Des centaines de personnes ont défilé devant le cercueil doré où repose Aretha Franklin, parmi d’énormes bouquets de roses.

Aretha Franklin honorée «comme une reine»

DETROIT — Des milliers de personnes endeuillées ont commencé à affluer au Musée d’histoire afro-américaine Charles H. Wright à Detroit, mardi, où est exposée en chapelle ardente Aretha Franklin, morte le 16 août d’un cancer du pancréas.

Des gens venus d’aussi loin que Las Vegas et Miami ont fait des signes de croix, incliné leur tête et parfois pleuré en s’approchant du corps de la chanteuse, qui s’est éteinte à l’âge de 76 ans.

Et le décor n’aurait pas pu tomber plus juste, selon une professeure associée en études africaines à l’Université Virginia Tech. «Je pense que c’est incroyablement significatif: elle est honorée presque comme une reine dans un des plus importants musées noirs des États-Unis», souligne Paula Marie Seniors.

Le cercueil d'Aretha Franklin est exposé au musée Charles H. Wright, dédié à l’histoire des Noirs américains.

L’établissement, situé tout près du campus de l’Université Wayne State, était le plus important musée des États-Unis consacré aux Afro-Américains jusqu’à l’ouverture, il y a deux ans, du Musée national de l’histoire et de la culture afro-américaines de Washington.

En 2005, le musée Charles H. Wright avait été le théâtre d’un hommage similaire pour Rosa Parks, figure emblématique de la lutte contre la ségrégation raciale. Aretha Franklin avait d’ailleurs chanté aux funérailles de Mme Parks, dans la même église où aura lieu sa propre cérémonie, vendredi. La diva sera ensuite inhumée dans le même cimetière que la célèbre militante, toujours à Detroit.

Vêtus de t-shirts arborant le visage de la reine de la soul, certains sont venus de loin pour rendre hommage à Aretha Franklin.

La reine de la soul ne se considérait pourtant pas comme une étincelle du mouvement féministe ou de la lutte pour les droits civiques. Mais elle a défendu ces deux causes par de petits et grands gestes, tels que son interprétation de Respect d’Otis Redding, devenu l'un des hymnes des mouvements pour l'égalité pour les Noirs et les femmes dans les années 1960. Le tube, composé par Otis Redding, lui offrira en 1967 les deux premiers Grammy  (sur 18) de sa carrière.

Reconnaissable entre mille, sa voix sensuelle et puissante couvrant quatre octaves a influencé de nombreuses divas américaines: de Whitney Houston à Beyoncé, en passant par Mariah Carey et Alicia Keys.

Aretha Franklin, née dans un Sud ségrégué à Memphis, dans le Tennessee, fut aussi intimement liée au mouvement des droits civiques et donna argent et conseils aux activistes américains.

En 1990, elle a chanté à un rassemblement dans sa ville en l'honneur de la libération de Nelson Mandela en Afrique du Sud. Montant sur scène, Mandela a raconté à quel point il avait apprécié écouter "le son de Detroit" quand il était enfermé.

En 1999, le président Bill Clinton lui avait remis la médaille nationale des arts et en 2005, la médaille présidentielle de la liberté lui avait été décernée par le président George W. Bush.