Livres

Des suggestions sous le sapin

L’éditeur de BD français Glénat propose – grâce à sa branche Glénat Québec – trois titres historiques portant précisément sur la colonisation de la Nouvelle-France.

JACQUES CARTIER : À LA POURSUITE D'HOCHELAGA, PAR DENIS-PIERRE FILIPPI ET PATRICK BOUTIN-GAGNÉ ***1/2

La collection « Explora » (qui propose des récits biographiques sur Magellan, Marco Polo, Darwin et une poignée d’autres explorateurs) s’enrichit d’un premier « one-shot » « québécois » en s’intéressant à la figure de « Jacques Cartier », et notamment à ses deuxième et troisième voyages, en 1535 et 1541. Il s’agit moins d’un récit d’« aventures » traditionnel que des ruses diplomatiques dont fera preuve Cartier durant ses pérégrinations en terre autochtone. L’explorateur cherche un passage vers le Saguenay, dont on lui a fait miroiter les richesses éblouissantes. La guerre ou la paix — ainsi que la survie de son équipage — se jouent sur le fil du rasoir, et Cartier, contrairement à plusieurs des personnalités nobiliaires censées diriger l’expédition, perçoit avec clairvoyance la réalité du rapport de forces qui se joue là.

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Apothéose pour une pizza

L’auteur-illustrateur-bédéiste Guillaume Perreault ouvre la dernière porte du projet Tout Garni. Le Gatinois signe l’ultime épisode de ce feuilleton graphique au fil duquel un collectif de 12 auteurs liés aux éditions La Pastèque se sont renvoyé la balle de mois en mois, cette année.

Ce douzième et dernier épisode des aventures rocambolesques d’Arthur le livreur de pizza a été mis en ligne mercredi 6 décembre, sur le site toutgarni.com. 

Le projet se caractérise entre autres par son approche multimédia ambitieuse. Car si le principe repris dans Tout Garni, qui tient tout à la fois du feuilleton et du cadavre exquis, n’est pas complètement nouveau, sa haute densité interactive en fait un projet franchement innovant, et un peu à part dans le milieu de l’édition (en incluant l’édition en ligne).

Guillaume Perreault — qui remportait en novembre le prix du Créateur de l’année au 18e gala des Culturiades ainsi que le prix TD de littérature pour la jeunesse, celui-ci décroché en tandem avec Larry Tremblay, pour leur livre Même pas vrai (Éditions de la Bagnole) — est ainsi le douzième auteur à se greffer à cette étonnante aventure graphique qui repose sur le principe de « la patate chaude qu’on refile à quelqu’un d’autre », dit-il emn riant. Comprendre : il a eu à peine un mois pour réaliser son épisode. 

 Le Gatinois met ici un point final à la quête d’Arthur le livreur pour remettre sa pizza à l’énigmatique client qui l’avait commandée, mais qui, faute d’avoir précisé le numéro del’appartement, a contraint Arthur à sonner à toutes les portes de l’immeuble sis au 10, de la rue Truc. De porte en porte, le zélé livreur aura rencontré : un collectif d’artisses affamés, une gang d’orphelins, une famille d’ours, une tribu de survivalistes, un club de dandys, quelques dangereux sportifs et l’appartement en foutoir d’une avide collectionneuse ; et l’amour, en la personne de Sofi, une jolie aveugle dont le flair lui sera d’un précieux secours lorsque ladite pizza se fera voler. 

Les grandes lignes de cette rocambolesque histoire sont signées André Marois. Les illustrateurs ont toutefois eu tout le loisir d’apporter leurs propres excentricités au récit, comme ils ont pu remodeler les personnages pour les intégrer librement à leur propre univers graphique, rappelle Guillaume Perrault. 

Lui, en a profité pour se réapproprier non seulement Arthur, mais aussi quelques personnages rencontrés en cours d’année au fil des portes qu’ont ouvertes des illustrateurs d’excellente réputation, dont Pascal Girard (qui signait le premier épisode, en janvier dernier), Cathon, Jacques Goldstyn et Julie Rocheleau.

« J’ai dû reprendre et illustrer les personnages de chacun (des onze auteurs précédents), et c’est la partie un peu touchy de travail... mais, dans mon cas, la grande contrainte, c’était plutôt de trouver une fin » fonctionnelle au récit.

Un récit abracadabrant que ne renieraient ni Jérôme Bigras (le personnage de BD de Jean-Paul Eid) ni Jérôme Moucherot (celui de Boucq), mais qui, dans les mains de Guillaume Perreault, va prendre une tangente Truman Show (le film de Peter Weir mettant en vedette Jim Carrey).

« Arthur est tanné de ne pas trouver le destinataire de la pizza, alors il va ouvrir la boîte... et se rendre compte qu’il était à son insu dans une sorte de téléréalité, avec des épreuves qui le mettaient au défi, pour voir s’il faisait bien sa job », résume l’auteur du Facteur de l’espace et de Cumulus et illustrateur du récent Mammouth rock (La Courte Échelle), finaliste 2018 à l’un des prix (jeunesse) des libraires du Québec. 

Épices technologiques

Certains épisodes ont exploré les technologies de la réalité virtuelle ; d’autres, traversés par une trame musicale, ont privilégié l’aspect  livre interactif : on clique pour pitonner sur l’ascenseur, on glisse un curseur pour déplacer notre lampe de poche virtuelle ; on tente de déplacer des objets pour résoudre une énigme...

Et les illustrations de l’épisode Chez Alan le boxeur, concocté par Cyril Doisneau comme des projections multimédias, ont été projetées sur les murs de la Grande Bibliothèque de Montréal.

Les épisodes plus osés technologiquement prennent la forme d’un jeu vidéo. Leur « lecture » nécessite parfois le recours à un téléphone intelligent ou une tablette.

« 80 % des [douze] illustrateurs n’avaient jamais fait de numérique avant de s’embarquer là-dedans,  alors ç’a été tout un apprentissage, loin des cases et des phylactères, que de commencer à travailler avec des layers et ces nouveaux outils propres à l’univers numérique », reconnaît Guillaume Perreault, qui a été formé en design graphique à La Cité.

Sur le plan de l’interactivité, Guillaume Perreault a mis en place un système de « figurines à habiller » pour que les lecteurs puissent s’amuser à  créer des avatars numériques d’Arthur, ce nouveau héros de la téléréalité qui n’attend plus qu’un fan-club.

La partie multimédia et interactive a été développée par le studio de création numérique montréalais Dpt (prononcé « Département »). 

« Ç’a été un joueur majeur, une vraie bonne équipe créative : ils nous ont épaulés et conseillés, et l’opération a été moins complexe que ce qu’on appréhendait. »

Les vitrines et plate-formes de Tout Garni sont quant à elles hébergées par Télé-Québec, diffuseur officiel du projet.

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Saint-Élie-de-fiertés

La série documentaire télévisée Saint-Élie-de-Légendes — qui met en scène les authentiques villageois de Caxton tout en tissant des liens avec les légendes dont Fred Pellerin s’est inspiré pour reconstruire ce village fantasmagorique — est repartie pour une deuxième saison à l’antenne de Radio-Canada (les lundis, 20 h, jusqu’au 11 décembre).

« Il y a 20 ans, ces histoires-là » – « étaient perçues comme aliénation, une sorte de folklorisation honteuse [à Saint-Élie]. C’était des trucs qu’on se racontait les soirs où mon père disait Venez, on va jouer aux cartes ! » alors qu’on a jamais eu de jeu de cartes chez nous. Mais les gens se rassemblaient pour se parler. Moi, toute mon enfance est remplie de souvenirs de ces soirées où tout le monde se parlait et se racontait les histoires du village. Ces soirées n’avaient aucune prétention conteuse ou poétique. Quand, à 16 ou 17 ans, j’allais questionner les vieux pour qu’ils me disent ou me redisent “Le canot volant”, ou “Le Diable beau danseur”, dès qu’ils comprenaient que je voulais utiliser cette matière-là et que j’allais peut-être les nommer, ils me disaient : Nonnonnon ! C’est pas vrai ! C’est des vieilles histoires ! Ça vient de gens qui savaient pas qu’on avait inventé l’avion ! » Jusqu’au jour où on a vu les retombées et les applaudissements. Là, on s’est rendu compte que c’était pas une pauvreté que d’avoir vu passer le canot. Qu’on était dans le merveilleux. Que ça avait une valeur. Que ces histoires, il fallait les dire et les redire et les dire encore. Maintenant, c’est devenu une source de fierté. Elles habitent la bouche et l’imaginaire des gens du village. »

Et on imagine mal ce qui pourrait faire plus plaisir à Fred Pellerin que cette source de fierté... collective.

Surtout que « l’affaire » a désormais pris « des proportions hallucinantes », à présent que ces villageois de chair, de sang et de fiction sont désormais connus, appréciés et réimaginés dans l’ensemble de la francophonie, depuis Paris jusqu’aux Antilles.

« Les gens reconnaissent Méo partout. Fâque, finalement, le barbier a peut-être sévi bien plus qu’on le pensait », lance Fred Pellerin sur un ton malicieux.