Geneviève Leclerc a donné, dimanche 31 mai, la toute première représentation de <em>Mai,</em> un concert interactif enregistré depuis un studio de Longueuil, et retransmis <em>live </em>sur Facebook.
Geneviève Leclerc a donné, dimanche 31 mai, la toute première représentation de <em>Mai,</em> un concert interactif enregistré depuis un studio de Longueuil, et retransmis <em>live </em>sur Facebook.

Mai, concert intime et interactif : le pari réussi de Geneviève Leclerc

Geneviève Leclerc a donné dimanche 31 mai son premier grand concert virtuel interactif. Intitulé Mai, il était capté par trois caméras, depuis le Studio Open House, à Longueuil.

Ce spectacle payant (il fallait débourser 19,93$ pour y avoir accès), retransmis live et en haute définition * via la plate-forme Le point de vente, la Gatinoise le voulait «très différent des concerts traditionnels», donnés sur les planches. Histoire de «profiter pleinement de ce qu’on peut faire grâce à Internet», confiait-elle au Droit, quelques heures avant le coup d’envoi du spectacle.

Si beaucoup d’artistes québécois ont, depuis le début du confinement, testé le Facebook live en offrant des concerts depuis leur salon,  plus rares sont ceux qui ont exploré plus à fond «les possibilités infinies» qu’offrent Internet et la dématérialisation des planches, estime Geneviève Leclerc. 

À ce chapitre, elle mentionne le lancement  virtuel du nouvel album de Catherine Major, deux semaines plus tôt, ainsi que les récentes prestations virtuelles de Rick Pagano (La Voix 2019), Martin Fontaine, Pépé et sa guitare et Mononc’ Serge. 

«Je les ai tous regardés, pas dans un esprit compétitif, mais pour voir ce qui fonctionne et ce qui ne fonctionne pas», confie-t-elle. Leur point commun: la plupart d'entre eux «étaient sur des scènes. Et à mes yeux, ce n’est pas la formule idéale, entre autres parce qu’on sent la distance», même quand on parvient à la cacher un peu, analyse Geneviève Leclerc.

Le mode virtuel «a quelque chose de très ‘téléréalité’. Le quatrième mur n’est pas là ; il faut donc que l’artiste soit très connecté sur les gens. À ses yeux, il est donc essentiel que sa proposition artistique sache «tirer le meilleur parti» de cette « forme nouvelle de proximité». 

Avec Mai, l’objectif «c’est de me tenir loin du spectacle ‘sur scène’. Avec une simple caméra, on peut vraiment exploiter la proximité». On peut – et on doit, croit-elle – «montrer les choses de beaucoup plus près». Jouer avec «les éclairages et l’angle des caméras». Sans imiter la télé, car «les gens ne veulent pas un show de télé: ils en ont déjà».

Elle tenait à donner aux spectateurs l’impression qu’il «suivent l’artiste comme quand il est en studio, en train de faire un album», plutôt que de le montrer en train d’arpenter la scène. «Occuper l’espace scénique, ça ne prend son sens que s’il y a du monde dans cet espace.» 

Geneviève Leclerc – qui coproduit le spectacle avec la société Bam Média, basée à Québec – a donc choisi pour cadre un studio qu’elle «connaît bien», et où elle se sent «confortable». 

La chanteuse Geneviève Leclerc a posté dimanche matin cette photo sur son compte Facebook. On la voit ajuster les derniers préparatifs du concert virtuel qu'elle s’apprêtait à donner. «<em>Quelques ajustements de dernière minute ce matin ! [...] J’ai eu le plaisir d’apprendre énormément dans de nouveaux domaines. Le coffre à outils se remplit petit à petit ! Merci de faire partie de l’aventure !</em>» a-t-elle commenté, sous la photo.

C’est en effet au Open House Studio que la chanteuse avait enregistré les voix de ses deux premiers albums

Le spectacle virtuel, ce «terrain de jeu complètement nouveau», lui permet de repenser comment travailler la direction artistique. Il est à ses yeux fondamental de profiter de l’interactivité que favorise le Web, alors que, «cachés derrière leur écran d’ordinateur», les spectateurs semblent moins timides, plus enclin à s’exprimer spontanément, observait la chanteuse avant sa prestation. 

La suite allait lui donner raison. Le «rideau» virtuel n’était pas encore levé que, déjà, les quelque 225 spectateurs qui attendaient sagement la chanteuse avaient laissé une centaine de commentaires témoignant de leur joie et de leur impatience. 

Par la suite, le clavardage allait gagner en intensité au détour des chansons entendues, que ce soit pour partager ses «frissons», envoyer qui un «Tchin! Tchin!», qui un «Merci!»,  qui des cœurs multicolores, ou pour oser une demande spéciale. Et parfois pour faire part de petits soucis techniques – problèmes étaient liés aux outils informatiques de l’auditeur, et non du côté de la diffusion.


Le concert

Geneviève Leclerc a entamé son concert dans les bras de Piaf. L’hymne à l’amour, d’abord, enchaînée sur Rien de Rien... vous savez, celle qui se conclut par «aujourd’hui, ça commence avec toi!». Message subtil, mais clair, que la Geneviève Leclerc 2.0 n’a pas dit son dernier mot virtuel.

Ceci dit, la Gatinoise «n’aime pas trop le mot virtuel»: «Ça fait un peu robot», a-t-elle avoué en début de concert, avant d’évoquer les nombreuses «personnes» qui l’entouraient, cachés en coulisses – dont la propriétaire du studio, Caroline Mailhot, qui agissait aussi à titre de réalisatrice et d’animatrice ; les techniciens; et Gina, sa femme et son «ancre», en l’absence de qui le stress de Geneviève Leclerc peut devenir déraisonnable. Ou encore sa mère, plus distante mais pas moins précieuse.

Organiser le volet technologique d'un tel concert n'est pas une mince affaire, laissait entendre Geneviève Leclerc sur son compte Facebook, quelques jours avant l'événement.

Il y avait aussi – pas tout à fait à ses côtés, règles des «2 m. sanitaires» oblige, mais pas très loin, dans une autre partie du studio elle aussi filmée – son pianiste Nicolas Burgess. Qu’on apercevait, mais qu’on aurait aimé voir davantage, en mortaise ou en fondu enchaîné.

Geneviève Leclerc a versé quelques larmes à la fin de sa reprise du Parc Belmont de Diane Dufresne et revisité avec beaucoup de subtilité Crazy de Patsy Cline.

Pendant que Nick Burgess continuait de pianoter doucement sur son instrument, la chanteuse a pris le temps de bavarder un peu avec son public invisible. Elle a soulevé un mini-voile sur les mystères de la création et évoqué son frère disparu tragiquement, puis a proposé une composition de son crû, intitulée De qui parlez-vous ?

Un texte émouvant qui a semblé recueillir l’approbation générale: «Grande première Chanson WOW !!! Elle sera inoubliable !!!!» a commenté Manon T., entre autres réactions satisfaites des Internautes.

Dans une courte vidéo pré-enregistrée, le chanteur Frédérick Baron a présenté deux chansons qu’il avait offertes à Geneviève Leclerc: Mon indispensable et L’habitude de toi, qu'elle a ensuite interprétées. Une intervention à retravailler et à puncher, mais... pourquoi pas? C’était sympathique et sans prétention.

On a ensuite eu droit à une version très souriante de Ma gueule. Cette «gueulante» poussée par Johnny a été transformée en caprice juvénile amusant: «Je me sens souvent comme dans la chanson», a-t-elle illustré en évoquant ce «sentiment de frustration [...] d’enfant qui fait le bacon» à tel point qu’il est «fatigué d’être fatigué».

On a apprécié les subtilités vocales apportées à Wicked game, même si la chanson avait passablement perdu les accents de «cowboy de macadam» que lui confèrent la vox originale (Chris Isaak).

Au moment du traditionnel rappel, Geneviève Leclerc a laissé son public choisir entre <em>Je suis malade</em> de Serge Lama et un <em>medley</em> de Céline Dion.

Pas beaucoup moins explosive qu'avec son interprète originale, Histoire d’amour de Ginette Reno a elle aussi réussi à tirer quelques larmes à Geneviève Leclerc. La Gatinoise n’a «jamais eu peur de [se] montrer vulnérable» devant un micro. Elle en a convenu dimanche, l'émotion à fleur de peau, dans ce studio où elle était à la fois si loin et si proche de ses auditeurs...

Au moment de dire bye-bye, Geneviève Leclerc a laissé son public choisir quelle pièce il préférait entendre à titre de rappel. Il avait le choix entre Je suis malade de Serge Lama (grâce à laquelle elle avait époustouflé les téléspectateurs de La Voix) et un medley de Céline Dion. 

On n’a pas précisément compté le nombre de réponses lui suggérant de chanter les deux, mais elles constituaient probablement un tiers des votes, à égalité avec les deux autres augres. La chanteuse s’est pliée de bonne grâce à cette troisième option, prolongeant de quelques minutes le plaisir de ce rendez-vous virtuel. 

Un rendez-vous franchement réussi. D’abord du point de vue des défis technologiques relevés, mais aussi et surtout au plan de l’émotion vocale et des frissons partagés malgré la distance et l’immatériel.


Écrans partagés

Au passage, la Gatinoise s’est apparemment fait quelques nouveaux adeptes. Des gens qui se seraient peut-être pas allés la voir sur scène, mais qui ont néanmoins profité du spectacle depuis le confort (et la gratuité) de chez eux: «Je t’ai fait découvrir à ma famille. Tu as conquis le[ur] coeur», a ainsi écrit Monique B. à la fin des émissions.

Un billet vendu = un écran... mais combien d’auditeurs, en définitive? soulevait la chanteuse, son chapeau de productrice sur la tête, juste avant le spectacle. 

Le partage d’écran représente une perte de revenus potentiels, mais, du strict point de vue de la stratégie commerciale, ce risque fait partie intégrante du «pari» numérique qu’elle entreprend, confiait-elle.


D’autres spectacles virtuels à venir

Car l’aventure virtuelle est loin d’être terminée. «Mai» inaugure une série de spectacles virtuels que la chanteuse entend proposer dans le futur. Geneviève Leclerc dévoilera le 16 juin la date d’un deuxième concert via  Internet. Et puis elle est aussi, cette fois à titre de coproductrice et de directrice artistique, derrière un spectacle virtuel qu’Annie Blanchard donnera le 29 juin.

«On n’essaie surtout pas de remplacer les spectacles en salle», prévenait la chanteuse juste avant de démarrer sa diffusion live: «C’est une offre différente, qui ouvre les frontières. Et qui peut peut-être toucher davantage les gens en région», dans ces petites villes qui voient rarement passer plus d’une dizaine d’artistes par an, «et seulement des vedettes, mais là où la relève [les artistes comme moi ] n’a pas souvent la chance d’aller».


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* En ce qui concerne le signal envoyé, Geneviève Leclerc et son équipe se sont astreints aux plus hautes normes qualitatives de la vidéo haute définition. «On stream en 1080 [p]; on est loin au dessus de la qualité des vidéos qu’on trouve sur YouTube», dont la définition se situe généralement à 720p, a-t-elle comparé en entrevue.

Geneviève Leclerc dévoilera le 16 juin la date d’un deuxième concert via  Internet.