Livres

Convier les enfants à la lecture

La Bibliothèque de Chelsea invite les enfants à Lire à un chien de Thérapie, samedi 20 octobre à 10 h 30.

Cette initiative unique en son genre, conçue pour motiver les enfants à lire à travers le programme Reading Education Assistance Dogs® (READ), s’inscrit dans le cadre de la Semaine des bibliothèques publiques, dont la 20e édition se déroulera à travers le Québec du 20 au 27 octobre.

ARTS

Biographie de Pierre Marcotte par Robert Maltais : amitié prédestinée

Pierre Marcotte et Robert Maltais sont deux grands touche-à-tout. Le premier, connu surtout comme animateur de télé, a aussi été homme d’affaires, propriétaire de plusieurs restaurants (dont le célèbre Hélène de Champlain) et même d’une compagnie de chariots électriques! Le second a mené une carrière d’acteur (la voix de Perlin dans Passe-Partout, c’est lui), mais aussi de chanteur. Il a d’ailleurs fondé le concours Ma première Place des Arts et exerce aujourd’hui le métier de romancier... et de biographe de Pierre Marcotte.

Les deux hommes ont tellement de points communs, notamment dans leur façon de mordre dans la vie et d’avoir diversifié leurs activités professionnelles, qu’on est presque déçu pour eux qu’ils ne soient pas devenus amis plus tôt. Leur rencontre s’est faite il y a six ans, au moment où la Fondation des artistes, dirigée par Robert Maltais depuis 2010, a dû trouver un nouveau président après le décès de Gaston L’Heureux.

« Nous étions en comité de budget lorsque j’ai eu un flash : Pierre Marcotte! Raymond Legault, qui était président par intérim, me répond par un gros oui. J’appelle Pierre chez lui dans Charlevoix. Il a accepté de venir nous rencontrer et ça a cliqué. Il a été avec nous jusqu’en 2016. On travaillait vraiment bien ensemble. »

Robert Maltais, qui a quitté la fondation presque au même moment, a par la suite constaté que son ami était déçu que la tournée du retour des Tannants se termine plus tôt que prévu.

« Il n’avait pas envie d’arrêter. J’ai alors pensé qu’il pourrait donner des conférences. On commence à en discuter sur Skype. Et moi, Dieu seul sait pourquoi, je décide d’enregistrer nos conversations et je trouve quelqu’un pour les transcrire. Avec l’accord de Pierre, j’ai rencontré l’éditrice le 20 décembre et le 4 janvier dernier, elle recevait le manuscrit avec enthousiasme. »

« Vieux petit garçon »

Dans Pierre Marcotte en direct, Robert Maltais a conservé la forme question-réponse de leurs discussions. « J’aime les dialogues parce que j’ai l’impression d’être témoin de quelque chose », confie l’auteur de 72 ans, qui, parallèlement, a aidé son ami à construire sa conférence.

« J’ai promis à Pierre que son public rirait une fois par minute! C’est un gars tellement drôle, un vieux petit garçon », commente le biographe à propos de son camarade qui aura 80 ans en novembre.

« Pierre, c’est une personne vraiment généreuse qui ne connaît pas la mesquinerie ni l’amertume. Il voit toujours le verre à moitié plein. Et c’est pour le plaisir de le vider! ajoute-t-il en riant. Le public se reconnaît en lui, parce qu’il demeure la même personne avec ou sans caméras. C’est un homme vraiment exceptionnel. »

Par exemple, de se retrouver intervieweur à Canal Vox, après avoir été, 20 ans plus tôt, tête d’affiche de TVA, n’a pas du tout été vécu comme une chute par l’animateur.

« Il s’est même fait dire par des gens comme Bernard Lemaire et Serge Savard qu’ils n’avaient jamais été aussi bien interviewés. Le principal moteur de Pierre, tant en animation qu’en affaires, c’est le plaisir. Son idée n’a jamais été d’être une grosse star, mais de faire ce qu’il aime. »

L’air du lac

Robert Maltais se reconnaît lui-même dans cette attitude. « Je ne peux pas prendre ma retraite, car je considère que je n’ai jamais travaillé. Et je suis rendu trop vieux pour mourir jeune », commente celui qui met la dernière main à son sixième roman, L’air du lac, dont la parution est prévue pour janvier. Le Chicoutimien d’origine en a situé l’action à Saint-Gédéon, au bord du lac Saint-Jean.

L’écrivain ne s’ennuie d’ailleurs pas de son ancien métier d’acteur. « Ce qui me réjouit, c’est de ne plus avoir de textes à apprendre. Je suis bien chez moi et j’ai plaisir à écrire. Je fais mes premiers jets à l’encre, avec une plume qui ne sert qu’à ça. Je suis plus discipliné qu’un marathonien. L’important pour un artiste comme moi, c’est de créer. Et j’ai reçu un énorme cadeau : l’imagination. »

Quant à Perlin, on lui en parle presque tous les jours. « Et j’en suis fier! J’ai d’ailleurs une anecdote vécue avec ma petite-fille, alors que je la berçais. Je commence à chanter : "La nuit court après le jour…" Mais elle m’arrête : "Non, non, non : celle-là, c’est papa!" C’est comme si Elvis t’offrait de te chanter Love Me Tender et que tu disais non! » raconte-t-il dans un grand éclat de rire.

Robert Maltais a aussi incarné Rémi, le frère du personnage principal joué par Christine Lamer dans le téléroman Marisol diffusé à TVA de 1980 à 1983. « Ça, ce sont les dames qui m’en parlent encore : "On ne vous voit plus à la télé, M. Maltais, c’est donc de valeur!" Mais quand je croise Christine, dans un salon du livre par exemple (parce qu’elle aussi s’est mise à l’écriture), elle me crie frérot! avant de me prendre dans ses bras.»

Livres

Emma: planches de vie

SHERBROOKE — Sa bande dessinée sur la charge mentale («Fallait demander») a fait le tour de la planète Web l’an dernier. Abondamment partagées sur les réseaux sociaux, ses planches illustrées ont jeté un éclairage neuf sur la dynamique domestique. La vision de la féministe et bédéiste française Emma a fait du chemin, beaucoup de chemin. Tellement que l’expression «charge mentale» est entrée dans le vocabulaire courant. Ce faisant, l’idée d’un travail invisible largement assumé par les femmes a aussi été reconnue. Ici comme ailleurs, le tome trois de sa série Un autre regard (La charge émotionnelle et autres trucs invisibles) est propulsé tous azimuts par la maison d’édition Massot.

Q  Vous êtes ingénieure-informaticienne. Qu’est-ce qui vous a amenée à la BD?

R  C’est l’outil qui m’a semblé le plus adapté pour transmettre mes idées à des personnes qui n’ont pas forcément le temps ni l’occasion de lire du contenu militant.

Q  Vos bandes dessinées traitent d’enjeux sociaux et de questions féministes. Qu’est-ce qui a été pour vous l’élément déclencheur de cette prise de parole?

R  Pour moi, le déclic s’est fait quand je suis devenue mère et quand, au même moment, je me suis retrouvée dans une entreprise toxique, très misogyne. J’ai compris, parce que je le vivais, l’importance de la lutte féministe pour défendre nos droits au quotidien. J’ai aussi, en raison de ma position de salariée, compris que le travail pouvait nous mettre dans des situations qui nous faisaient perdre toute dignité et je me suis intéressée à la lutte des classes.

Q  Constatez-vous que votre façon de présenter les sujets, sous forme de BD, favorise la compréhension et la circulation des idées?

R  Oui. Moi, ce que je voulais, c’était parler à des gens comme moi, qui n’ont pas un gros bagage politique, mais qui vivent les conséquences d’un système inégalitaire. Alors j’ai utilisé les dessins pour faciliter l’accès à mon propos, mais aussi le récit d’histoires personnelles pour mettre en valeur le lien entre la politique et le privé.

Q  Vous posez votre regard sur plusieurs problématiques systémiques... On peut dire que vous faites de l’art militant, non?

R  Je pense que je fais du militantisme. De l’art, je ne sais pas! Le dessin est un moyen pour moi d’exprimer mes idées. En fait, je pense que toute œuvre est politique, même si elle n’est pas militante. Chaque écrit, chaque dessin porte une façon de voir le monde. Moi, je porte une façon alternative de voir; souvent, malheureusement, les artistes contribuent plutôt à maintenir le système en place, notamment en continuant à véhiculer des stéréotypes.

Q  Vous mettez en lumière plusieurs choses «invisibles». Quel est le principal défi d’illustrer ce qui ne se voit pas, justement?

R  Comme ce sont des choses qu’on ne peut pas décrire par des statistiques, eh bien il faut les aborder autrement. Alors en racontant des histoires, en dessinant des saynètes, je permets, je crois, à mes lecteurs et lectrices de dire «mais oui, ça m’est arrivé». Et quand massivement, ce «ça m’est arrivé» émerge, on prend conscience de l’existence du problème.

Q  Vous mettez en lumière nos conditionnements et vous plaidez pour des changements de société. Êtes-vous optimiste quant à d’éventuels changements? 

R  Je pense que les choses vont changer, c’est sûr. Le capitalisme arrive en bout de course, ne serait-ce que d’un point de vue écologique. Ce qui m’inquiète, c’est vers quoi allons-nous nous tourner? Je crains un peu le retour du fascisme et de l’extrémisme religieux. C’est pourquoi je pense qu’il est important de discuter de modes de sociétés alternatifs positifs, où chacun, chacune aurait des ressources en fonction de ses besoins et où on saurait s’organiser collectivement et gérer les désaccords de façon constructive.

Q  Vous avez créé une BD dans la foulée du mouvement #MoiAussi/#MeToo. Avez-vous l’impression qu’une prise de conscience collective fait son chemin?

R  Oui. S’il y a eu un impact de #MeToo, c’est bien le fait que des femmes pas du tout féministes ont mis le mot «agression» sur ce qu’elles voyaient jusqu’ici comme des désagréments. Je trouve que c’est une avancée incroyable.

Q  Votre BD sur la charge mentale a énormément circulé sur Internet. Vous en entendez beaucoup parler? 

R  J’en entends énormément parler et je suis vraiment ravie de la portée de mon travail sur ce sujet. Malheureusement, mon propos a souvent été perçu comme des «conseils de femmes aux femmes» et beaucoup se sont tournées vers moi pour des conseils de couple, ce en quoi je suis absolument incompétente! [...] Si la BD a pu changer un peu les choses au moment de la lecture, les gens vont aussi retomber dans leurs conditionnements dès que l’attention se relâchera ou que le contexte changera. Il faut être vigilant en permanence et malheureusement, cette vigilance va reposer sur les épaules des femmes, car ce sont elles qui souffrent de la situation.

Q  Quels sujets ont particulièrement fait réagir?

R  Le sujet qui a le plus fait parler est celui de la charge mentale, mais j’ai aussi beaucoup de retours sur ma BD sur le travail. Des tas de personnes qui souffrent au travail, n’en voient pas le sens et ont réalisé en lisant ma BD que si elles n’en voyaient pas le sens... c’est qu’il n’y en avait pas! Maintenant, comment transformer ça en une réflexion générale sur le travail? Ça fait partie de mes projets!

Q  Quel sujet a été le plus délicat à aborder?

R  Mon travail sur le consentement, car je suis partie de mon histoire personnelle et je ne me sentais pas du tout prête à faire ça. Je ne suis pas rentrée dans les détails. Quelque chose d’édifiant, c’est que la première chose que je me suis dite en parlant de mon ex-compagnon abusif, c’est «mais je vais lui créer des problèmes». Comme quoi je n’ai pas encore fini de défaire mes conditionnements!

Livres

Une jasette avec Debbie Lynch-White

Debbie Lynch-White avertit ses lecteurs dès la première page de son ouvrage: «ceci n’est pas une biographie». Pourtant, au fil des pages, on lira plusieurs anecdotes sur sa vie, son enfance, ses rencontres.

Pourquoi était-ce si important pour elle de spécifier que Faut que je te parle n’était pas un livre biographique? Un peu parce que 32 ans, c’est jeune pour écrire sa biographe, même si son CV de comédienne est déjà bien garni et compte des rôles phares comme celui de Nancy Prévost dans Unité 9 ou de la Bolduc dans le film du même nom, et qu’elle fait aussi carrière comme chanteuse.

Mais aussi parce que raconter sa vie n’était pas l’objectif du livre. «Je n’avais pas tellement envie de parler de ma carrière, parce que c’est ce dont on me parle tout le temps en entrevue. J’ai l’impression de l’avoir racontée souvent, donc j’avais plus envie de cibler des sujets qui m’allument, des questionnements que j’ai, des angoisses. J’avais envie de faire voir certains sujets différemment, d’amener une autre opinion», a-t-elle expliqué entre deux séances de dédicaces au Salon du livre de l’Estrie samedi.

«Évidemment, je pars de moi, de l’intime, donc c’est sûr qu’il y a des anecdotes reliées à ça et un côté biographique par la bande», poursuit-elle.

Vieillir, Facebook, la grossophobie...

L’éventail de sujets abordés par l’auteure est vaste, allant de la peur de vieillir jusqu’à la grossophobie, en passant par les questionnements sur la maternité et un long chapitre sur les conséquences de l’usage de Facebook.

Debbie Lynch-White assure qu’elle a suivi son intuition pour le choix des sujets ainsi que pour la structure de son livre, y allant au gré de son inspiration, arrêtant d’écrire parfois pendant un mois, avant d’avoir un flash et de s’y remettre tout d’un coup.

Elle a d’ailleurs écrit son livre dans «dans l’ordre»; alors qu’elle prévoyait réordonner les chapitres une fois le premier jet complété, elle a finalement décidé avec sa maison d’édition (Libre Expression) de tout laisser tel quel. «Au début, je parle de moi, de choses que je connais et dont j’ai souvent parlé, comme l’apparence, l’image ou ma peur de vieillir. À partir du cinquième ou du sixième chapitre, on passe en deuxième vitesse et c’est de plus en plus mordant, il y a une prise de parole plus claire», estime celle qui a mis un an à écrire le livre.

Celui-ci propose également des passages très touchants (c’est d’ailleurs de ceux-ci que ses lecteurs lui ont le plus parlé), comme le chapitre qu’elle adresse à son amoureuse Marina ou encore celui dédié à son père, décédé à la suite d’une longue maladie alors qu’elle avait 24 ans.

Ce chapitre se clôt d’ailleurs par quelques courriels tout simples qu’il lui a envoyés au fil des ans, reproduits tels quels, qui ouvrent une fenêtre sur l’homme qu’il était. «C’est un beau souvenir que j’ai de lui. C’est une idée qui m’est venue comme ça d’en mettre quelques-uns», dit-elle.

Le livre, sorti à la fin du mois de septembre, se lit d’une traite, comme on écoute une amie parler. «Beaucoup de gens me disent qu’ils l’ont lu en une journée. Je suis contente de ça, parce que dès le début, je disais à l’éditrice que je voulais une jasette. Je ne prétends pas que j’ai la science infuse, je ne suis pas là pour dire aux gens quoi faire, je suis la première à remettre en question mes opinions, pour évoluer. Si ça suscite une réflexion chez quelqu’un, j’ai fait la job que je voulais faire. Peut-être que ça va en laisser certains indifférents; c’est correct aussi», résume l’auteure.

Le Salon du livre de l'Estrie se poursuit dimanche; la programmation est disponible en ligne.

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Faut que je te parle
Debbie Lynch-White
Libre Expression
226 p.