Au début du projet, le budget de Menteur (qui s’appelait alors Mytho) était estimé à 14 millions $. Le film a finalement coûté 7 millions $.

Menteur miraculeux

Avec Émile Gaudreault derrière la caméra (et au scénario, souvent), Denise Robert a produit, dans l’ordre, «Nuit de noces», (2001), «Mambo Italiano» (2003), «Surviving My Mother» (2007), «Le Sens de l’humour» (2011) et les deux «De Père en Flic» (2009 et 2017), ainsi que «Père-fils thérapie» (2016), adaptation française de «De père en flic», coproduction entre Cinemaginaire et EuropaCorp, que Gaudreault a aussi réalisée.

S’ils ont reçu ensemble une pluie de prix Jutra, Génies et autres « billets d’or », lesquels témoignent du succès commercial d’un film québécois, De père en flic demeure le film canadien le plus lucratif de tous les temps, avec des recettes aujourd’hui évaluées à « presque 12 millions », estime Denise Robert. « Mais on était dans une autre économie », rappelle-t-elle.

Désormais, « avec les Netflix de ce monde », l’écosystème cinématographique, aux prises avec une hypercompétitivité de plus en plus féroce, « n’est plus comparable » à celui de 2009. « Ma seule ambition, aujourd’hui, c’est que les gens voient le film », lâche Denise Robert, pas fataliste, mais précautionneuse.

Pas qu’elle coure après les billets d’or... « Si on pense au box office pendant qu’on fait le film, on prend de mauvaises décisions. Je préfère ne pas avoir d’attentes, et me concentrer sur le film. Chaque fois que j’en ai eues, j’ai été déçue », explique la productrice, dont la carrière oscille entre films grands publics, documentaires, et films d’auteurs plus pointus.

Menteur a coûté environ 7 millions $, témoigne Denise Robert — en « arrondissant ».

Au moment où il a fallu cogner aux portes des bailleurs de fonds comme la SODEC (Société de développement des entreprises culturelles), pour le financer, « on était dans une période où il y avait très peu d’argent par rapport aux nombres de projets qu’ils devaient financer ».

« On n’est pas les seuls, au Québec, à vouloir faire des films. [Or], on a proportionnellement moins de moyens qu’il y a 5 ou 10 ans. Aujourd’hui, je ne sais même pas si je pourrais encore le faire » à ce prix-là.

Au début du projet, le budget de Menteur (qui s’appelait alors Mytho) était estimé à 14 millions $, ce qui est énorme pour le Québec, mais encore très peu, si l’on se compare. Aux États-Unis, une production « équivalente » comme Night School [la comédie Cours du soir, mettant en vedette l’humoriste Kevin Hart, et sortie en 2018] a coûté 29 millions $ US, soit presque 39 M$ canadiens », note Denise Robert.

« Puis on a fait baisser le budget à 10 millions. Et quand on a déposé le dossier, on a été encore plus raisonnable », sans quoi les organismes institutionnels n’aurait jamais accepter de financer le film, estime-t-elle.

Heureusement, elle savait qu’elle — et Émile Gaudreault, coproducteur de Menteur via Les Films du lac — pouvait compter sur des collaborateurs « qui avaient la capacité de faire des miracles ».

« C’est hallucinant, le talent et l’ingéniosité des gens au Québec. On est des patenteux. Sur un plateau, on est capables de trouver des effets spéciaux ou mécaniques avec une ou deux personnes, au lieu de 20. [...] Quand tu as peu de moyens, ça prend plus d’imagination... »

L’équipe de Menteur a d’ailleurs réussi à faire un film esthétiquement léché, dont la « facture visuelle lui donne l’air beaucoup plus cher qu’il ne l’est en réalité ».