Suggestions bouquines

Parce qu’on n’a jamais trop de suggestions bouquines, et parce que ce lundi, 12 août, c’est la journée J’achète un livre québécois, on a demandé à différentes personnalités quelles étaient leurs suggestions du moment au chapitre de la littérature québécoise. Leurs recommandations nous transportent dans différents univers et autant de genres littéraires. Une liste à apporter avec soi pour s’inspirer dans les rayons de la librairie le 12 août... et tout le reste de l’année!

MARYSE DUBUC
coauteure de la série de bande dessinée Les Nombrils 

« La série Les héros de ma classe, de Jocelyn Boisvert, un auteur originaire de Sherbrooke. C’est publié chez Fou lire et chaque tome s’arrête sur un des élèves, chaque épisode a une saveur différente. Comme quoi la diversité, c’est beau, et chacun a droit à son heure de gloire! »

CHRISTIAN BÉGIN
comédien et animateur

« Toute l’œuvre de Robert Lalonde. C’est un auteur que j’aime, notamment à cause de la sensibilité et la sensualité qu’il y a dans ses livres. » 

VÉRONIQUE GRENIER
auteure et enseignante de philosophie

« La fatigue des fruits, de Jean-Christophe Réhel, parce qu’il y a dans ce livre-là la capacité de nommer la douleur bellement. Testament, de Vicky Gendreau, est un livre auquel je reviens souvent, à cause de la qualité de l’écriture, prenante. » 

VÉRONIQUE DROUIN
auteure

« Le Potager de Marilyne Fortin, un très beau roman qui nous transporte dans le quotidien d’une famille vivant dans un avenir rapproché, alors qu’une terrible pandémie fait des ravages. Les personnages, très humains et authentiques, tentent tant bien que mal de garder une existence normale et d’assurer la survie de leurs jeunes enfants. L’intrigue, bien réelle, parvient à nous faire frissonner : comment agirions-nous dans de pareilles circonstances? Pour les ados, Le Programme de Sandra Dussault, finaliste au Prix des univers parallèles cette année. Dès les premières pages, on est happé par l’histoire glauque de Victor, un adolescent en cavale. La fin douce-amère nous porte à réfléchir sur les droits humains et le monde, tel qu’il pourrait devenir. Enfin, un de mes coups de cœur cette année est Nés comme ça de Dave Côté, gagnant du Prix Jacques-Brossard, un recueil de nouvelles d’un genre indescriptible et qui sont toutes plus surprenantes les unes que les autres. Un réel plaisir de lecture! »

MICHÈLE PLOMER
auteure

« Je suis en train de lire Et si la beauté rendait heureux, de Pierre Thibault et François Cardinal, que j’ai complètement loupé quand il est sorti en 2016, car je pensais qu’il contiendrait des propos élitistes sur l’architecture. Grave erreur de ma part! C’est tout à fait le contraire et c’est passionnant! »

PATRICK QUINTAL
comédien, auteur, metteur en scène

« Le poids de la neige de Christian Guay-Poliquin. Un huis clos inusité, une rencontre improbable qui se tisse entre un vieil homme qui prend soin d’un homme accidenté, dans une cabane en retrait, au milieu d’un hiver rigoureux qui ne laisse pas de répit. Tout cela évoqué à travers une écriture d’une grande finesse. Nous avons eu aussi beaucoup de plaisir, mon amoureuse et moi, à lire et relire à voix haute BESTIAIRE 1 et BESTIAIRE 2 de Serge Bouchard (réédité chez Biblio québécoise sous le titre Confessions animales). Une magnifique songerie poétique sur les animaux avec lesquels nous occupons et partageons notre vaste territoire, nous, animaux humains. Après la lecture d’un chapitre, c’était presque systématique, nous nous exclamions : maudit que c’est beau! Maudit que c’est bien écrit! »

ÉMILIE BIBEAU
comédienne et auteure

« Ouvrir son cœur, d’Alexie Morin. Un livre que j’ai adoré. Et Les retranchées, de Fanny Britt, une suite à son essai Les tranchées, qui se lit comme un charme et qui décomplexe, je trouve. » 

DAVID GOUDREAULT
auteur

« Cataonie, de François Blais, est probablement le livre le plus drôle à m’être passé entre les mains cette année. C’est un recueil de nouvelles littéraires bien tournées, dans un style incomparable. Je dirais aussi Une sorte de lumière spéciale, de Maude Veilleux, parce que c’est de la poésie sans concession, qui ne se regarde pas le nombril en vain, qui brasse et interpelle le lecteur. »

MARIDO BILLEQUEY
enseignante de français et organisatrice des soirées Littérature et autres niaiseries

« J’ai lu Les repentirs, de Marc Séguin, en revenant de voyage, dans un char. Je me suis mise à douter, douter de tout ce qu’on se raconte. De la part de mensonge qui habite nos souvenirs. Ce roman m’a fascinée, inquiétée, obsédée, a modifié le rétroviseur par lequel le passé s’érige dans nos pensées. Marc Séguin s’interroge sur la vérité alternative qui rassure, une technique qui cache une partie du tableau pour mieux le modifier dans son ensemble. Peut-on changer l’histoire? Réparer l’irréparable? Et si nous sommes déconnectés de nos sentiments, désengagés face aux autres, comme l’est (le personnage de) Marc Séguin — et la société tout entière, avouons-le —, la fulgurance d’un amour persistant, hors des normes, et la pulsion créatrice peuvent-elles remplir nos failles, nos fissures, nos ravins? Non (...) personne n’est jamais parvenu jusqu’à moi. Tout le monde se tue en route.

En littérature jeunesse, j’y vais pour Jane, le renard et moi, de Fanny Britt, un album graphique magnifique écrit par une autrice que j’affectionne particulièrement. On y découvre la jeune et timide Hélène qui, rejetée, esseulée, tente de survivre au monde cruel qu’est celui de l’adolescence. C’est la lecture qui lui permettra de déjouer l’extrême solitude. On y découvre l’univers de Charlotte Brontë et les délicates illustrations d’Isabelle Arsenault — en noir et blanc auxquelles quelques touches de couleur à l’aquarelle apparaissent à des endroits spécifiques pour embrasser brillamment la poésie de Fanny Britt. Une œuvre de grande qualité, une fin magistrale, qui marquera autant les adolescents que les adultes. 

En poésie, je suggère Ne faites pas honte à votre siècle, de Daria Colonna, une poésie à bout portant, rythmée à la mitraillette. Daria Colonna ravage, ne fait de cadeau à personne. Elle braque un miroir corrosif devant ton visage, devant celui d’une société grugée par ses propres contradictions, son hypocrisie, sa cruauté. C’est brutal, dérangeant, rageur… mais tellement savoureux. Les verbes à l’infinitif et à l’impératif sont des outils sublimes pour scalper la violence systémique, ordinaire, économique, sexuelle, endémique. On en sort avec un fort sentiment de honte et d’orgueil, certes, mais surtout avec un désir furieux de révolution :

vous avez étudié avec la Gauche
vous êtes militant blanc angoissé autogéré
pro-féministe ouvert
étudiant en sociologie écologiste altermondialiste
antifa barbu percé tatoué membre du COBP
et vous avez violé votre meilleure amie