Marie-Pierre Arthur s’est entourée de deux coréalisateurs pour concrétiser Des feux pour voir, son quatrième album.
Marie-Pierre Arthur s’est entourée de deux coréalisateurs pour concrétiser Des feux pour voir, son quatrième album.

Au labo de Marie-Pierre Arthur

Geneviève Bouchard
Geneviève Bouchard
Le Soleil
Cinq ans après «Si l’aurore», Marie-Pierre Arthur reviendra le 24 janvier avec «Des feux pour voir», un quatrième album solo sur lequel elle a rebrassé ses cartes de création, tant sur la forme que sur le fond.

À l’écoute de cette nouvelle collection de chansons, le mot «laboratoire» vient à l’esprit. Au bout du fil, l’auteure-compositrice-interprète d’origine gaspésienne ne le renie pas.

«Il y a eu beaucoup plus de travail d’exploration des formes, confirme-t-elle. Plus que d’habitude. J’ai gossé longtemps. Il y a des refrains qui ont été complètement transformés. On était trois à réaliser. Je me suis payé le temps de le faire. C’est quelque chose que je n’avais pas encore fait. Je pense que la différence s’est créée surtout en postproduction.»

Coréalisé par Arthur elle-même, François Lafontaine et Sam Joly, Des feux pour voir se déploie en une série de tableaux variés qui prennent des libertés dans leur structure chansonnière. «J’ai pris le temps d’essayer vraiment beaucoup de choses sur une période d’environ deux ans et demi, explique la chanteuse et bassiste. Je pense qu’on entend dans l’album qu’il y a différents moments dans les influences. Comme ça s’est fait sur un certain laps de temps, je pense qu’on entend qu’il n’y a pas juste une Marie-Pierre dans le disque. Ça bouge vite, une personne, même si on ne s’en rend pas compte. Dans la création, ça paraît plus vite, au fond. C’est mon auto-analyse! C’est pour ça qu’il y a des chansons qui sont très différentes les unes des autres.»

Fille de gang, Marie-Pierre Arthur a tenu à s’entourer de deux coréalisateurs pour concrétiser ce quatrième album, même si comme elle le mentionne dans son livret, «réaliser à trois c’était pas simple».

«Dans une dynamique comme ça, tout le monde trouve éventuellement son rôle, évoque-t-elle. Tout le monde n’a pas les mêmes aptitudes aux mêmes places. Ça veut surtout dire de se servir du meilleur de tout le monde. Ça prend un petit moment à explorer et à placer. Mais à un moment donné, tout le monde devient fort dans sa position et ça aide vraiment le projet. J’adore ce que ça implique, même si ça vient avec des difficultés que je n’aurais pas si je ne travaillais pas avec plein de monde. Humainement, je suis capable de le prendre, le défi que ça apporte. Et créativement, j’y crois beaucoup».

Nouvelles collaborations

Quand est venu le temps de reprendre la plume, Marie-Pierre Arthur a renoué avec sa complice de toujours, Gaële. Mais là aussi, l’envie de casser sa routine de création s’est fait sentir, si bien que d’autres auteurs ont été sollicités. En plus de l’ami Louis-Jean Cormier qui lui a offert le texte Puits de lumière, les consœurs Laurence Nerbonne et Émilie Laforest se sont jointes au duo Arthur-Gaële pour signer quelques chansons.

«Comme je travaillais vraiment différemment la musique, je me suis demandé si je devrais essayer d’écrire les textes avec une autre personne», résume la chanteuse, qui décrit comme «rafraîchissantes» ces nouvelles collaborations.

«Émilie, c’est une grande amie à moi, évoque-t-elle. J’aime ce qu’elle fait. J’aime sa vitalité dans la musique. Elle est capable d’aller vers quelque chose de plus trash dans les paroles. Elle va direct dedans. Sa poésie est capable d’amener des images pointues et un peu rock sur de la beauté ou le contraire. J’aime beaucoup sa poésie. C’est toujours court et clair. Ça rentre dedans.»

Quant à Laurence Nerbonne, elle l’appréciait dans la vie et a décidé de voir ce qu’elle pourrait ajouter à son univers. «Moi, j’arrive avec mes sujets et avec des bouts de phrases, note-t-elle. La personne qui est avec moi propose des couleurs et des façons de ramasser le sujet. Mais elle arrive aussi avec un autre champ lexical et d’autres façons d’aborder le mot. Est-ce qu’il est plus lyrique ou plus rythmique? C’est toujours intéressant...»

L’expérience a été porteuse, si bien que Marie-Pierre Arthur espère trouver des occasions de la pousser plus loin. «Je me suis toujours promis d’écrire un peu tout le temps au lieu d’attendre d’être prête à enregistrer, indique-t-elle. Si j’arrive à le faire, je pense que je vais souvent organiser des sessions comme ça avec d’autres personnes. J’ai envie de garder ça proche de moi. Même si ce n’est pas pour écrire des chansons, c’est trop le fun d’écrire à deux. C’est comme ouvrir un dialogue…»

Marie-Pierre Arthur se produira aux quatre coins du Québec dans les prochains mois. Elle est notamment attendue à Weedon le 8 février, à Gatineau le 14 février, à Saguenay et à Jonquière les 21 et 22 février, à Sherbrooke le 12 mars et à Québec le 14 mars. 

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DE BONS MOTS POUR PETITE-VALLÉE

Native de la Gaspésie, Marie-Pierre Arthur n’avait pas caché sa peine après l’incendie du théâtre de la Vieille Forge de Petite-Vallée, où elle a fait ses premières armes musicales. Deux ans et demi après le sinistre, c’est plutôt la résilience des gens de son coin de pays qu’elle tient à souligner. 

«Je pense qu’ils ont affronté ça avec positivisme, décrit-elle. Ils ont été rodés très vite. La salle temporaire est super bien montée. Je vois ça personnellement, parce que ce sont tous des amis. C’est du monde que j’aime bien gros. Je trouve qu’ils s’en sortent drôlement bien. Ils ne sont pas en train de ressasser ça et d’être dans la grosse peine. Ils sont en train de construire ce que ça va devenir et, à la limite, d’être contents que les choses évoluent. Ça ne leur a pas donné le choix, mais ça va faire évoluer le truc. Je trouve qu’ils ont fait du beau avec du plate.»  Geneviève Bouchard