Livres

Une histoire géologique à révéler

Amateurs d’histoire géologique et de beautés minérales, ce livre est pour vous. À pied, sillonnant l’Outaouais à la recherche des vestiges miniers, Bernard Lauriol et Pierre Bertrand ont uni leurs compétences pour réaliser l’ouvrage Au-delà du paysage - Des Laurentides aux basses-terres du Saint-Laurent.

Le premier a été professeur de géographie à l’Université d’Ottawa. Le second est photographe et graphiste de métier. Ensemble, ils publient aux Éditions Vents d’Ouest une fascinante exploration historique et photographique de la région. Visite guidée en terrain trop méconnu.

Ils ont chaussé leurs bottes de randonnée, arpenté des kilomètres après avoir exploré les cavernes en hiver dans une précédente publication Eaux, glaces et cavernes. Comment l’un a-t-il suivi l’autre ? « Je suis très attaché à ma région. Je voulais mieux la comprendre, savoir à quoi correspondaient les lignes que l’on voit dans la pierre, » illustre Pierre Bertrand. Un jour, à l’université d’Ottawa, planchant sur l’illustration de livres scientifiques, il décide de suivre le professeur Lauriol dans ses explorations de terrain. Histoire de prendre l’air, sourit-il. 

« Une montagne aussi grande que l’Himalaya était érigée là, il y a un milliard d’années. Elle s’est érodée puis une mer a recouvert le paysage il y a environ 450 millions d’années. Encore une fois, les sédiments se sont érodés, sauf à Ottawa et dans la région où les roches calcaires sont très présentes », résume au lance-pierre temporel Bernard Lauriol.

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L’art de survivre, noir sur peau

«Vous m’avez donné un numéro? Et bien, je vais le porter et être fière de qui je suis!» Le 20 avril dernier, Marly Fontaine se faisait tatouer son numéro de réserve sur son avant-bras gauche: le 0800 (pour sa réserve: Uashat Mak-Maliotenam, sur la Côte Nord), suivi du 3811 (son identité) et du 01 (qui symbolise qu’elle a acquis son numéro bien à elle, auquel ses enfants seront associés jusqu’à leur propre majorité, si elle en a).

Les chiffres s’alignent aujourd’hui noir sur peau, à travers des cicatrices laissées par les coupures que Marly Fontaine s’est infligées, à l’adolescence. Pour la femme de 29 ans, la séance de tatouage et l’œuvre inscrite dans sa chair représentaient le projet final de son diplôme en arts visuels et médiatiques à l’UQAM. La concrétisation d’une démarche artistique longuement mûrie. 

«Une façon d’accepter mon passé», soutient la principale intéressée, attablée dans un café de Gatineau, où elle réside depuis juillet, avec son amoureuse.

Ce 20 avril-là, c’est un homme blanc, Anthony, qui l’a tatouée. 

«Je savais qu’il comprenait la portée de mon geste. Je ne voulais pas faire de lui le méchant. Il incarne plutôt l’homme blanc qui accepte son passé de colonisateur, alors que moi, j’étais l’Innue qui acceptait son passé de colonisé», explique Marly Fontaine d’un ton posé et serein. 

«Car ce n’est qu’en assumant ce passé de part et d’autre qu’on pourra se réconcilier pour vrai et cohabiter tous ensemble.»

Le geste de Marly Fontaine a frappé l’imaginaire de la reporter Mélanie Loisel (Ils ont vécu le siècle. De la Shoah à la Syrie; Ma vie en partage. Entretiens avec Martin Gray). D’autant plus fort qu’originaire de Fermont, elle a grandi dans la même région que l’artiste innue.

«Son geste, je le trouvais provocant, brutal. Je me suis demandé quelle histoire se cachait derrière», raconte Mélanie Loisel.

Elle est donc allée à la rencontre de Marly Fontaine. Qui s’est livrée sans filtre. C’est donc à sa parole que Mélanie Loisel nous donne directement accès dans Ma réserve dans ma chair.

«On n’entendra jamais toutes les femmes autochtones qui sont disparues au cours des dernières années. Marly, elle, a choisi de vivre, et elle a des choses à raconter, à partager.» 

«Je ne suis pas toutes les femmes autochtones, mais je sais que ma vie ressemble à celle de plusieurs d’entre elles, par exemple.»

Marly Fontaine raconte sans fard les agressions et viols dont elle a été victime pendant son enfance, ses années d’automutilation et son homosexualité. 

Elle n’hésite pas non plus à remettre en question la Loi sur les Indiens «qui existe encore!» Ni à évoquer les contrecoups d’une disparition des réserves sur la survie des cultures des Premiers Peuples.

«On a créé des ghettos et stigmatisé les Autochtones. En même temps, les réserves nous ont permis de préserver nos cultures en étant des lieux où nous pouvons nous réunir et les vivre…»

L’artiste ne prétend pas avoir de réponses, ni de solutions, à tous les enjeux qu’elle soulève dans le livre. Au contraire, elle aspire au dialogue. Comme celui qu’elle a entretenu avec Mélanie Loisel.

Et si, en ce 150e de la Confédération (qu’elle n’a pas célébré, rappelant plutôt les 15 000  ans de présence des siens sur le territoire), on a cherché à faire une place aux Premiers Peuples, elle espère qu’il ne s’agissait pas «d’un effet de mode, et qu’on nous oubliera dès l’an prochain…»

Marly Fontaine est Innue et artiste, donc. Or, s’il lui arrive d’utiliser des symboles amérindiens dans ses œuvres, c’est pour mieux les faire résonner autrement.

«Dans la tête de plusieurs, dès qu’il est question d’artistes autochtones, ils imaginent des sculpteurs de pierre ou d’os de caribous, ou encore des artisans de capteurs de rêves et de mocassins…»

Loin d’elle l’idée de dénigrer ces traditions ancestrales. Lors d’une de ses performances, elle a d’ailleurs préparé de la bannique, qu’elle a ensuite distribuée aux spectateurs présents. Au nom des siens (et en contrepoids à l’hostie des religieux responsables des pensionnats autochtones). Elle a aussi déjà crucifié une poupée sur un totem, pour rappeler les nombreux enfants sacrifiés sur l’autel de la colonisation.

Ce faisant, Marly Fontaine veut toucher les gens, rendre compte de la réalité des Premières Nations.

«Ç’a peut-être l’air prétentieux, mais je pense que je peux sensibiliser les gens et faire changer des choses en passant par l’émotion pour faire comprendre qui nous sommes. En tout cas, moi, je crois que l’art peut changer le monde!»

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Pleins feux sur les centenaires!

«Ce projet de livre m’a transformée: il m’a donné envie d’être vieille!» lance gaiement la chroniqueuse et libraire Marie Noëlle Blais. Le livre en question? Vivre cent ans, qui décline une réjouissante série de portraits de centenaires québécois allumés qu’elle a rencontrés en compagnie de sa sœur et complice, la photographe Justine Latour.

«On met beaucoup la lumière sur la jeunesse, dans notre société, souvent au détriment de gens qui ont encore beaucoup à raconter, à partager, que ce soit leurs histoires comme l’Histoire qu’ils ont traversée», énonce Marie Noëlle Blais. « Notre projet, c’était donc autant d’archiver leurs parcours que de porter leur parole dans l’espace public, de faire entendre leur voix. Avec ce livre, on souhaitait faire voir la vieillesse autrement, de façon positive, voire optimiste. C’est une invitation à leur accorder du temps.»

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Faire découvrir aux nouvelles générations la réalité des pensionnats

À l’heure de la Réconciliation entre le Canada et ses Premières Nations, la littérature jeunesse délie aussi sa parole afin d’évoquer le délicat sujet des pensionnats autochtones – dans des mots simples, mais sans équivoque, même si ces récits hésitent rarement à recourir à des ellipses, afin d’épargner la sensiblité des jeunes lecteurs.

Dans le plus récent titre des éditions Scholastic, Je ne suis pas un numéro, l’auteure Kathy Kacer et l’illustratrice Gillian Newland ont épaulé l’Ojibway Jenny Kay, adaptant pour les enfants les souvenirs de sa grand-mère Irene Couchie que Mme Kay avait consignés. Il s’agit d’un témoignage. Aussi, le style importe-t-il moins que l’authenticité, que vient renforcer le réalisme des dessins. Les auteures rendent compte des conditions d’internement, les privations. Elles abordent certains sévices et humiliations choquantes, à travers des exemples aussi sobres qu’édifiants  (telle cette scène de douche, où l’on attend du savon qu’il lave «le brun» des pensionnaires).