En tant qu’invité d’honneur de la 41e édition du SLO, Zachary Richard participera à de nombreuses activités.

Zachary Richard au SLO: le «cri du cœur» du poète

« La poésie, pour moi, c’est de l’incantation. Un sortilège qui peut transformer à la fois le poète et le monde », suggérait Zachary Richard dans une capsule vidéo récemment postée sur la page Facebook du Salon du livre de l’Outaouais.

L’homo sapiens a créé le langage « pour communiquer avec les esprits », retrace-t-il. 200 000 ans plus tard, « il reste une espèce de vestige de ça dans nos chromosomes », approfondit-il au téléphone.

La chanson et la poésie restent à ses yeux un lien privilégié avec le monde spirituel, aussi sûrement que le Verbe et Dieu se confondaient à l’époque de Jean et de son Évangile, note-t-il.

« Il y a un vestige d’incantation, de transformation spirituelle, dans toute création artistique : les rimes, le rythme, la syntaxe, soutient Zachary Richard. Et la poésie fonctionne quand », entrant au diapason avec le lecteur ou l’auditeur, elle « réussit à le transformer — non par un cheminement intellectuel, mais par cheminement spirituel. »

« De prime abord, la poésie doit être entendue, plutôt que lue », estime d’ailleurs l’auteur-compositeur acadien. Qui, en marge d’une vingtaine d’albums et d’une carrière internationale, est aussi un poète accompli. À l’automne dernier, il signait Zuma 9, son cinquième recueil de poésies (publié aux Écrits des Forges, éditeur de Trois-Rivières). La même année, il était sacré « premier poète lauréat francophone de Louisiane ». Il a auparavant publié quatre contes et cosigné le récit (photographique) Une histoire des Acadiennes et Acadiens de Louisiane.

Le SLO en a fait l’invité d’honneur de sa 41e édition — qui démarre ce jeudi 27 février, dès 9 h, au Palais des congrès de Gatineau.

Le poète se situe toujours sur la « fissure par où passe toute inspiration », ou « la ‘craque dans l’univers par où passe la lumière’ », divague Zachary Richard (en citant Leonard Cohen) dans l’avant-propos de Zuma 9, recueil qui tire son nom d’une plage de Malibu.

L’Acadien invite ses lecteurs à marcher avec lui le long de cette zone frontière entre terre et mer, entre « joie et souffrance, croissance et disparition, mal et bien, amour et manque d’amour ». Voire « entre le monde physique et monde métaphysique », ajoute-t-il.

Le haïku des naufragés

Cette plage métaphorique de la poésie, « tous les artistes » la connaissent, eux qui « font des excursions vers l’autre côté ». Eux qui traversent l’interstice où leur monde intérieur vient « décoder » le monde extérieur, par le prisme de leurs « perceptions et sensations », plutôt que par le filtre rationnel du cerveau. Le poème, explique Zachary Richard, est ce « voyage » qui conduit « de l’intraconscience à l’extraconscience ». Et le poète, à cette échelle, est « insignifiant comme une goutte de l’écume ».

La plage de Zuma 9 devient comme le refuge des « Naufragés dans leur schizophrénie fantastique », ressent l’Acadien en observant la faune humaine qui la jonche. Sa « liste d’observations naturelles » s’allonge, pour devenir « une espèce de grand haïku ».

« Le poème Zuma, c’est un peu l’Armageddon : un bouillon d’humanité, une énergie qui vient de toute part — et qui est très actuelle avec la question des immigrés. »

Une « tour de Babel réduite en grains de sable », poursuit-il, plume mi-amusée, mi-consternée.

Et lui, poète « Brûlé par le soleil d’Amérique », de partager sa « détresse culturelle » de Cajun et militant francophone, détresse sur laquelle il persiste à surfer, en ciseleur de vers libres... quoique jamais totalement libérés de la domination lexicale anglaise.

Dans le poème Frenchie, après avoir évoqué ces langues autochtones qui s’amenuisent « une syllabe par jour / [...] un pied à la fois », il constate : « Mais moi, Frenchie, je n’ai rien à craindre /, car je suis foutu d’abord ». Un texte où affleure l’amère « certitude » de ne jamais pouvoir devenir « aussi élégants, importants, smarts / vifs ou riches que les Blancs pur sang. / Ceux qui habitent l’étage supérieur de notre honte ».

Révolte Beat

Zachary Richard refuse de voir de l’amertume, dans son recueil. Il y voit plutôt de la « révolte ».

« Ma poésie est souvent attachée au sort des francophones d’Amérique, avec une espèce [d’énergie] de révolte — celle des protests songs des années 60 » et de la Beat Generation.

« Ce n’est pas de la propagande, mais oui, ma poésie est un peu un outil politique, dans la tradition Beat. [...] Le meilleur exemple, c’est [Pablo] Neruda, poète politique par excellence. Mais ce qu’il faisait n’était pas de la propagande, mais bien de la poésie. Et de l’incantation », illustre-t-il.

Ainsi, Zuma 9 est « traversé par cette notion de ‘deuxième zone’ [citoyen de deuxième classe], que je rejette absolument ».

« Il y a en Louisiane une petite renaissance fort encourageante du français, particulièrement dans les écoles ; la situation s’est beaucoup améliorée, en 10 ans », mais dans l’ensemble, la « sensibilité franco est seulement ‘culturelle’ ». Elle se limite à des traditions (gastronomiques ou musicales), mais « ne s’étend pas jusqu’à la langue — et encore moins la poésie. »

« Le français a repris une place de choix, mais la sensibilité ne s’est pas encore transformée en engagement » dans la lutte à « l’assimilation ».

« Et c’est une révolte que je partage avec les francophones de toute part, même avec mes amis de l’Ontario, qui se sont battus pour [conserver] l’Hôpital Montfort, et qui ont encore dû [dénoncer les coupes imposées par le gouvernement de] Rob Ford, il y a deux ans ».

« Ce livre est un peu un cri, à travers les poèmes [...]. Mais ce n’est pas de la propagande : le but est de toucher, d’inspirer ».

Bien sûr, Zachary Richard laisse aussi aller sa plume à des plaisirs plus naturels : la traque visuelle et sensorielle de la faune et la flore. Il se pose parfois même en oiseau « Migrateur ayant perdu sa boussole » au milieu d’un vers.

Reste que les poèmes de Zuma 9 sont moins dans la contemplation zen — son autre grande influence littéraire — que dans « l’esprit Beat ».

Leur ton grinçant caresse la mémoire des poètes de la beat generation — ces Allen Ginsberg, Jack Kerouac et autres Gary Snyder, dont l’Acadien a toujours revendiqué la « filiation » poétique.

Zachary, le roi du SLO

En tant qu’invité d’honneur de la 41e édition du SLO, Zachary Richard participera à de nombreuses activités.

En cette journée d’ouverture, il bavardera avec Guy Bélizaire, Jean-Marie Vianney Rurangwa et Julie Huard (animatrice) au sujet de l’oralité à l’écrit, lors d’une table ronde organisée à 17h.

Il profitera aussi de l’inauguration, prévue à 18h, pour proposer un texte de spoken word où il sera question de «créole» louisianais.

Le lendemain, à 17h30, il est invité à ajouter son grain de sel au sujet de «L’Acadie méconnue : une histoire à (re)découvrir», en compagnie de Caroline St-Louis et André-Carl Vachon.

le 29 février, il déclamera quelques vers (à 13h), proposera ses conseils de lecture et autres «prescriptions littéraires» (à 15h), puis participera au «Bordel littéraire», soirée intimiste (dès 23 h) et hors-les-murs réunissant une dizaine d’auteur.e.s à la Maison Fairview (100, rue Gamelin). L’entrée est libre.

Dimanche 1er mars à 12h30, il discutera de création littéraire et présentera son recueil Zuma 9, dans un «entretien d’honneur» animé par Hugues Beaudoin-Dumouchel.


La tempête, et après!

Les organisateurs du Salon du livre ont décidé de braver la tempête : ils invitent les familles à venir au Salon, gratuitement, de 9h à 14h, pour cette journée d'ouverture. Les adultes accompagnés d’un enfants auront accès au site sans débourser un sou.