Charlotte Cardin: L’été, c’est fait pour (moins) jouer

Charlotte Cardin entend boucler son nouvel album dans les mois à venir, de façon à pouvoir le lancer l’automne prochain. Après des mois à tourner ici, en Europe et aux États-Unis, la chanteuse profitera d’une saison estivale un peu moins chargée. Le répit était souhaité. Il est apprécié.

« Ça fait presque deux ans que mon microalbum est sorti et qu’on tourne depuis. Cet été, on a choisi quelques festivals, mais on n’a pas dit oui à toutes les offres, de façon à avoir le temps de travailler en studio. Je vais quand même aller un peu en Europe, mais sinon, l’enregistrement me garde à Montréal et ça me fait du bien d’être davantage à la maison. Ça me ressource. J’ai pu recharger mes batteries pour pouvoir mieux repartir en tournée », explique l’auteure-compositrice-interprète. 

Celle-ci n’a pas encore trouvé le titre qui coiffera sa galette. Elle sait néanmoins déjà quelle sera la teinte musicale de ce prochain disque.

« On n’a pas terminé, alors ça peut encore bouger, mais pour l’instant, ça ressemble à ce que vous avez entendu de moi. On a utilisé certains nouveaux sons et plusieurs chansons sont portées par la guitare plutôt que par le piano. J’aime marier différents genres musicaux. Je ne souhaite pas me limiter à un seul style, probablement parce que la musique que j’écoute est toujours très variée. J’adore piger dans différentes influences pour oser des mélanges peu courants, faire des chansons plus jazz avec des beats électros, par exemple. »

Les titres qu’elle entend endisquer sont majoritairement en anglais. Parce que l’artiste montréalaise a toujours plus de facilité à trouver les mots dans la langue de Shakespeare. 

« Signer des chansons dans ma langue maternelle, c’est difficile, ça me vient moins naturellement. Mais lorsque j’arrive à en faire une qui me plaît, la satisfaction est grande, parce que le défi que j’ai relevé est plus costaud. »  

La force des liens

Charlotte Cardin a mis sa griffe sur toutes les chansons de cet album à venir, mais elle a aussi profité de l’apport de son réalisateur, Jason Brando. 

« Il a coécrit les paroles de plusieurs textes avec moi. Il m’a aussi présenté des rythmes et des bandes sonores qui ont nourri le processus créatif. On a beaucoup travaillé ensemble et j’adore cette façon de faire, cette mise en commun qui permet de se renouveler. Comme c’est un premier long album pour moi, c’était bien d’être ainsi accompagnée. » 

La sympathique artiste sent qu’elle a davantage de métier dans le corps et une aisance sur scène qui s’est affirmée au fil des ans. Mais il y a des choses qui ne changent pas. Elle est toujours aussi inspirée par les relations humaines. Le thème revient d’ailleurs souvent dans les textes qu’elle a pondus pour son nouvel opus. Il est aussi au cœur du duo qu’elle a enregistré dernièrement avec Loud, Sometimes, All the Time. 

« J’étais super contente de collaborer avec Loud. Ça fait longtemps qu’on avait envie de le faire et je trouve que cette chanson met en valeur nos deux univers, très différents, mais qui se complètent bien. Les relations au sens large, c’est vrai que ça m’inspire. Le mode de vie que j’ai eu ces dernières années, en étant souvent partie à l’étranger et en faisant beaucoup de route, a probablement exacerbé mon intérêt pour ce sujet-là. Parce que c’est un rythme de vie qui met à rude épreuve toutes les relations, qu’elles soient amoureuses ou amicales. En couple, c’est difficile d’installer une routine quand on n’est pas souvent là. Et avec les amis, c’est compliqué aussi parce que, lorsqu’on est plongé dans le tourbillon des répétitions et des spectacles, on n’a pas toujours le temps pour répondre aux courriels et donner des nouvelles. On est tellement parti souvent qu’on n’a plus de racines. Je ne peux pas imaginer ce que vivent les grandes vedettes, parce que moi, quand même, je revenais chez moi quelques jours entre certaines séquences de la tournée. »

Une double blanche de silence s’entend dans le combiné. 

« En fait, quand on embrasse ce métier, on accepte le mode de vie très intense qui vient avec, poursuit Charlotte. Mais c’est difficile pour nos proches parce qu’eux, ils ne l’ont pas choisie, cette profession. Et ils en subissent quand même les travers. Moi, j’ai la grande chance de pouvoir compter sur ma famille. Mes parents viennent me retrouver quand ils le peuvent. Je sais et je sens qu’ils sont là pour moi. Je suis très privilégiée d’avoir un entourage à ce point présent. »

Elle se trouve très privilégiée, aussi, d’avoir un parcours professionnel aussi formidable. Depuis sa sortie des studios de La voix, en 2013, Charlotte Cardin fait les choses à sa façon, sans compromis, et le succès lui sourit.  

« Tout ce qui s’est passé, je l’espérais, c’est sûr, mais je ne l’attendais pas. Les étoiles ont été bien alignées pour moi, disons. Tout ça s’est fait super naturellement. Je n’aurais pas pu demander mieux. Depuis le début, j’ai des fans au Québec qui sont très présents. Et très patients, aussi : je sors mes chansons lentement, ça prend du temps entre mes projets et malgré ça, le public me suit toujours. À l’étranger, tout est à développer encore, mais j’ai un bel accueil. Je suis très reconnaissante. Je sais que ce n’est pas qu’une question de talent. Oui, on travaille vraiment fort, mais d’autres artistes super talentueux le font aussi, et malgré tout, leur rayonnement n’est pas le même. »

Des succès, des reprises

Sur scène cet été, la brunette chanteuse interprétera les chansons tirées de ses deux microalbums (Main Girl et Big Boy), tous deux certifiés disques d’or. Elle offrira aussi quelques nouvelles créations qui se retrouveront sur sa prochaine galette. Et elle devrait proposer une reprise ou deux. 

« J’adore aller piger une chanson significative dans le répertoire des autres, faire mienne cette histoire que quelqu’un a eu envie de raconter. Dans chaque spectacle, j’ai toujours au moins une reprise et je la change de temps en temps. »

C’est zéro (Julie Masse), Wicked Game (Chris Isaak) et Last Kiss (Pearl Jam) sont quelques-uns des titres qu’elle a interprétés. Plus récemment, elle a aussi chanté Fous n’importe où, de Daniel Bélanger. La proposition est arrivée comme un cadeau, une jolie fleur sur le parcours. 

« J’admire Daniel Bélanger depuis longtemps, c’est un artiste très inspirant pour moi. Tourisme Québec m’a proposé de reprendre ce succès pour une campagne publicitaire, étant donné que la chanson parle du voyage et de l’importance de lâcher prise. J’ai dit oui tout de suite, parce que j’étais super contente de pouvoir me coller au répertoire de Bélanger. J’ai eu la chance de chanter avec lui il y a un an et franchement, c’était une superbe expérience. J’ai constaté que derrière le chanteur que j’admirais, il y avait un être humain sensible, humble et généreux, tout aussi admirable », dit celle qui sera à Sherbrooke pour l’ouverture du Sherblues & Folk. 

Elle promet un spectacle à son image. Sans trop de flaflas. 

« Dans les festivals, c’est vrai que l’atmosphère est différente de celle qu’on installe en salle. Les shows sont souvent plus dansants... mais pas le nôtre! On n’est pas tout le temps up-tempo. Notre prestation est plus intimiste, parce que mes chansons sont assez introspectives. Des fois, on réorganise l’ordre des chansons, on rebrasse un peu les rythmes, mais on ne se dénature pas. Et ça donne quelque chose d’intéressant. Ce que je trouve toujours cool, dans les shows extérieurs, c’est que les gens sont en mode découverte et souvent très ouverts à la nouveauté. »

Ici comme ailleurs, elle sera accompagnée des deux mêmes musiciens avec qui elle enfile les spectacles depuis cinq ans, Mathieu Sénéchal (basse) et Benjamin Courcy (batterie).

« On forme vraiment un band et c’est très précieux pour moi. On a tourné ensemble dans à peu près toutes les conditions. On a vécu des shows géniaux, d’autres catastrophiques. On a traversé toute la gamme des possibilités ensemble. » 

Et ils sont prêts pour la suite. Pour tous ces autres possibles qu’ils n’ont pas explorés encore.

« Mon objectif est assez simple : dans ce métier-là, je veux continuer à faire de la musique qui me ressemble et à la partager avec le plus de gens possible, le plus longtemps possible. »

Véronique Cloutier et Charlotte Cardin lors du retour de La Fureur en janvier dernier.

Souvenir de festival


Puisqu’elle enfilera les prestations extérieures cet été, on a demandé à Charlotte Cardin quel était son plus beau souvenir de festival.  

« J’ai passé de très, très beaux moments au festival Osheaga de Montréal, où je suis allée souvent en tant que spectatrice. Mais sinon, je suis allée au Primavera Sound de Barcelone il y a quatre ans et j’en suis revenue enchantée. J’y ai vu des artistes que j’aime beaucoup, comme Drake, The Strokes. Ce qui était assez unique, c’est que les spectacles débutaient tous après minuit. La soirée s’étirait jusqu’aux petites heures du matin. C’est à ce point un festival de nuit que lorsque je suis revenue à Montréal, après une semaine passée là-bas, je n’ai pas du tout senti les contrecoups du décalage horaire! »

Vous voulez y aller?

Charlotte Cardin
Mercredi 3 juillet, 21 h 15
Grande scène, rue Wellington Nord
Sherblues & Folk
Entrée gratuite

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Quand ? 4 juillet, 21h30

Où ? Bluesfest

Renseignements : ottawabluesfest.ca