Avec le compositeur Louis Dufort, Marie Chouinard a créé une œuvre pour le Festival des arts de Saint-Sauveur.
Avec le compositeur Louis Dufort, Marie Chouinard a créé une œuvre pour le Festival des arts de Saint-Sauveur.

Marie Chouinard : Avancer malgré la crise

Marie Chouinard a dansé toute sa vie. Pendant que la pandémie de COVID-19 nous confinait tous, elle a appris à apprécier un mouvement beaucoup plus simple : la marche.

«Il faut faire quelque chose pour se faire du bien, résume-t-elle. Pour moi, ç’a été de marcher tous les matins. Très tôt. J’ai trouvé ça fantastique, parce que je n’étais pas une marcheuse. J’ai découvert ça. Marcher longtemps, je ne faisais pas ça. J’ai adoré.»

Pour la chorégraphe, c’est devenu une sorte de rituel. Sortir très tôt, avant de prendre son petit déjeuner. Et déambuler seule pendant une heure ou plus. «Pour une danseuse, c’est fantastique comme sensation, observe-t-elle. Tu te retrouves dans tout l’organique de ton corps. La marche, c’est une fonction humaine de base. Il y a des milliers d’années, on marchait beaucoup. On n’était pas des sédentaires. J’avais l’impression de retrouver cette espèce de légèreté à l’intérieur.»

La créatrice ajoute qu’elle y saisissait aussi l’occasion de se retrouver seule avec ses pensées, elle qui n’a jamais vraiment arrêté de créer pendant le confinement... Une fois le choc des annulations passé — sa troupe présentait le spectacle Radicale vitalité en Europe quand l’état d’urgence sanitaire a été déclaré —, il va sans dire.

«Les premières deux ou trois semaines, c’était comme : “oh mon Dieu, enfin, je me repose, je fais moins de choses”. Mais il y avait toutes sortes d’affaires à organiser, à structurer pour les danseurs, pour les employés. Il y a eu plein de choses à comprendre. Mais à part ça, c’était plutôt tranquille», raconte celle qui a fondé la Compagnie Marie Chouinard il y a maintenant 30 ans.

«Au bout de trois ou quatre semaines, les projets ont recommencé à surgir, ajoute-t-elle. Toutes nos tournées ont été annulées, mais là, je créais de nouveaux projets. Je me suis mis à accepter des choses et ça n’a pas été long que je me suis mise à travailler beaucoup et très fort!»

Marie Chouinard n’a pas cessé de créer pendant le confinement.

Il y a d’abord eu ce Jardin de sculptures éphémères, une performance virtuelle pour deux danseuses créée pour le Musée d’art contemporain de Montréal et mise en ligne sur Facebook mardi dernier.

«J’aime créer, évoque-t-elle. J’ai toujours un cartable d’idées. Il y a des dizaines de choses que j’ai envie de faire un jour et à un moment donné, c’est le temps pour l’une ou l’autre. Sans savoir trop ce que c’est, mais en voyant la direction du projet. Donc ça, c’était déjà en gestation. C’était juste d’ouvrir le bon tiroir dans ma tête pour faire quelque chose qui va fonctionner.»

Une solitude partagée

Marie Chouinard a aussi accepté cette invitation lancée par le Festival des arts de Saint-Sauveur, contraint d’annuler ses activités cette année. Les organisateurs se sont eux aussi tournés vers le Web pour offrir un peu de beauté au public pendant la pandémie. Ils ont jumelé chorégraphes et compositeurs dans la mise sur pied d’œuvres inédites qui seront dévoilées tout au long de l’été au fil de la série Une solitude partagée (lire plus bas).

Dans cette nouvelle création, qu’on pourra découvrir dès le 5 juillet sur le site du Festival des arts de Saint-Sauveur, Marie Chouinard a retrouvé (à distance!) un complice compositeur des 20 dernières années, Louis Dufort.

«On nous a demandé de créer un solo pour une danseuse ou un danseur et un solo pour un musicien, précise la chorégraphe. Je me suis lancée là-dedans avec Valeria Galluccio, qui est une danseuse dans la compagnie depuis presque 10 ans, maintenant. J’adore travailler avec elle, comme avec tous les danseurs. Mais là, c’était l’occasion de travailler seule à seule. La plupart du temps, je crée des pièces pour 10 danseurs. Il y a toujours des solos dans mes pièces de groupe. Mais là, on a pu faire une petite chose qui se tenait en elle-même.»

La prestation d’environ six minutes à laquelle a participé le percussionniste Alexandre Lavoie a été immortalisée dans la nature de Saint-Sauveur. Comme les autres qui suivront, la vidéo documentera aussi le processus créatif des artistes grâce à des entrevues menées par le directeur artistique du Festival des arts de Saint-Sauveur, Guillaume Côté.

«J’espère que ça va donner quelque chose de bon au cœur, à l’âme, à l’esprit, au souffle des gens, note Marie Chouinard. J’espère que ça va donner un moment avec une autre dimension, un contact avec une autre manière de voir les choses ou de penser.»

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10 OEUVRES INÉDITES À DÉCOUVRIR

Soucieux de continuer à soutenir la création pendant que la pandémie de COVID-19 a forcé l’annulation de la majorité des spectacles, les organisateurs du Festival des arts de Saint-Sauveur, le directeur artistique Guillaume Côté en tête, ont vu les choses différemment en cette année particulière.

La série virtuelle Une solitude partagée, élaborée avec la collaboration de l’Orchestre Métropolitain, proposera au public de découvrir 10 œuvres originales créées de toutes pièces pour l’occasion. Bonifiées d’entrevues expliquant la démarche des créateurs, celles-ci seront tour à tour mises en ligne sur le site du Festival entre juillet et septembre.

Outre Marie Chouinard et Louis Dufort, neuf autres duos formés de chorégraphes et de compositeurs se sont mis au travail : Daina Ashbee et Alejandra Odgers, Virginie Brunelle et Roozbeh Tabandeh, Guillaume Côté et Éric Champagne, Vanesa G.R. Montoya et François-Hugues Leclair, Margie Gillis et Marie-Pierre Brasset, Eva Kolarova et Maggie Ayotte, Anne Plamondon et Cléo Palacio-Quintin, Andrew Skeels et Isabelle Panneton ainsi que Crazy Smooth et Marc Hyland.

À suivre dans les prochaines semaines au festivaldesarts.ca.  Geneviève Bouchard