2018 en musique

Pas de hit radio, ici. Juste une année reconstituée de chansons discrètes, qui furent autant de coups de cœur viscéraux, et qui méritent une piqûre de rappel, pour les mélomanes avides de découvertes.

« Il y a », Fred Pellerin (Après)

Fred Pellerin a repris le micro pour fredonner en douceur l’eau des ruisseaux et le travail des champs, les lumières de la misère et les beautés de l’amour, les grands bouleversements des petits cœurs. Un disque bercé par la tristesse et la contemplation, que résume Il y a, déconcertante de simplicité et d’évidence, qui résume le génie de l’interprète.

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« Empty Kisses » Laurel (Dogviolet)

Les amateurs de voix féminines soul basses, vecteurs de fêlures et de gravité, à la LP, devraient jeter une oreille à Dogviolet, première offrande de Laurel Arnell-Cullen, alias Laurel, jeune Londonienne en pleine maîtrise de son « spleen », qu’elle étale avec rage sur une pop-soul léchée.

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« Carnaval chaotique » ; Arthur H (Amour chien fou)

« Carnaval chaotique » ; Arthur H (Amour chien fou)

Le titre de la chanson reflète bien l’esprit voyageur de ce disque capharnaüm, métissé d’éléments empruntés à Mexico, Tokyo, Bali, ou aux étoiles montréalaises, où fit escale le Parisien Arthur H. Un disque au long cours, double, aux voiles gonflées d’électro et de pluie, de larmes et de rictus, aussi éclaté, richement bordélique, que ceux que signait son père Jacques Higelin dans les années 70.

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« Dream » ; Bishop Briggs (Church Of Scars)

« Dream » ; Bishop Briggs (Church Of Scars)

Les savoureux singles « Wild Horses » et « River » ont mis la Britannique Bishop Briggs sur les radars internationaux. De toutes les « cicatrices sacrées » venues constituer ce — très réussi — premier opus, on a un faible pour la chaleur de « The Fire », et la fougue que l’Évêque met à ouffler sur les braises.

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« Widow Bride ». Ben Caplan (Old Stock) ÉTÉ

Ben Caplan est la source mélodique et la voix principale de l’émouvant « Old Stock », une pièce de théâtre musical folk-klezmer qui, à travers l’immigration d’un couple de juifs européens échoués au Canada après avoir fui les pogroms, fait un clin d’œil ébouriffant au périple migratoire de tous les réfugiés, voire de tous les petres humains.

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« La femme à barbe ». Les Royal Pickles (Jouer dans l’trafic)

« La femme à barbe ». Les Royal Pickles (Jouer dans l’trafic)

Joyeusement swing, résolument festif, « Jouer dans l’trafic » est un album funambule oscillant entre chansons à textes et pièces instrumentales jazzées (mais 100 % de compos originales). « La Femme à barbe », qui jongle avec les images circassiennes rétro, est un bel exemple de l’humour sympathique du band, mais surtout du talent orchestral du sextuor.

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« Plastic Hamburgers ». Fantastic Negrito (Please Don’t Be Dead)

« Plastic Hamburgers ». Fantastic Negrito (Please Don’t Be Dead)

Renversant, le troisième album de Fantastic Negrito donne des frissons. Ne nous laissons pas distraire par sa classification « blues » (catégorie dans laquelle « Please Don’t Be Dead » est en lice aux prochains Prix Grammy), l’album est éminemment plus que cela. Avec une maestria tonitruante, il suinte le funk, le rock et le R&B, et évoque tour à tour Lenny Kravitz, Jack White, Chris Cornell, Tom Waits et Janis Joplin.

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« Ma gueule ». Geneviève Leclerc (Celle que je suis)

« Ma gueule ». Geneviève Leclerc (Celle que je suis)

Geneviève Leclerc a plongé ses nouvelles chansons (trois originales se glissent parmi les reprises) dans un bain orchestral bouillonnant. L’amplitude symphonique sied particulièrement bien à Tom Jones, Dalida et Johnny, dont la Gatinoise s’aproprie « Ma Gueule » de toute sa puissance vocale, farouche et explosive.

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« La fenêtre » Feu Chatterton ! « L’Oiseleur »

Missile électro-rock poétique de la nouvelle chanson française, Feu ! Chatterton n’a rien perdu de sa fulgurance. Sur son deuxième album, L’Oiseleur, la poésie d’Aragon côtoie les délires surréalistes les plus oniriques. « Rêve éveillé » glissant sur des sonorités « new wave » d’une monotonie triomphante, « La fenêtre » s’ouvre sur « la beauté scandaleuse de la violence », panorama qu’embaume un délicieux « parfum d’outrage ».

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« Each Time » Tamino « Amir »

« Each Time » Tamino « Amir »

Disque d’automne aux langueurs savoureuses, « Amir » est le premier long jeu de Tamino, jeune multiinstrumentiste belge qui, sur « Each Time », mâtine son spleen et son romantisme de sonorités orientales propres à ses origines égypto-libanaises.

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Le P’tit Reney. Reney Ray. (Renay Ray) 

La Franco-Ontarienne Reney Ray switche naturellement entre les deux langues officielles, que sa bouche a pris l’habitude de jumeler « de façon louche », pis « l’monde en Ontario savent de quoi j’parle de », témoigne-t-elle, avec beaucoup d’humour et sans s’excuser, dans « Le P’tit Reney », sorte d’anti-Petit Robert. Le reste de l’album prouve qu’elle maîtrise la grammaire et la poésie avec bien plus de finesse qu’elle ne le prétend.

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« On va s’épuiser » Les Bouches Bées. « Compte à Rebours »

« On va s’épuiser » Les Bouches Bées. « Compte à Rebours »

Une touche de swing ici, là deux doigts de country-folk, un « splouch » de « bouette » bluegrass et une rasade crème de menthe : Les Bouches Bées, trio vocal (100 % féminin) à forte valeur ajoutée harmonique, mi-Sœurs Boulay mi-Canailles, s’amusent à faire rebondir leur voix habiles et tout-terrain dans un joli véhicule quatre-saisons intitulé « Compte à Rebours ».