Motown, the Musical fait entre autres revivre les Jackson 5 ainsi que plusieurs classiques indémodables.

Motown, sa musique, son histoire

CRITIQUE / Chaussures lustrées, costumes impeccables et chorégraphies ultra-maniérées. La musique Motown, c'est aussi l'élégance de ses chanteurs, que l'on retrouve en 1983, à la veille d'un concert célébrant les 25 ans du label.
Le nouveau spectacle présenté par Broadway across Canada, jusqu'au 30 juillet au CNA, se distingue des autres productions du genre en ce qu'il mise avant tout sur la musique et la trame narrative, mais très peu sur la scénographie. Inspiré de l'autobiographie de son fondateur Berry Gordy, Motown, the Musical fait mieux que tenir la route : il tombe à pic, rejouant la période de lutte pour les droits civiques des Noirs en Amérique par un feu d'artifice de convictions et de musique.
Il faut dire l'efficacité du concept, mêlant une discographie de classiques indémodables au récit du self-made man comme l'Amérique les aime. Le juke-box fait frémir : Please, Mr. Postman, I got the feeling, Baby love, My girl, ABC, et pépites du genre interprétées par les Supremes, Temptations, et autres Miracles. 
Si l'on s'attend à se laisser confortablement bercer par les tubes Motown, les combats menés par Berry Gordy pour avoir su imposer cette musique ont de quoi secouer.
On le retrouve en 1983, donc, avachi dans son fauteuil et refusant de participer au concert-anniversaire célébrant les 25 ans de son label. Que s'est-il passé ? Toute l'écurie Motown a pourtant été réunie dans un casting de rêve : Diana Ross, Marvin Gaye, Smokey Robinson, Stevie Wonder, les Jackson 5...
Un montage de scènes et de retours dans le passé confronte les (nombreux) succès musicaux à la réalité historique pour y parvenir. En moins de deux tableaux, les bases de l'histoire sont jetées pour procéder à un panorama du succès de la maison de disques confrontée aux attitudes blanches envers les Noirs.
Il y a d'abord les débuts difficiles, à Détroit, et l'argent à trouver pour se faire un nom dans le métier. Dans la légende mise en scène dans le spectacle (et chapeautée par Berry Gordy lui-même), ce sera un chèque de 800 dollars de sa mère qui l'aidera à se lancer, à 29 ans.
C'est alors l'âge des doutes et des grands moments de solitude, avec l'une des plus belles scènes de la soirée : Chester Gregory (Berry Gordy) interprétant seul au piano To be loved, l'une des plus puissantes voix de cette distribution.
Au Flame Show Bar, animé par Jackie Wilson, les aspirants chanteurs soumettent leurs compositions sur des bouts de papier. Berry Gordy y rencontrera Smokey Robinson, l'un des compositeurs les plus prolifiques du futur label. En 1959, la création du studio Hitsville mènera à l'empire Motown, non sans avoir essuyé quelques revers auprès des radios ne diffusant que de la « musique blanche, pour les Blancs. » C'est aussi l'époque des panneaux For white only et des concerts sous surveillance policière.
Nous laissant parfois sur notre faim, les medleys et extraits de chansons entrecoupent la narration ; autant d'armes musicales qui réactivent l'énergie de Berry Gordy pour combattre le racisme par les sens et non sur le terrain idéologique (on lui reprochera notamment de ne pas s'être impliqué auprès des activistes de la cause noire). La deuxième partie du spectacle mise davantage sur sa relation avec Diana Ross, laquelle finira par décrocher un contrat plus juteux ailleurs. Comme tant d'autres de ses poulains, en définitive, devenues stars internationales après avoir rejoint des maisons de disques concurrentes.
Cette éloquente adaptation évite l'entreprise de statufication : il s'agit de mettre au premier plan la musique elle-même, en s'appuyant sur le fantasme du « rêve américain ». Un rêve inespéré mené contre vents et marées. 
POUR Y ALLER :
Quand ? Jusqu'au 30 juillet
Où ? Centre national des arts
Renseignements : Billetterie du CNA, au 613-947-7000, ou chez Ticketmaster, 1-888-991-2787