Souvenirs de la marée basse, par Chantal Thomas *** 1/2 (Seuil, 224 pages)

Souvenirs de la marée basse, par Chantal Thomas *** 1/2

CRITIQUE / S'il fallait relever une thématique dans cette rentrée littéraire, cru automne 2017, la place accordée aux figures maternelles y prédomine nettement. Aux mères perverses et jalouses d'Amélie Nothomb (Frappe-toi le coeur) et d'Eva Ionesco (Innocence) s'ajoute la mère mystérieuse et grande nageuse de Chantal Thomas dans Souvenirs de la marée basse. Autant de manières feutrées d'approcher l'intimité des femmes qui leur ont donné la vie, puis entourées, voire étouffées, les laissant toujours fascinées.
Avec Souvenirs de la marée basse, Chantal Thomas replonge dans son enfance iodée en bord de mer et scrute une mère crawleuse, personnage distant, mais qu'elle rend si attachant par ses pulsions de liberté, par son irrépressible envie de nager. Que ce soit au débotté, en plein canal vaseux du château de Versailles, désarçonnant tous les visiteurs du lieu dans son sillon, ou le long de la plage d'Arcachon puis à Nice, Jackie calait sa vie de famille sur son insatiable envie de liberté marine.
Cette observation d'une existence qui cherche à tout prix à se frayer une voie dans l'eau donne lieu à un intense récit, intime et brillamment maîtrisé - l'une des promesses tenues de cette rentrée littéraire. Sans jamais juger son personnage, Chantal Thomas trouve la juste distance pour évoquer les fulgurances de sa mère, être intensément habitée par l'instant présent, fuyant la vie domestique pour l'appel du grand large.
Ces souvenirs sont aussi un prisme par lequel dépeindre le quotidien des habitants permanents d'une station balnéaire. Jeunesse choyée que celle des enfants de la plage qui, contrairement aux enfants « venus d'ailleurs, dont les journées de plage sont comptées, pour qui une matinée fichue est irréparable », éprouvent une certaine supériorité à jouir de la plage sans contrainte de temps ni de saison !