L’interprète Monica Shah et la chorégraphe Natasha Bakht présentent Flow au studio ODD de la Cour des arts d’Ottawa.

Mignardises en danse à déguster

Avec Natasha Bakht, on parle de tout. Et aussi de danse. De tout, mais pas de n’importe quoi.

De sujets à manipuler précautionneusement et qui font vite monter la température. De justice sociale, d’égalité des femmes, de droits des minorités et de liberté de religion. Professeure en droit à l’Université d’Ottawa, Natasha Bakht file sur tous les fronts. Et trouve, dans la danse, une autre extension à son domaine de lutte. 

Les titres de ses pièces ? « 786 », chiffre qu’elle remarque parfois en entête des copies de ses élèves musulmans : une contraction numérique du premier verset du Coran. Ou encore « pas de justice », une trouvaille à double entente, entre le pas-de-deux et l’absence de justice.

« Le droit manque parfois d’émotion, analyse la chorégraphe juriste. Intellectualiser les conflits nous en fait perdre l’aspect humain. » Elle redonne un souffle chorégraphique à son engagement juridique en offrant trois pièces d’un programme quadruple, produit par le Centre de danse contemporaine ODD, du 23 au 25 novembre. 

Quatre mignardises en danse, ne dépassant pas 20 minutes chacune, créées en collaboration avec Monica Shah. Leur point commun ? Toutes deux sont issues de l’école de danse indienne Menaka Thakkar Dance Company, établie à Toronto. Toutes deux ont également fait de la danse contemporaine leur soupape d’expression. Si Natasha Bakht danse depuis plus de 20 ans tout en menant en parallèle sa carrière de juriste, Monica Shah, elle, est doctorante en psychologie à l’université de Saint John (New York). Elle propose sa toute première chorégraphie avec Flow, qu’elle présente comme une introspection modulée entre les codes de la danse classique indienne et la liberté de mouvement propre à la danse contemporaine.

« J’ai suivi plusieurs cours avec Natasha Bakht, raconte Monica Shah. J’ai aussi dansé dans sa première création collective, Riaz. Cette participation m’avait semblé si naturelle, j’avais l’impression de me sentir chez moi ! » Elle se lance désormais en chorégraphie sous les encouragements bienveillants de son inspiratrice dont elle partage les origines indiennes. 

Désirs tranchants, besoins aiguisés. Natasha Bakht s’est inventé une carrière hors catégorie. En 2016, elle a été la seule Canadienne à obtenir une commande du Fall for Dance North Festival produit à Toronto, au Centre Sony. Depuis deux décennies, elle enchaîne les collaborations - et retrouvera Peggy Baker en décembre pour une création imminente - jusqu’à faire entrer la danse en Cour de justice. En 2008, elle crée « Pas de justice » pour accompagner les premières rencontres du Tribunal des femmes du Canada. Avant présentation à la Cour des arts, dès jeudi, cette pièce n’avait encore jamais été produite en théâtre. 

« Ma danse a toujours eu un lien fort avec mon travail juridique, explique Natasha Bakht. Les récits que j’aime explorer concernent souvent les communautés marginalisées et les femmes. »

Elle espère que son travail contribue in fine à « changer l’angle d’approche » de la communauté musulmane. « Les sujets abordés dans les médias sont trop souvent associés à la radicalisation, au terrorisme, aux conflits que connaît le Québec. » 

La danse pourrait bien aérer ces perspectives, le temps d’une soirée.  


POUR Y ALLER

Quand ? Du 23 au 25 novembre

Où ? Au Studio ODD de la Cour des arts

Renseignements : www.odd-cdc.org ou 613 233 6266