Placido Domingo, 78 ans, a été accusé par plusieurs femmes de gestes déplacés et de baisers forcés remontant à plusieurs années.

Affaire Placido Domingo: une approche différente du #MoiAussi

NEW YORK — Ovation en Europe, annulations aux États-Unis : les accusations de harcèlement sexuel contre le célébrissime ténor espagnol Placido Domingo ont de nouveau souligné les divergences transatlantiques s’agissant de l’accueil fait aux personnalités du monde de la culture mises en causes dans des scandales.

Placido Domingo, 78 ans, a été accusé par plusieurs femmes de gestes déplacés et de baisers forcés remontant à plusieurs années. Dimanche, pour sa première prestation scénique depuis la publication de ces accusations, il a été ovationné au festival de Salzbourg.

Aux États-Unis au contraire, l’Orchestre de Philadelphie et l’Opéra de San Francisco ont annulé ses spectacles dès que les accusations ont été rendues publiques.

En Europe, les compagnies ont préféré attendre, certaines lui affichant même leur soutien. Et alors que plusieurs artistes américains ont publiquement condamné les actes présumés, des chanteurs européens ont pris sa défense. La mezzo-soprano Maria Jose Suarez, qui s’est produite aux côtés de Placido Domingo plusieurs fois, a ainsi dit avoir vu des femmes «lui courir après». «Ce que j’ai vu, c’est quelqu’un de bon, qui est un homme qui aime les femmes, tout comme j’aime les hommes, et ce n’est pas un problème», a-t-elle dit à une radio espagnole.

Cette divergence dans les réactions ravive le débat de longue date sur la manière dont la société devrait ou non continuer de célébrer l’œuvre d’individus accusés d’actes répréhensibles.

Pendant des dizaines d’années, les défenseurs d’hommes puissants accusés d’abus sexuels ont brandi le cliché du «puritanisme» américain. L’argument a refait surface suite au lancement du mouvement #MoiAussi en 2017, après la chute du producteur Harvey Weinstein.

Pour l’historienne française Laure Murat, qui a publié l’an dernier Une révolution sexuelle? Réflexions sur l’après-Weinstein, «crier au puritanisme et à la censure est un raccourci paresseux».

«Je crois que la défense systématique du “grand artiste”, de son impunité miraculeuse, est un alibi pour toute autre chose. Il y a, derrière, une volonté délibérée de ne pas rentrer dans le débat», a-t-elle dit en 2018.