Retour sur l'année 2017 en musique.

2017 en musique selon Yves Bergeras

La bande originale d’une année idéale ? Nos deux journalistes aux arts vous ont concocté une playlist des chansons qui ont le plus tourné sur leurs platines en 2017. À vos écouteurs, prêts ?

JANVIER

Harry Styles
Sign of the Times
Harry Styles

Nos oreilles se tiennent habituellement à distance respectable des boys band de tout acabit et de leurs mélopées surproduites. 

C’est dire si la claque mélodique que nous a assénée le premier album solo d’Harry Styles (ex-One Direction) était inattendue. On découvre un véritable artiste, qui, résistant aux sirènes des palmarès radiophoniques et des trends de l’heure, explore les pulsions folk-rock d’un artisanat plus authentique. 

Du disque émerge Sign of the Times, sublime complainte qui, pour une rarissime fois dans la maison, mettait d’accord le critique tâtillon et sa fille préado accro’ à YouTube, dont les goûts s’accordent rarement.

FÉVRIER

Belladonna of Sadness
Alexandra Savior
M.T.M.E (Music To My Ears)

Album coup de cœur, où les atmosphères enfumées des films noirs des années 50 se disputent à un lyrisme dense, bercées par la voix cristalline, le spleen nonchalant et la sensualité distinguée de l’Américaine Alexandra Savior, une vamp vintage d’à peine 21 ans. 

On est pourtant loin du jazz. Plutôt, dans une pop dreamwawe éthérée... d’inspiration Nick Cave, si la chose est imaginable.  

Belladonna distille au goutte à goutte son poison triste: on a rendu l’âme à Music To My Ears

Si cette fleur (la belladonne) sombre et lumineuse vous envoûte, on suggère de jeter une oreille au Lilies de Melanie de Biasio. 

Ses parfums jazz-électro sont plus aériens, mais on aime laisser l’une et l’autre embaumer en tandem nos dimanches pantouflards.

MARS

Eleven Songs By Aliocha
Aliocha Schneider
Virtue

L’album a collé dans le lecteur. Pire que de la glue. 

Il ne manque pas de vers d’oreille, mais c’est surtout la variété des styles et des grooves – sans perdre son homogénéïté globale – du premier long jeu d’Aliocha qui nous a séduit. 

Le jeune homme, qu’on a d’abord connu comédien, maîtrise le jeu des sentiments... et ses classiques, à en juger par ses références Dylanesques ou Lennonesques. 

AVRIL

Marée Haute
Émile Proulx-Cloutier
Les murs et la mer

On a entendu des vilaines langues reprocher à Émile Proulx-Cloutier de chanter comme... un comédien.  

Des fois, y’a des coups de pied dans le cul du droit de parole qui se perdent... Raillons gentiment ces critiques de mauvaises foi et augures, et retournons glisser dans le lecteur, pour une millième fois, Marée Haute

Le pianiste-réalisateur-comédien donne vie et vibrations aux personnages que ses chansons mettent en scène. Une métaphore filée d’eaux grondantes: les hautes vagues orchestrales engloutissent, le flow poétique coupe le souffle, la sagesse de sa verve éclabousse. 

Un torrent magnifique.

MAI

Les filles sages vont au paradis... (les autres vont où elles veulent)
Samuele
Le Lest

Elle s’est fait ravir le trophée de la Révélation de l’année au dernier gala de l’ADISQ (on ne veut rien enlever à Émile Bilodeau) et c’est fort dommage! 

Entre slam, blues et folk-rock teinté de blue note, avec autant d’attitude que d’émotion et d’intelligence, Samuele – et ses musiciennes – dessine au fer forgé des images de «princesses autonomes» et de «femmes arc-en ciel», portraits assumés de corps, flores, psychés et revendications féminines on ne peut plus salutaires, à l’heure ou fanent les Rozon et fleurissent les #MoiAussi.

JUIN

Medicine Songs
Buffy Sainte-Marie
You Got To Run

Des chansons de guérison? Les Medecine Songs de Buffy Sainte-Marie ne sont pas toutes paisibles ou pacifiques. 

Les plus «musclées» (la chanteuse d’origine Crie ne fait pas que dans le folk; elle doit d’ailleurs son prix Polaris 2015 pour un album plutôt rock) pourraient rythmer une marche sur le sentier de la guerre. 

C’est le cas de You Got To Run, un duo avec Tanya Tagaq. L’album est un généreux florilège de 20 chansons reprenant les thèmes chers à Buffy Sainte-Marie: l’unité et l’égalité, la résistance à l’oppression, la vénalité des va-t-en guerre. 

Les nouveautés y côtoient plusieurs classiques qu’on (re)découvre, telle Disinformation... tristement d’actualité...

JUILLET

Petite Afrique
Somi
They’re Like Ghosts

Bien que fin et vocalement feutré, le jazz de l’Afroméricaine Somi refuse tout snobisme. 

Populaire et cosmopolite, son album est branché sur la respiration de la rue, perlé des sueurs et sons de la ville, ouvert aux percussions africaines. Ce disque baigne dans l’énergie métissée des quelques rues de Harlem qui forment la Petite Afrique, où Somi  (une  anthropologue) a élu domicile. 

On suggère de commencer la visite par They’re Like Ghosts, nacrée de cordes, The Gentry en duo avec Aloe Blacc, ou encore Alien, adaptation du Englishman in New York de Sting. 

Si ça ne plaît pas, le diagnostic est sans appel: vous êtes irrémédiablement allergique au jazz.

AOÛT

Prophets of Rage
Prophets of Rage
Unfuck the World

Prophets of Rage combine l’énergie orageuse de Rage Against The Machine (on y retrouve trois des anciens membres de RATM, dont Tom Morello) à celles de Cypress Hill et de Public Enemy (trois musiciens rescapés). 

Un projet musico-politique expressément fondé pour dénoncer «cette montagne de merde d’année électorale» de 2016. 

On doutait que ce «supergroupe» (Morello préfère: «force d’intervention d’élite de musiciens révolutionnaires») puisse retrouver l’énergie des colères d’antan. 

On s’est fourré le doigt dans l’œil: la bande crache avec constance et conviction l’urgence de réécrire l’histoire, sur des riffs auxquels les nostalgiques de RATM ne sauraient rester insensibles. On jurerait Unfuck the World et Radical Eye d'avoir été composées à la belle époque. 

Rageons !

SEPTEMBRE

Point Comfort
Outside I’m a Giant
First of July

Au fond d’une forêt de la Haute-Gatineau se cachait un géant doux et discret. 

Ce songwriter de 6 pieds 3 pouces nommé Jérémi Pierre Caron est sorti des bois pour fonder Outside I’m a Giant, un trio folk acoustique aux mélodies rêveuses, aussi ouatées que son gros coeur de poète. 

Leur premier opus, le mélancolique Point Comfort, égrène des berceuses hantées de guitares et de violon vaporeux. Dont cette First of July, qui refuse les sourires de l’été. 

Délicieusement automnal.

OCTOBRE

Gracie and Rachel
Gracie and Rachel
Tiptoe

Les jeunes Américaines Gracie Coates (piano) et Rachel Ruggles (violon) s’amusent à jouer sur les contrastes que forme leur duo vocal et instrumental. 

D’un côté : la sensibilité pop flamboyante de la Gracie, longue chevelure blonde. De l’autre: la rigueur sévère de Rachel, brunette coupée court, formée au classique. 

Les prénoms-sans-patronyme donnent une idée de l’épure orchestrale qui attend l’auditeur. 

Tout à la fois léger (Tiptoe signifie «sur la pointe des pieds») et bouillonnant, leur disque se révèle d’une maîtrise formelle remarquable, dans le sillon du Aventine d’Agnès Obel.

NOVEMBRE

Désherbage
Tire le Coyote
Le ciel est backorder

Il nous aura fallu du temps pour nous laisser amadouer par la proposition de Benoît Pinette, le barbu sous la voix haut perchée de Tire le Coyote

À présent que ses atermoiements, tremblements et nasillements son apprivoisés, qu’on est enfin capable de se laisser emporter par ses mélodies ciselées et ses images étranges... chaque nouvelle chanson est un délice. 

Le ciel est backorder n’est harmoniquement pas notre préférée, mais la beauté du titre l’a emporté.

DÉCEMBRE

Nothing Else Matters
ViVA Trio
Nothing Else Matters

Le ViVA Trio reprend des monuments pop et rock en format lyrique, sur lit de cordes ou de piano. 

Si c’est sympathique d’entendre les trois sopranos «classifier» Lennon, Cohen, Sia, ou Duran Duran, c’est encore plus savoureux de les voir s’attaquer au Nothing Else Matters de Metallica.