«De tout ce que j’ai fait, c’est l’album solo qui me ressemble le plus. Je suis allé chercher le côté un peu plus léger, humoristique, que j’ai dans la vie de tous les jours», explique le rappeur D-Track.

D-Track lance «Dieu est un yankee» à Gatineau

Le rappeur D-Track aime les albums concepts. Après des disques consacrés à Aznavour (Shahnour, l’an dernier), à Nelligan (Message texte à Nelligan) et à la banlieue (Abris-tempo), le voilà qui dresse un portrait personnel de l’Amérique à travers les 14 morceaux de Dieu est un Yankee, qu’il lance coup sur coup à Montréal (ce jeudi) et Gatineau (le 12 avril).

Bien que D-Track se permette d’écorcher le rêve américain au détour de certaines chansons, le disque n’est pas du tout ce pamphlet anti-USA qu’on pressentait en découvrant ce titre plutôt ironique, qui est aussi, concède le rappeur, un « clin d’œil assumé » aux Yankees de Richard Desjardins — une chanson corrosive à l’égard de l’impérialisme de notre voisin du Sud — et au God is An American de Jean-Pierre Ferland.

L’album « est autant une critique de l’Amérique qu’un hommage à mes influences américaines, expose le rappeur d’origine gatinoise.

Le concept découle de la première chanson de l’album à voir le jour. Dans cette chanson titre, l’auteur observe «l’américanisation» de la langue et de la culture à sa porte. Le morceau multiplie les références à la culture populaire et aux importations télévisuelles. Un constat d’assimilation que D-Track, pas fataliste, semble embrasser plutôt que renier.

Le rappeur a alors voulu «garder cette esthétique» pour le reste de l’album. Aussi, les chansons subséquentes ont-elles logiquement épousé l’esprit de l’Oncle Sam, se nourrissant, par images interposées, de tout le bien (et de quelques maux) que lui inspirent les États-Unis. Les textes jonglent avec les idiomes anglais, traversés de walkman et d’airball, de vibe et de trafic jam, de rimes phat, de beats old school et de flows shapés comme Chuck Norris. Bref, on est loin de Nelligan.

Think Big

D-Track, victime consentante de l’impérialisme culturel ? «Oui, je me trouve très Américain», reconnaît l’artiste.

S’avouant biberonné au quotidien par les States — «marqué au fer rouge», chante-t-il sur Think Big — D-Track assume sourire en coin sa fascination pour cette culture hégémonique, tout comme Elvis Gratton revendique son fantasme pour les «gros garages».

«Ma façon de penser, mon mode de vie, sont très américains. [...] Le rap vient de là. Je ne peux pas renier les belles choses qui viennent de là, non plus. [...] Mon travail, ma musique, tout ça est beaucoup inspiré d’artistes américains. Ils m’ont bercé toute ma vie, et encore aujourd’hui !»

Et D-Track de citer Notorious Big (dont le nom invite à une réinterprétation de la pièce Think Big) parmi ses sources d’influences précoces. Suivi ces temps-ci par Kendrick Lamar et J Cole, au côté du Britannique Loyle Carner.

«Beaucoup de grands auteurs et d’artistes ont émergé de ce pays-là. Quand tu vas à Détroit, c’est délabré — les rappeurs américains viennent du ghetto et sont en mode survie — mais il y a énormément de talents et des perles artistiques» illustre D-Track, qui en 2015 a signé le livre Detroit, un carnet de voyage réunissant photos et textes de slam.

Pour lui, les USA n’ont jamais cessé d’incarner cette Liberté farouche gravée dans sa Constitution : «Ils n’ont pas peur d’aller de l’avant, de réaliser de grandes choses».

Son album n’est toutefois pas dénué de charge critique. Notamment à l’égard de sa folie des grandeurs. Laquelle fait écho, à une échelle plus intime, à «l’egotrip du rappeur», soutient D-Track.

D’ailleurs, le «pire défaut» de la superpuissance, «c’est sa politique étrangère», soutient D-Track, qui consacre au récent bras de fer militaro-verbal entre Donald Trump et son homologue nord-coréen la chanson Airball.

Son titre désigne un lancer à distance complètement raté, au basket-ball. La métaphore sportive sert à évoquer les risques de dommages collatéraux que pourrait subir le Canada voisin.

«J’aime aller dans tous les sens, dans mes chansons. [...] Airball, c’est de l’humour noir. Si une guerre éclate, et que les deux pays commencent à s’envoyer des missiles, le Canada va peut-être se faire frapper si la Corée rate son tir», tout comme un ballon de basket mal lancé risque d’aboutir sur la tête d’un spectateur.

«Il y a pas mal d’ironie et de sarcasme, sur ce disque. Beaucoup de petites touches d’humour. En fait, c’est l’album solo qui se rapproche le plus de ce que j’ai fait avec Sam Faye» dit-il en évoquant Fumeur occasionnel, où il se moque de lui-même et de sa lourde tendance à bummer des cigarettes.

Trap, jazz et boom bap

«Au niveau des sonorités musicales et de la production, j’ai voulu me mettre à jour, être plus actuel». La facture old school est toujours présente, mais se métisse ça et là de trap. «J’ai aussi de l’électro, un peu de funk, et quelques beats un peu boom bap».

D-Track se fait moins drôle et plus touchant lorsqu’il teinte ses chansons de jazz. Ce qu’il fait à deux reprises : d’abord sur Mon père est un jazzman, une «chanson vraiment autobiographique : c’est un hommage à mon père» qui écoutait énormément de jazz ; ensuite, sur Jouer dehors, sur laquelle s’invite Dominique Fils-Aimé, vedette montante de la scène jazz montréalaise (qui vient tout juste de faire paraître un album, elle aussi).

«Pour moi, le jazz est un peu le père du rap. c’est ma façon de rendre hommage à la musique qui était là avant, à cette lignée musicale.»

Le lancement montréalais est prévu ce jeudi, au Quai des Brumes. D-Track sera de retour au bercail gatinois vendredi, pour lancer son disque au Troquet.

POUR Y ALLER :

Vendredi 12 avril

Le Troquet