Daniel Bélanger
Daniel Bélanger

Daniel Bélanger : Un monde de libertés

Geneviève Bouchard
Geneviève Bouchard
Le Soleil
On aurait pu croire, quand la COVID-19 s’est pointée, que Daniel Bélanger s’était confiné comme un savant fou dans son studio, entouré d’une multitude d’instruments. La réalité, c’est que la réjouissante expérience musicale de Travelling, sorte de trame sonore d’un film à imaginer par vous-mêmes, était déjà prête avant la crise et sa deuxième vague...

L’auteur-compositeur-interprète, qui ne nie pas un certain goût pour la discrétion, admet apprécier le «luxe» de choisir quand ses œuvres nous arrivent. Pour Travelling, «l’hiver s’en venait quand l’album était prêt. Je me suis dit que s’il sort, je vais devoir sortir aussi. J’ai décidé d’attendre. Finalement, la pandémie m’a rattrapé», résume-t-il.

Daniel Bélanger

Après Paloma, l’album et la tournée, l’auteur-compositeur-interprète souhaitait une pause de la scène — il a été servi avec la pandémie. Mais des airs instrumentaux lui trottaient dans la tête. Il s’est ainsi payé la traite.

«Au départ, je voulais être complètement libre et je l’étais autrement plus que j’étais libéré de la contrainte du texte, évoque-t-il. J’ai regardé ce que j’avais autour de moi dans mon studio et je me suis dit que tout serait mis à contribution pour ce projet-là. J’ai trouvé des flûtes à coulisse en plastique, des jouets d’enfants, des gazous… J’avais un vibraphone, j’avais un saxophone soprano. À partir de là, j’étais encore plus libre d’essayer encore plus de choses. Et aussi, techniquement, comme je suis seul dans mon studio, ça ne coûte rien à personne si je gosse sur un gazou pendant trois jours. Ça me permet de faire des expériences et de la recherche. C’est un peu le fruit de tout ça.»

Daniel Bélanger avait déjà signé de la musique de film, à l’invitation de Luc Picard pour L’audition il y a 17 ans. Le téléphone vient semble-t-il de resonner de la part de Picard pour ce film consacré au tueur à gages Gallant, à venir sous peu. Entre les deux, Daniel Bélanger a choisi de se faire son propre cinéma.

«Ç’a été une grande boucle de 17 années, résume-t-il. Mais je m’étais rendu compte que personne ne m’invitait à faire de la musique de film. Alors j’ai décidé à m’inviter à en faire. J’allais faire des thèmes de cinéma.»

Nous voilà donc dans l’univers de Travelling. Une expérience musicale ludique et se permettant une grande liberté, en abandonnant pour un moment «la contrainte» imposée par l’écriture de paroles de chansons.

«C’est peut-être un petit congé de paresseux… note le toujours coloré Daniel Bélanger. Mais de toute façon, quand une contrainte nous quitte, une autre nous revole dans la face! Il faut quand même raconter une histoire, puisqu’on est dans la sphère du cinéma. Il ne faut jamais perdre celui qui va écouter. J’ai encore le plaisir de raconter une histoire avec les pièces. La contrainte du texte est peut-être exigeante, mais elle est quand même là.»

Images et imagination

De ses expériences au théâtre, signant la musique des spectacles à succès Les Belles-Soeurs ou Sainte Carmen de la Main — des textes de Michel Tremblay revisités avec René Richard Cyr —, Bélanger a pris des notes. Entre la nécessité de se mettre au service de l’œuvre d’un autre et la complète liberté de se retrouver seul en studio.

«En travaillant avec René Richard Cyr, j’ai retrouvé le plaisir que j’avais eu à travailler avec mon frère Michel sur mes premiers albums, où on cherchait quelque chose. René Richard savait exactement ce qu’il voulait. Et moi, je voulais qu’il reçoive ce qu’il veut! Il y avait une personne qui cherchait une réponse et une personne qui voulait répondre. Avec Travelling, la contrainte — mais ça n’en était pas vraiment une —, c’était d’avoir un projet très écrit, très arrangé.»

Avec Travelling, Daniel Bélanger nous invite dans une trame sonore. Le film, c’est à chacun de nous de l’imaginer. Mais il nous donne des pistes de réflexion avec ces titres colorés, qui nous parlent d’un grillon au parc national, du triomphe d’une perruche ou d’une flûte atomique.

«Ce n’était pas si intellectualisé, décrit-il. Le texte est la partie intellectuelle d’une chanson. La musique est beaucoup plus intuitive et abstraite. En n’ayant pas de texte à assurer, j’étais dans l’intuition totale.»

Le musicien cite des artistes comme André Gagnon ou François Dompierre, qui ont marqué l’imaginaire avec des musiques instrumentales. Ajoutons au lot les pièces créées plus récemment par Alexandra Stréliski ou Jean-Michel Blais, qui font briller le style néo-classique chez nous.

«Je pense qu’au Québec, on aime beaucoup la musique instrumentale», résume Daniel Bélanger.

Pas sorteux plus qu’il faut, le musicien prenait déjà une pause de la scène après l’aventure de Paloma, son précédent album. Solidaire envers ses confrères et consœurs, il ne met pas de lunettes roses pour l’avenir.

«Je n’ai pas le projet de revenir sur scène avant que tout revienne à la normale, annonce-t-il. Et j’assume que ça puisse prendre quelques années. J’ai la chance de pouvoir faire ce choix-là. Tous les nouveaux n’ont pas la chance de faire ça et j’en suis vraiment désolé. C’est une catastrophe que les artistes soient privés de la scène pour se développer et gagner leur vie.»