Martin Petit a repris son «Micro de feu» pour s’offrir un quatrième one man show, Pyroman.

Martin Petit: l’instinct du «Pyroman»

Martin Petit a repris son «Micro de feu» pour s’offrir un quatrième one man show, Pyroman. L’humoriste remonte ainsi sur les planches près de 10 ans après son dernier spectacle solo – couronné, comme les trois précédents – de l’Olivier du spectacle de l’année.

«Pyroman est une suite logique de mon dernier spectacle, lance Martin Petit, qui visitera Gatineau et Trois-Rivières, cette semaine. J’ai commencé un cycle. Je ne suis pas trop sûr de quel cycle, d’ailleurs», si ce n’est que le show lui permet de continuer à jouer avec le thème du feu. Et la thématique du «chaud», l’«attrait pour les sujets chauds» de société n’ayant pas diminué d’un pouce, chez Petit, qui a longtemps été chroniqueur, notamment au micro d’NRJ, de 2002 à 2007.

«Je ne parle pas de mon quotidien, sauf de ma réalité de papa et de citoyen. Je m’inspire de ça [pour] essayer d’aborder des sujets qui font écho à l’actualité, qui touchent tout le monde».

Parmi les nouveaux sujets méritant qu’on jette un peu d’huile sur leur feu, il y a ces millénariaux qui «étaient trop jeunes, il y a dix ans» – à l’époque du Micro de feu – pour constituer un concept sociologique vraiment familier du public.

Conflit de générations

Quitte à passer pour un mononcle aux yeux d’une tranche plus jeune du grand public, Martin Petit, assume son regard de jeune quinquagénaire. Pyroman, «c’est regard d’un cinquantenaire de la génération X», une génération «dont personne ne parle», coincée qu’elle est «entre deux générations importantes». Sur scène, on a donc «un X qui observe les conflits entre les milléniaux et les boomers», expose l’humoriste.

Comme son spectacle se veut très stand-up dans sa facture, Martin Petit se sent très à l’aise de passer du coq à l’âne, plutôt que de s’assujettir à un fil conducteur. «Il n’y pas vraiment de lien thématique. Je ne trouvais pas ça justifié. Cette approche [thématique], je l’ai déjà faite deux fois, dans mes derniers spectacles. Je n’avais plus le goût d’aller là.»

Il a préféré offrir un «collage», florilège du matériel qu’il a longuement testé et peaufiné sur la route, au cours de deux dernières années, précise-t-il. Notamment en se frottant aux scènes des comédies clubs. Logique, de la part de celui qui est copropriétaire du Bordel Comédie Club, à Montréal (cabaret qu’il partage avec Louis-José Houde, Mike Ward, François Bellefeuille et Laurent Paquin).

Un show à l’américaine

«C’est un show à l’américaine, comme en fait Dave Chappelle, Louis C.K. ou Seinfeld, et comme on en voit sur Netflix», résume Martin Petit.

«C’est plus frontal que Le micro de feu. Direct. Très brut. Pour adultes. [...] En humour, moins tu as de contenu et plus tu as de personnages et d’artifices de mise en scène. Plus tu avance [dans le métier], moins tus as besoin d’artifices et d’accessoires, parce que le propos – ou l’originalité du texte – prend toute la place.»

De nos jours, «il n’y a plus de sujets originaux, mais seulement des angles originaux.» Un spectacle d’humour, ça se résume à «l’instinct» de l’humoriste.

Même si son spectacle se dispense de thématique, il «n’est pas disparate», rassure Martin Petit, qui a écrit 100% de son matériel. Il y a une cohérence naturelle qui s’installe: «Mes champs d’intérêt se complètent et s’emboîtent bien» les uns dans les autres.

Gad Elmaleh

«Ça fait 28 ans que j’écris tout, tout seul. Je suis un auteur, moi, et pas un simple «comique», précisera-t-il... en égratignant au passage le nom de Gad Elmaleh.

En début de carrière, l’humoriste Gad Elmaleh s’appuyait sur des personnages; ces dernières années, de nombreux confrères lui reprochent de s’être réapproprié certains de leurs gags, certaines voix allant même jusqu’à l’accuser de plagiat.

Ayant été l’une des sources pillées, Martin Petit n’a pu se retenir de glisser dans Pyroman «un clin d’œil» à Gad Elmaleh. Un gag qui «marche bien», s’enorgueillit-il.

Pyroman est l’occasion d’aborder les grandes peurs de notre époque. «On a souvent peur pour rien; les médias et les gens exagèrent leurs peurs; les parents ont peur que les enfants ne réussissent pas dans la vie; [les jeunes craignent] que la planète explose; mon [fils le] plus vieux a 12 ans et il commence à faire de l’angoisse environnementale», constate Martin Petit.

Dans ce quatrième solo, il s’emploie justement à faire tomber le niveau de stress. Dans Pyroman, l’humoriste essaie de se faire «rassurant». «Il y a toujours eu une sorte de ‘médicament’ derrière le sucre des jokes, dans tous mes shows; j’essaie tout le temps de placer quelque chose», rappelle-t-il.

POUR Y ALLER

Quand : Le 25 janvier à 20h

(supplémentaire le 14 août 2020)

Où : Maison de la culture de Gatineau

Renseignements : 819-243-2525; salleodyssee.ca

À Trois-Rivières

Quand : Le 30 janvier à 20h

Où : Salle J.-Antonio-Thompson

À Sherbrooke

Quand : Le 27 et 28 mars à 20h

Où : Salle Maurice-O’Bready

À Granby

Quand : Le 29 mai à 20h

Où : Palace de Granby

À Magog

Quand : Les 26 et 27 juin

Où : Vieux Clocher de Magog

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The Pêcheurs

C’est l’émission Les Pêcheurs – laquelle a pris fin l’an dernier – qui a éloigné Martin Petit de la scène pendant 10 ans. «Je n’avais pas prévu que le succès [s’étirerait sur] cinq saisons, confesse-t-il.

L’humoriste s’est tout de même rendu en californie, cette semaine, pour assister au tournage de l’adaptation américaine des Pêcheurs, qui sera diffusée par Netflix. «Au générique, je suis producteur associé, exécutif», mentionne-t-il, d’autant plus enthousiasmé que ce partenariat avec Netflix risque de relancer un peu le projet d’adaptation télévisée en France, qui stagnait. «Les Français, le fait d’être avec Netflix, ça les réveille!» se réjouit-il.

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L’efficacité

«Le stand up, c’est extrêmement difficile quand tu commences dans le métier. [...] Un premier one man show, ça prend 10 ans à écrire... Tu n’as pas encore d’expérience et tu es obligé d’écrire énormément avant de réussir à avoir une heure de bon matériel. Après, plus ça va, plus c’est facile. Le Micro de feu, je l’ai écrit en 6 mois.» Et Pyroman lui a pris à peine la moitié de ce temps.

La polyvalence

Martin Petit ne se contente pas d’être auteur et producteur de son spectacle, il signe aussi sa propre mise en scène. Il a toutefois bénéficié de la complicité informelle de ses «amis copopriétaires du Bordel Comédie Club», avec lesquels il «placottait après les shows, à la phase du rodage», mais qu’il ne voulait pas «monopoliser pendant une longue période».

Évolutif

Pyroman se veut organique. «J’avais le goût de faire un spectacle très vivant, donc à chaque mois, je remplace un numéro par un autre. Une façon de garder ça [dynamique] et actuel».