Dans le livre Astérix chez les Québécois, l’auteur Tristan Demers évoque l’exposition Astérix et les Romains qui a été présentée à La Pulperie de Chicoutimi en 2005. Elle a fourni une nouvelle preuve de la popularité du petit Gaulois en terre d’Amérique.

Succès de librairie pour Astérix chez les Québécois

S’il est une constante à propos de la bande dessinée Astérix, c’est l’intérêt qu’elle suscite chez nous. Ainsi que le démontre l’auteur Tristan Demers dans le livre Astérix chez les Québécois, un Gaulois en Amérique, il suffisait d’intégrer ses personnages à une parade, une pièce de théâtre, une série radiophonique, un spectacle de cirque, pour connaître un succès populaire. Et c’est encore vrai aujourd’hui, puisque l’ouvrage sorti le 7 novembre fait déjà l’objet d’une réimpression.

Le tirage initial, qui totalisait 17 000 copies, a été distribué dans son entièreté, ce qui explique la décision de la maison Hurtubise de faire imprimer 7000 livres de plus. Tristan Demers anticipait une forte réaction, mais reconnaît qu’elle a été plus vigoureuse qu’il ne l’avait anticipé. Elle témoigne du charme intemporel de la série créée par René Gosciny et Albert Uderzo en 1959.

« Alors que Tintin se présente comme un intellectuel européen, un garçon qui cherche à corriger de petites injustices en se servant de sa tête, plutôt que de ses muscles, Astérix fait dans l’autodérision, ce qui est dans l’air du temps. Cette bande dessinée se moque des Français, de leurs travers, et le texte comporte deux niveaux de langage. C’est ce qui le rend génial, puisqu’il s’adresse aux enfants, tout en lançant des clins d’oeil aux adultes », a énoncé l’auteur lors d’une entrevue téléphonique accordée au Quotidien.

Derrière le succès de la bande dessinée Astérix au Québec se cachent des considérations sociologiques qui ont varié au fil du temps, indique l’auteur Tristan Demers. Le héros symbolise aujourd’hui la lutte de David contre Goliath, alors que jusqu’aux années 1990, il a été associé à la cause indépendantiste.

Il croit que son approche du phénomène a aussi joué en faveur du livre. Celui-ci couvre les 60 dernières années en s’attardant à la bande dessinée elle-même, de même qu’aux activités périphériques qui en ont découlé. « Il y a un bel équilibre pendant qu’on fait un voyage dans le temps », estime Tristan Demers, qui a planché sur ce projet pendant plus de deux ans.

« D’une certaine manière, Astérix représente un véhicule pour parler de nous à travers nos défauts, notre spécificité, fait observer l’auteur. Comme je suis fou de culture populaire, de l’histoire du Québec, l’un de mes objectifs était de maintenir l’intérêt des lecteurs qui ne sont pas des fans de BD. » Ainsi a-t-il intégré des caricatures politiques, des analyses élaborées par des universitaires, des publicités, ainsi qu’une liste des commerces qui, légalement ou non, se sont associés au guerrier gaulois.

« J’ai mené des recherches aux Archives nationales, à Radio-Canada, dans un certain nombre de municipalités, dans les journaux et plein d’autres organisations. J’ai aussi obtenu la collaboration des éditions Hachette, propriétaires de tout ce qui touche Astérix depuis 2008. Elles m’ont donné accès à leur banque de documents et moi, je l’ai enrichie grâce aux informations recueillies au Québec », décrit Tristan Demers.

Il y a même un chapitre consacré à l’exposition Astérix et les Romains présentée à La Pulperie de Chicoutimi en 2005, après un séjour fructueux au Musée de la civilisation de Québec. On y apprend que malgré le boycottage des activités parascolaires par les enseignants, le musée régional avait compilé 45 000 entrées en l’espace de neuf mois, comme quoi la population du Royaume s’était aussi reconnue dans le village gaulois imaginé par Gosciny et Uderzo.

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UN SYMBOLE QUI TRANSCENDE LES ÉPOQUES ET LES GÉNÉRATIONS

Combien de fois a-t-on tracé un lien entre le projet indépendantiste et le village gaulois d’Astérix ? Longtemps, les commentateurs, les caricaturistes et les politiciens eux-mêmes ont ressenti le besoin de souscrire à cette idée, une réalité que reflète avec éloquence le livre de Tristan Demers, Astérix chez les Québécois, un Gaulois en Amérique.

Le cas classique est celui de Jacques Parizeau, représenté sous les traits d’Obélix. Cette association a inspiré le caricaturiste Serge Chapleau, de La Presse, de même que son prédécesseur Girerd, comme on peut le constater en examinant les pages 146 et 147 du bouquin publié chez Héritage. Girerd étant décédé à l’automne, il n’a pas eu le temps de voir l’oeuvre achevée. Toutefois, l’auteur chérira longtemps le mot qu’il lui a adressé.

« Il m’avait gentiment autorisé à publier l’un de ses dessins, tandis que la fille de Raoul Hunter, qui était caricaturiste au Soleil, m’a rencontré au Salon du livre de Montréal. Elle a été émue de constater que j’avais intégré un dessin réalisé par son père en 1969, montrant Astérix portant le général de Gaulle sur un bouclier. J’ai signé son livre et je viens d’apprendre que monsieur Hunter est décédé dans les derniers jours. Je suis encore plus content de lui avoir adressé ce clin d’oeil », confie Tristan Demers.

Pour revenir à l’association entre les Gaulois et le mouvement indépendantiste, il constate qu’elle est devenue moins populaire, ce qui reflète le climat politique du moment. Toutefois, Astérix et ses amis restent présents dans l’imaginaire collectif des Québécois, souligne l’auteur. C’est juste que sa dimension symbolique a fait un pas de côté, tout en demeurant pertinente.

« Aujourd’hui, on se sert de cette bande dessinée pour exprimer des choses qui vont dans le sens d’une opposition de type David contre Goliath, comme on l’a vu dans le dossier Netflix. C’est la preuve qu’Astérix reste un symbole puissant, même si on l’associe moins fréquemment au projet d’indépendance », avance Tristan Demers qui, il convient de le rappeler, est lui-même bédéiste.