Salut salut ! est disponible en librairie à compter de mercredi. — Photo fournie

Salut à un homme d’exception

Peu d’hommes ont su rassembler autant que Jean Lapierre, qui fut notamment député fédéral de Shefford avant d’être un réputé chroniqueur. C’est pour mettre cette qualité en lumière que paraît cette semaine la biographie posthume Salut salut ! Jean Lapierre, un homme du peuple, sous la plume de la journaliste Marianne White.

Il s’agit d’un premier ouvrage pour l’adjointe au directeur de l’information au Journal de Québec, qui a mis environ 18 mois à peaufiner le manuscrit. Le choix du sujet ne relève pas du hasard.

« Environ un an après son décès, je pensais à lui et je réalisais à quel point les gens l’appréciaient. Plus que la normale. Je voulais comprendre comment Jean Lapierre avait réussi à devenir quelqu’un d’aussi aimé, autant par les politiciens que la population, quelqu’un dont tout le monde voulait être l’ami », explique l’auteure.

Pour asseoir cet état de fait, Mme White a choisi de commencer sa biographie par la mort tragique de Jean Lapierre. Le chroniqueur, sa conjointe, ses deux frères, sa sœur et deux membres d’équipage ont perdu la vie il y a deux ans et demi lors de l’écrasement de l’avion qui devait les mener aux Îles-de-la-Madeleine, si chères à son cœur, pour dire un dernier au revoir à son père décédé la veille.

« C’était une façon de mettre la table, de placer qui était le personnage au départ. Tout ça a permis de mesurer à quel point il était important pour un paquet de gens », explique la journaliste.

Dès les premières lignes, on comprend l’impact dévastateur qu’a eu le décès de Jean Lapierre autour de lui, mais aussi bien au-delà de son entourage. On suit, presque minute par minute, le drame, suivi du branle-bas médiatique et du déchirement de ceux qui se sont chargés d’annoncer, en ondes, la mort de leur ami.

Chaque jour, des milliers de Québécois étaient au rendez-vous pour entendre ses analyses et ses expressions pas piquées des vers, dont plusieurs sont reprises dans la biographie, signe que le charisme était pour Lapierre une qualité innée.

Et pour cause. En campagne électorale, celui-ci s’engageait à serrer au minimum 1000 mains par jour afin de rencontrer le plus de citoyens possible. Il s’assurait également que les citoyens de sa circonscription reçoivent une carte de souhaits lors d’un baptême, d’un mariage ou de funérailles. Avant d’entrer en ondes, le chroniqueur se levait aux aurores et pouvait passer plus d’une centaine d’appels par jour pour être au parfum des dernières nouvelles.

Il s’agit d’un premier ouvrage pour la journaliste Marianne White.

Parcours

Une fois l’abcès crevé, on retourne aux débuts modestes du Madelinot d’origine, qui prend rapidement goût à la chose politique. C’est pour poursuivre des études en sciences humaines au Cégep de Granby qu’il s’amène dans la région.

C’était là le tout début d’une carrière prolifique.

Pour les plus jeunes, Jean Lapierre est surtout connu pour ses chroniques teintées d’humour qui, en plus de faire découvrir aux Québécois les officines du pouvoir, constituaient pour plusieurs une initiation à la chose politique.

Si celui-ci avait une connaissance aussi fine des rouages de la démocratie, c’est qu’il avait auparavant connu une brillante carrière à la Chambre des communes. Le diplômé en droit représenta en effet la circonscription fédérale de Shefford entre 1979 et 1992 sous les couleurs du Parti libéral du Canada. Notons qu’il quitta celui-ci en 1990 pour cofonder le Bloc québécois.

Après un passage d’une douzaine d’années dans les médias, il revient à ses premiers amours à la demande de l’ex-premier ministre libéral Paul Martin et se fait élire dans Outremont en 2004, en plus d’être nommé ministre fédéral des Transports. Ce retour en politique durera un peu moins de trois ans, après quoi Jean Lapierre refera son nid dans plusieurs médias, dont ceux de Québecor et Cogeco.

Marianne White a volontairement choisi de s’attarder aux moments phares de la vie de Jean Lapierre, et de délaisser plusieurs anecdotes qui auraient alourdi son propos. « Je voulais en faire un livre accessible et facile à lire, qui serait à l’image de Jean Lapierre », explique-t-elle.

Hommages

Pour raconter ce personnage haut en couleur, Marianne White a, en plus d’avoir consulté de nombreuses archives, dont celles de La Voix de l’Est, rencontré plus d’une soixantaine de proches et de gens ayant côtoyé Jean Lapierre. Ceux-ci n’ont pas été difficiles à convaincre, allègue l’auteure, qui est la première — et la seule — à avoir obtenu le témoignage de ses enfants, Marie-Anne et Jean-Michel, depuis le décès de leur père. « Les confidences venaient toutes seules, précise Mme White. Jean Lapierre a laissé de bons souvenirs partout autour de lui. »

Malgré la peine toujours vive d’avoir perdu un homme d’exception, les anecdotes et confidences recensées témoignent d’un personnage lumineux, unique en son genre, qui aimait profondément l’humain et qui n’était pas avare de conseils pour son prochain.

Le journaliste de TVA Paul Larocque, un ami proche du défunt, signe l’avant-propos de la biographie alors que plusieurs personnalités politiques, dont le député de Granby François Bonnardel, lui dédient une lettre pour rendre hommage à celui qui a été un mentor pour plusieurs. Une façon de boucler la boucle pour l’auteure, qui souhaitait une fin heureuse à son livre.

« C’est un grand honneur pour moi de figurer dans ce livre », a indiqué M. Bonnardel.

« Il a été de tous les hauts et de tous les bas de ma vie politique », a ajouté le ministre provincial des Transports à propos de son « ami et confident », qu’il a vu pour la toute dernière fois dix jours avant son décès.

« Les gens aiment Jean et il sera toujours député de Shefford pour eux. »