Mado Lamotte et ses complices drag queens s’installent au Diamant pour deux représentations de <em>Mado Follies</em>, vendredi et samedi.

Mado Lamotte: plumes et paillettes au Diamant

Depuis 33 ans qu’elle enfile perruques et paillettes, Mado Lamotte en a vu — et en a fait voir… — de toutes les couleurs à titre de drag queen la plus célèbre du Québec. Tandis qu’il s’apprête à vivre son baptême du Diamant, le flamboyant personnage ne peut qu'apprécier le chemin parcouru.

«C’est devenu plus mainstream. On n’est plus confiné aux bars à 2h du matin. Moi, je n’aurais jamais pensé que j’irais faire des spectacles dans de belles grandes salles avec des sièges numérotés et des gens qui ont payé leur billet pour voir ça. Je n’aurais jamais pensé aller faire un show à Paris dans un théâtre. C’est un bel avancement pour la cause des drag queens», observe Luc Provost, dont l’alter ego ne s’est pas assagi avec les années.

Vendredi et samedi, Mado Lamotte et quatre complices — Tracy Trash, Gisèle Lullaby, Marla Deer et Rita Baga — s’installeront dans la nouvelle salle de place d’Youville le temps de Mado Follies (avec deux “l”, en référence aux scintillantes revues hollywoodiennes, nous dit-on), spectacle où musique, danse et parodies auront la part belle.

«Il va y avoir de beaux costumes, des paillettes, des plumes. Il va y avoir de beaux danseurs et de la peau un peu, bien sûr, parce qu’on aime ça...» résume Mado, qui se réjouit de l’invitation de l’équipe du Diamant. «Ils nous ont appelés, ajoute le personnificateur féminin. C’est pas merveilleux? On n’a même pas eu besoin de demander. C’est une belle idée, parce que c’est un beau théâtre. Ça peut faire un beau gros cabaret chic. Je trouve ça le fun. C’est un show rassembleur qui va peut-être faire découvrir un nouveau lieu à des gens.»

«La plus extravertie»

Quand il s’est pour la première fois glissé dans les talons hauts de Mado, Luc Provost n’imaginait pas y être toujours trois décennies plus tard. «Pantoute! Même moi, des fois, je n’y crois pas. C’était un petit trip d’amis, on faisait des spectacles pour s’amuser. Et c’est devenu ma job», explique au bout du fil celui qui a marqué l’imaginaire avec son personnage à la langue bien pendue et aux looks tous plus extravagants les uns que les autres. «Mado n’est pas la plus belle. Mais elle est assurément la plus exubérante et la plus extravertie», décrit son créateur, estimant à environ 1000 le nombre de tenues de scène revêtues au fil du temps.

En mai, Provost soulignera le 18e anniversaire du cabaret qu’il a ouvert sur la rue Sainte-Catherine à Montréal. «Mado va être enfin majeure!» rigole-t-il. La dînette ajoutée dans le local adjacent franchira de son côté le cap des deux ans.

Par ses apparitions télévisées, notamment, le personnage de Mado s’est fait connaître bien au-delà des nuits montréalaises. Il a du même coup fait découvrir à bien des néophytes le phénomène des drag queens. «C’est devenu plus grand public, observe Luc Provost. On en voit à la télé et au cinéma. On en parle aujourd’hui comme des artistes. C’est ça qui a vraiment changé. On nous présentait comme des amuseurs de bars, comme des freaks de la nuit. Ce n’est plus ça. On voit que c’est quelque chose de professionnel. Ce n’est pas juste des gars qui se mettent une robe et une perruque pour aller faire les cons sur scène. On voit qu’il y a du travail et une recherche.»

Si Mado fait tourner les têtes partout où elle passe — elle est attendue à Paris, Lausanne et Genève au printemps —, celui qui lui prête vie jouit d’un relatif anonymat lorsqu’il se démaquille. Et il n’ira pas s’en plaindre. «Quand je suis en Mado, c’est le statut de star, résume-t-il. Les gens veulent des photos, ils veulent me toucher, ils sont curieux. Mais quand je sors du personnage, je peux marcher tranquillement sur la rue sans me faire aborder, je peux aller au cinéma, je peux prendre le métro sans me faire achaler ou regarder. C’est précieux, ce moment-là que je vis avec moi-même.»

Pour cette raison, Luc Provost a jusqu’ici refusé les offres de se présenter dans les médias en tant que lui-même. En entrevue au Soleil, il y a cinq ans, il avait avancé qu’il serait prêt «à sortir en gars» si Fabienne Larouche lui écrivait un rôle dans un téléroman. «Ce n’est pas arrivé!» lance-t-il. En attendant, il dit ne pas fermer la porte à l’idée d’éventuellement lever le voile sur sa véritable identité.

«Peut-être à mes 40 ans de carrière, quand je vais être un vieux monsieur, évoque-t-il. Je pourrais même sortir une biographie. Ça pourrait être cool de voir le cheminement de Luc et de Mado. Je ne veux pas que ça soit flamboyant. Luc, ce n’est pas Mado. Je ne veux pas que les gens se disent : “ce gars-là est fou!” Je l’étais à 20 ans. Là, je suis un comédien, un homme d’affaires, un père de deux enfants… Deux chats, mais ce sont mes enfants quand même!»

Mado Follies est présenté au Diamant vendredi et samedi (complet).