Dans un monde sans coronavirus, des milliers de personnes auraient envahi le site du Bluesfest d’Ottawa pour assister à l’édition 2020 de l’événement annuel qui devait avoir lieu du 9 au 19 juillet.
Dans un monde sans coronavirus, des milliers de personnes auraient envahi le site du Bluesfest d’Ottawa pour assister à l’édition 2020 de l’événement annuel qui devait avoir lieu du 9 au 19 juillet.

Mémoires de Bluesfest [PHOTOS]

Dans un monde sans coronavirus, des milliers de personnes auraient envahi le site du Bluesfest d’Ottawa pour assister à l’édition 2020 de l’événement annuel qui devait avoir lieu du 9 au 19 juillet. Malheureusement, les plaines LeBreton sont demeurées bien silencieuses et la programmation a été remise à l’an prochain. Mais, pour alimenter nos âmes de festivaliers, l’équipe du Droit vous offre quelques-uns de ses meilleurs souvenirs glanés au fil des éditions passées.

P!nk (2017)

Voir P!ink en spectacle est toute une expérience. Mais on était loin du compte, en ce 9 juillet 2017.

La chanteuse est apparue en très grande forme sur la scène du Bluesfest. Entourée de ses danseurs, elle a arpenté le « cat walk », s’avançant ainsi dans une foule ultra compacte. 

Tout y était. Un son puissant, un éclairage tout aussi puissant et P!nk. Une vraie rockeuse, même si parfois elle se voile dans un enrobage pop.

Tout se déroulait à merveille jusqu’à ce que l’on remarque que les techniciens perchés sur les deux tours devant la scène quittent leur poste. Les deux gros projecteurs de poursuite se sont éteints. Et quelques minutes plus tard, lorsque la diva et son guitariste Justin Derrico étaient installés au bout de la passerelle pour un moment acoustique, le vent se lèva et la pluie — diluvienne — inonda le site. 

Malgré que cette pluie rendait la prestation périlleuse autant pour les artistes que pour les instruments, P!nk est resté là. À chanter et s’amuser avec Dame nature. 

P!nk

Un show unique. 

On a même eu droit à la visite de Dallas Greeen qui a rejoint la chanteuse pour quelques pièces de leur mini-album You + Me. Une perfo acoustique en duo à donner des frissons... et à faire cesser la pluie.

Magique.

Et P!nk qui nous lance « à la prochaine fois » après avoir survolée la foule accrochée à ses trapèzes. Mario Boulianne, Le Droit

Foo Fighters (2018)

Rien au monde ne pouvait me préparer à ce que j’allais vivre ce soir-là. 

Les Foo Fighters prenaient d’assaut la scène du Bluesfest au lendemain d’une prestation que l’on disait « épique » sur les Plaines d’Abraham à Québec. 

Je craignais un petit laisser-aller à Ottawa, mais c’était bien mal connaître Dave Grohl et sa bande qui, ce soir-là, en ont mis encore plus. On dit même que la capitale fédérale a eu droit à 20 minutes de plus que sa voisine provinciale ! 

Une foule record, dit-on, a accueilli les Foo. Et cette foule était tout aussi nombreuse sur le site qu’à l’extérieur, où nos informateurs nous ont confirmé cette rumeur.

Dave Grohl des Foo Fighters

Sur scène, ce fut plus de trois heures de pur rock’n roll. S’il reste un band rock sur Terre, c’est bien les Foo Fighters. Il ne m’a pas fallu longtemps pour quitter la quiétude de l’estrade réservée pour sauter dans la foule quand les premiers accords de The Pretender ont été lâchés. Je voulais absolument sentir toute la puissance de ce band complété par Taylor Hawkins, Pat Smear, Nate Mendel, Rami Jaffey et Chris Shifflet. 

Et comme le disait un voisin de foule après le spectacle : « on en aurait pris toute la nuit ! ». Mario Boulianne, Le Droit

Beck (2018)

Le Bluesfest d’Ottawa était une étape de la tournée Colors, de Beck. Mais, pour son passage sur les plaines LeBreton, l’artiste avait préparé un tour d’horizon de son immense répertoire, ce qui a plu aux puristes autant qu’aux nouveaux fans

Quoi dire sur Beck sans tomber dans le cliché. 

Beck est unique autant par sa personnalité que par sa musique. Pour être honnête, il est sans doute l’artiste le plus approprié pour le Bluesfest. 

Il a pigé dans les sonorités du bluegrass, du rock, un peu de jazz et bien sûr du blues. Des éclairages parfois psychédéliques, un piano bien présent et c’te gars-là ! 

Beck

Beck est tout ce que l’on peut souhaiter d’un musicien. Avec sa guitare, souvent sans elle, il avait toujours son harmonica tout près. Go at it alone (2005) et One Foot in the Grave (1994) m’ont particulièrement interpellées ce soir-là.

Gentil comme pas un dans l’industrie, Beck est aussi très généreux envers son public et ses musiciens. D’ailleurs, leur présentation fut tout à fait exceptionnelle alors qu’à tour de rôle, chaque musicien y est allé d’un court extrait d’un classique de la musique populaire.

Ma soirée avec Beck fut une date que je n’oublierai pas de sitôt. Mario Boulianne, Le Droit

Vintage Trouble (2014)

Ce soir-là, j’étais derrière le Musée de la guerre, devant une petite scène, pour voir et entendre ma découverte du moment. 

Le groupe californien Vintage Trouble et son leader Ty Taylor n’ont que peu fait état de ce qui se passait de l’autre côté du musée où le parterre était rempli pour Lady Gaga. Ty et son power trio n’ont pas mis de temps à capter toute l’attention. 

Groovy à souhait, la musique de Vintage Trouble se balade dans le rock, le soul et le southern rock. Un son qui porte à bouger... et à boire ! Soirée de congé oblige, j’ai peut-être un peu forcé sur la dose, mais non sans une petite retenue. Juste assez pour profiter au maximum de cette énergie peu commune. (MB)

Beth Hart (2018)

Je l’avais raté en 2014, mais cette fois je n’allais pas louper l’occasion. Beth Hart sur scène, c’est intense et sexy. 

Oui, elle devrait avoir son billet pour toutes les éditions du Bluesfest.

Beth et son band étaient installés sous le nouveau chapiteau érigé derrière la scène principale. Cette voix unique fait de la Californienne une des reines du blues, quoique parfois, elle donne dans un rock pesant décliné par la guitare de son vieux complice Jon Nicolls. 

Beth Hart

Cette rage de vivre qui passe à travers la voix de la chanteuse partage une étrange familiarité avec Janis Joplin. 

Un show de Beth Hart, c’est une réelle communion avec la vérité et l’essence même du blues. 

J’en suis témoin ! (MB)

Larkin Poe (2018)

Alors là, les sœurs Megan et Rebecca Lovell ont complètement bouleversé ma définition du blues rock sudiste. 

Larkin Poe était de la programmation du Bluesfest en 2018.

Larkin Poe

J’ai découvert ce groupe par hasard, en furetant sur le net. Leur version de la chanson Black Betty interprétée lors des sessions du Paste Studio de New York a provoqué en moi une énorme curiosité pour ces Georgia girls. Avec la guitare de Rebecca et le lap steel de Megan, elles baignent dans une sonorité de soul du Sud mélangé avec un gospel étrangement rock et purement blues ! 

Larkin Poe a été mon coup de cœur de l’édition 2018. Elles ont été à ce point appréciées du public que le groupe fut programmé au City Folk l’été suivant. (MB)

Manu Chao (2007)

Manu Chao a donné à Ottawa — comme partout où il passe semble-t-il — un concert inoubliable. 

Fougueux et exalté, même quand il défendait les pièces plus tranquilles de son répertoire, l’infatigable diablotin donnait le tournis, sautant partout, dévalant la scène au pas de course et des rythmes ska, transpirant d’une jubilation communicative tout en scandant son patchwork de ritournelles polyglottes, et prenant à peine le temps d’essorer ses t-shirts entre les chansons. 

Manu Chao

Il était absolument... enivrant, et  j’avoue l’avoir un peu « échappé », ce soir-là ! Trop beau. Trop chaud. Trop de danseurs, dans les rangs. Trop d’amis précieux, à côté. Et moi, trop heureux de pouvoir — enfin — déguster « live » cet artiste dont la musique m’accompagne depuis ma préadolescence, à l’époque turbulente où il vociférait au sein des groupes La Mano Negra et Los Carayos. 

La brosse fut euphorique. Cathartique. Les pores saturés de grooves world-latino-reggae toniques, pimentés d’énergie rock alternatif. Et Manu s’est montrée non seulement digne du piédestal où je l’avais posé, mais plus grandiose encore. Yves Bergeras, Le Droit

Lady Gaga (2014)

Bien qu’ayant plutôt peu d’affinités avec la musique pop contemporaine, j’ai retrouvé un plaisir juvénile sous l’avalanche de notes sucrées, confettis bariolés et autres tenues grandguignolesques que Lady Gaga et sa quinzaine de musiciens et danseurs ont fait pleuvoir sur les Plaines LeBreton, à l’été 2014. 

Faut dire que dans cette foule compacte de quelque Little Monsters venue voir cette ArtRave, il y eut un « petit monstre » qui resta juché sur mes épaules du début à la fin du spectacle : ma fille de huit ans, alors fan finie de la diva, mais trop apeurée par la taille de la foule et des spectateurs pour rester au sol. 

Lady Gaga

La gamine ne s’arrêtait de chanter à tue-tête que pour lancer des injonctions à son papounet, intimé à danser et à chanter aussitôt qu’il faisait mine de prendre une pause. 

Ne voulant rien rater du spectacle, le « mini-monstre » n’a jamais daigné redescendre de son promontoire. 

La fatigue et les grooves » aidant, le concert s’est transformé en transe, pour le paternel. Lequel a eu mal au cou pendant une semaine, mais n’a jamais regretté la moindre note de ce grand moment de communion... que la chanteuse avait rebaptisé LovefestYves Bergeras, Le Droit

Skrillex (2012)

L’année 2012 marque le grand virage électronique du Bluesfest d’Ottawa. 

Parmi ses invités : Tiësto (dont le Bluefest avait testé l’aura lors de son édition 2011), Skrillex, DJ Paul Oakenfold. Des noms qui ne sonnaient pas toujours de cloches aux mélomanes vétérans, mais qui faisaient immédiatement frétiller les oreilles des plus jeunes. 

Sans être pionnier en matière d’ouverture à l’électro, le festival était tout de même un peu précurseur ; vu son public habituel, un tel virage pouvait financièrement l’envoyer dans le décor. 

Il osa. Bien lui en prit. Skrillex et ses copains (sans doute aidés par plusieurs autres « acts », comme The Weeknd) causèrent l’électrochoc espéré. 

Skrillex

Ces gourous de la musique numérique attirèrent comme un aimant ces jeunes générations que les précédentes éditions du Bluesfest semblaient avoir indifférées. Sur site : une foule dense. 

En liesse. 

En extase. 

Galvanisée par le DJ et les vibrations de son spacehip sonore. Une grande rave étoilée. A posteriori, le Bluesfest a convenu que ce virage contribua à redonner au festival toute sa « pertinence », son « actualité » et son lustre. 

L’histoire d’amour se prolongera : Skrillex sera à nouveau invité en 2013 (en clôture d’édition) et en 2015, (au sein du Full Flex Express). Et ce n’est sûrement pas fini... Yves Bergeras, Le Droit

Gogol Bordello (2014)

En début d’après-midi, alors que le site était encore quasi-vide, s’est improvisé un énorme mushpit à ciel ouvert. 

Une centaine de « danseurs », pas tous jeunes, s’entrechoquaient les épaules ou les côtes dans une cohue aussi sympathique que désordonnée, leur corps ayant spontanément répondu aux coups d’archets gypsy-punks et au souffle saccadé de l’accordéon de Gogol Bordello. 

La bande balkano-newyorkaise et son chanteur à moustaches ont généralement cet effet-là. Même sous un soleil accablant. Et même au Bluesfest, où le public est pourtant si sage, d’habitude. 

Prendre des photos ne suffisait pas : on s’est jeté dans la mêlée, pour voir quel goût ça avait. On en est ressorti 40 minutes plus tard, dégoulinant de sueur, mais heureux. Et avec l’impression d’avoir appris l’ukrainien en les quittant. (YB)

Violent Femmes (2014)

Ils ne vieillissent pas, les Violent Femmes, ils se bonifient, a-t-on constaté grâce au Bluesfest, qui avait eu la bonne idée d’inviter le trio près de 30 ans après leurs heures de gloire. 

Pour les aider à garder « frais » et nerveux leur alt-folk agricole, Gordon Gano et Brian Ritchie (respectivement chanteur et bassiste) s’était acoquinés avec un nouveau batteur. La jeune recrue — Brian Viglione — leur fouettait le sang à grands coups de balais sur la caisse claire. 

Le leur, et celui de la foule, éparse mais complètement absorbée, et comme transportée dans le temps. 

Un public de connaisseurs, visiblement, qui chantaient par cœur chacune de ces complaintes engraissées au lisier punk du fin fond du Wisconsin. Un de ces moments de connivence dont le Bluesfest a le secret... (YB)

Jethro Tull (2018)

De passage au Bluesfest pour souligner ses 50 ans d’existence, Jethro Tull a enthousiasmé un public de baby boomers nostalgiques. En belle forme, le légendaire flûtiste Ian Anderson, leader de la bande britannique, a très vite transporté la foule à l’époque » d’Aqualung et des classiques de ‘Tull . 

Un florilège de mélodies folk prog indémodables a défilé en cascade ininterrompue, au rythme d’images vidéo d’archives qui brassaient les souvenirs. 

Ian Anderson de Jethro Tull

Anderson, flûte traversière au bec, joue encore au héron perché sur une seule patte, à son âge. 

Le corps du ménestrel est-il moins élastique qu’à la « belle époque » ? Qu’importe : son jeu de trilles enjouées, lui, n’avait rien perdu de sa grâce et de sa souplesse. (YB)

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DEUX ÉVÉNEMENTS MARQUANTS

Un nid dans les pattes

Un oiseau migrateur protégé a causé bien des soucis aux organisateurs de l’édition 2018 du Bluesfest.

Quelques semaines avant les première notes du festival, un pluvier kildir a décidé de faire son nid sur le site de l’événement, à l’endroit même où devait être érigé la scène principale. Et dans ce nid, quatre oeufs ont été pondus.

Un oiseau migrateur protégé s'est invité au Bluesfest en 2018.

Il n’était pas question de déplacé ce nid sans l’accord d’Environnement Canada. Donc, afin de maintenir l’intimité du nicheur et de ses petits, un périmètre  de sécurité fut érigé autour du nid. Quelques jours plus tard, le nid a pu être déplacé par une spécialiste des oiseaux migrateurs accréditée par le gouvernement fédéral. Un nid de remplacement a été aménagé plus loin et l’oiseau est retourné couver ses oeufs immédiatement. (MB)

Effondrement de la scène principale du Bluesfest

La météo a souvent joué des tours aux organisateurs du Bluesfest, mais pas autant que ce 17 juillet en 2011.

Ce soir-là, sous la force des vents, la scène principale où se produisait le groupe rock Cheap Trick s’est effondrée. Heureusement que le vent soufflait vers l’arrière-scène parce que l’immense structure aurait pu s’écraser sur la foule devant la scène et faire de nombreuses victimes. Par contre, selon le bilan officiel, seulement quatre personnes ont été blessées, dont trois ont dû être transporté à l’hôpital. 

La scène principale du Bluesfest s'est écroulée en 2011.

Quant aux musiciens, ils avaient pu quitter la scène à temps pour éviter le pire.

Le groupe Berger — qui est propriétaire et responsable du montage de la scène — avait été pointé du doigt, mais l’entreprise de Montréal fut blanchi par la suite. (MB)