pas besoin de la mandoline, des violons ou de l’accordéon. » C’est une fois dénudée que « ça devient vrai ».

histoires du clan Calliari

« La première fois que j’ai fait ce show en solo, j’avais un certain trac (lié au dépouillement des accords de guitare, mais aussi aux paroles des chansons)... et c’est resté dans mes plus beaux shows à vie ! »

Les émotions que One Night réussit à soutirer au public ne sont pas moins intenses qu’aux heures festives de Calliari. « Les gens capotent, ça leur fait du bien. Le soir de la captation, plusieurs hommes sont venus me voir après le concert pour me dire : ‘mon tabarouette ! tu m’as fait brailler trois fois, mois qui ne pleure jamais’ ».

C’est que Calliari égrène sur scène un chapelet de scènes « vécues », de touchantes « histoires de famille et d’immigration » tout ce qu’il y a de plus authentiques.

« Avec l’âge et l’expérience », il s’est rendu compte que « la mise en contexte » d’une chanson est un habillage aussi important, sinon plus, que l’orchestration.

Alors, quitte à parler de son clan en chantant des « faits réels », autant ouvrir un préambule pour en expliquer l’origine, le sens ou les ramifications. Une fois la présentation faite, le souffle de la pièce s’en trouve décuplé, puisque l’auditeur est en mesure de la faire résonner dans un univers plus grand que son seul paysage intérieur, constate Marco Calliari.

« La Manic — qu’on retrouve sur l’album de reprises Mi Ricordo — on n’aurait jamais soupçonné qu’elle deviendrait une des chansons les plus fortes du spectacle... et c’est directement lié à l’introduction que je lui donne », illustre-t-il.

Il en profite pour évoquer son grand-père Luigi, qui a immigré au Canada « en 1925 parce qu’il n’y avait plus du tout de jobs en Italie. Il a laissé sa femme et ses cinq enfants et a travaillé comme un bœuf, pour faire vivre sa famille » à distance, avant de réussir à les faire rapatrier à ses côtés, un an plus tard.

« La Manic, c’est l’hommage à tous ces parents qui ont fait les plus grands sacrifices pour leur famille. Pour nous, finalement. Et c’est une histoire qui marque tout le monde, ici : chacun a son histoire de travailleurs et d’immigrants. »

L’autre grand-père

Sur son nouvel album, Calliari adresse un clin d’œil à son autre grand-père. Calliari Bang Bang ! comporte « deux histoires de famille très importantes », confesse-t-il.

D’abord, celle de son grand-père maternel, qu’il n’a « pas connu » : « Tout ce que j’ai de lui, Michele, ce sont des photos en noir et blanc. Il est toujours habillé en costard noir, avec une manche pendante et un gros sourire. » Si sa manche est vide, « c’est qu’il a perdu son bras durant la Première Guerre mondiale », précise Marco Calliari, en évoquant sa « fascination » pour « sa collection de médailles militaires, exposée «sur une espèce de cadre au chalet de mon oncle», et les histoires que la famille se raconte à son sujet.

«Je n’ai jamais eu de conversation avec lui, donc je le romance. De là la composition Braccio Forte, qui veut dire ‘bras fort’, en pensant à tout ce qu’il a pu faire avec le seul bras qui lui restait : la guerre ; élever huit enfants, immigrer du Sud de l’Italie jusqu’à Milan. Pour moi, c’est surhumain ! C’est un héros !»

L’autre histoire de famille de Bang ! Bang ! concerne Celestina — la fille du grand-père évoqué à travers La Manic.

«Ma tante Celestina avait de gros problèmes de santé, et accusait un retard de développement important.» Face aux difficultés que posaient le voyage et l’immigration au Canada, grand père Luigi «a dû faire le choix déchirant de ne pas faire venir sa fille — sa seule fille — au Canada. La famille l’a laissée à Turin, dans un couvent. Elle y est encore, rendue à l’âge de 80 ans. Là-bas, elle a été parfaitement heureuse, toute sa vie [mais] dans la famille, c’est un sujet un peu tabou que je voulais affronter. »

La pièce, précise-t-il, est devenue le breather de Bang ! Bang !, un album des plus rythmés.

Retour au Bang ! festif

Sur ce disque se côtoient Michel Faubert en mode conte folklorique (que Marco Calliari traduit en italien au fur et à mesure) ; les musiciens d’Anonymus, bande heavy-metal au sein de laquelle Calliari a pondu 5 albums (en mode non-metal, sauf quand apparaît le Diable de Faubert), Mama Calliari (une intervention parlée) ; et, par contumace, la bande d’Octobre, à qui Calliari a repiqué La Maudite machine, devenue La maledetta macchina (elle sert de clin d’œil à Mi Ricordo, où le patrimoine musical québécois baignait dans de sympathiques sauces italiennes).

On y trouve aussi des classiques de la Botte, comme L’Avventura de Domenico Domenia, qui résonne ici à la Morricone, en faisant défiler des images de western spaghettis.