Ken Follett

Retour à Kinsbridge pour Ken Follett

Après y avoir fait ériger une cathédrale par ses personnages des Piliers de la Terre tiraillés entre le Bien et le Mal au XIIe siècle, et après avoir fait de la ville le décor de luttes à finir entre tradition et modernité au XIVesiècle dans Un monde sans fin, Ken Follet retourne à Kingsbridge. Entre libertés (notamment de croyances) et intolérances religieuses, il y fait cette fois brûler (littéralement, sous les pieds de certains hérétiques et traîtres) Une colonne de feu.
Le prolifique écrivain britannique avait à peine mis un point final à son foisonnant Siècle (sa saga en trois tomes sur le XXe siècle) qu'il s'intéressait déjà aux espions d'Élisabeth 1êre, aux prises avec les partisans de Marie Stuart, reine des Écossais et prétendante au trône anglais.
« Très vite, je me suis demandé si mes recherches sur les services secrets d'Élisabeth pouvaient me ramener à Kingsbridge. Car Kingsbridge a fini par devenir le symbole de l'Angleterre et des changements qui ont secoué le pays au cours de notre histoire, pour moi comme pour les lecteurs », relate Ken Follett.
Or, les nombreux bouleversements que les magouilles politiques entourant Élisabeth et Marie ont provoqués dans les années 1500 pouvaient assurément s'inscrire dans les rues de la petite ville.
« Quand une guerre de religion éclate, on peut rapidement imaginer comment elle influence le quotidien d'une telle communauté, comment elle devient un facteur dans les relations commerciales et les histoires d'amour des gens » explique l'auteur.
Kingsbridge étant divisée par les allégeances des uns au protestantisme et des autres au catholicisme, Ned ne peut épouser Margery. Et est contraint de quitter sa ville natale.
Le jeune homme entre dès lors au service d'Élisabeth, pendant que son frère Barney prendra le large jusqu'au Nouveau Monde, et que celui de Margery, Rollo, deviendra quant à lui un fervent défenseur de Marie Stuart. 
Ned aura aussi maille à partir avec un certain Pierre, capable de tout, surtout du pire, pour faire partie du clan des Guise, grenouillant pour leur part dans les alcôves royales en France - et particulièrement contre Catherine de Médicis.
Pendant que ces hommes s'affronteront dans les coulisses du pouvoir (y compris lors de la tentative d'invasion de l'Angleterre par l'armada espagnole du roi Philippe), Margery, qui fait entrer illégalement des prêtres catholiques en Angleterre, et Sylvie, libraire protestante essaimant discrètement des bibles en français à Paris, mettront également leur vie en danger au nom de leur foi. Et de leur amour pour Ned.
Ken Follett, qui s'est initialement fait connaître par ses romans d'espionnage (L'Arme à l'oeilCodes Zéro...), était ravi de marier ses deux passions dans Une colonne de feu.
« Un espion ment toujours, puisqu'il a peur d'être découvert, ce qui apporte un élément de suspense. De plus, pour chaque événement historique, une histoire vraie se cache toujours derrière l'histoire officielle. J'avais tous les ingrédients en main pour m'amuser ! »
Brexit et migrations
D'autant que, déplore-t-il, l'homme ne semble pas tirer leçon du passé : « Nous ne sommes pas assez conscients, individuellement et collectivement, de la valeur de nos libertés, à mon avis. »
Entre les lignes de son roman, dont l'action se déplace de Londres à Paris, en passant par Édimbourg, Anvers et Séville, le Britannique de 68 ans laisse ainsi sourdre ses positions sur l'importance de préserver l'autonomie des juges, par exemple. 
« Il faut que les juges puissent continuer à rendre leurs décisions librement, même si ça ne fait pas l'affaire du gouvernement. Il faut aussi que les gouvernements demeurent assujettis à la loi, comme tout le monde », soutient Ken Follett.
Par le biais de ses personnages, il laisse aussi entendre ce qu'il pense de la situation actuelle qui prévaut en Europe, incluant les enjeux liés au Brexit et au référendum écossais.
« Il m'apparaît évident que la réalité politique européenne qui prévalait à l'époque, alors qu'il était carrément impossible pour un souverain de ne pas tenir compte des positions des autres dans ses décisions, fait écho à ce que nous vivons aujourd'hui. Tout s'entrelace, entre nos pays, que ce soit au niveau économique ou politique. S'il n'était pas possible d'être totalement indépendants hier, je considère que ce ne l'est pas plus de nos jours. »
De plus, il s'inquiète de la prolifération des messages haineux sur les réseaux sociaux. 
« La haine face aux étrangers ne date pourtant pas d'aujourd'hui : les vagues de migration, notamment religieuse, déferlent sur l'Europe depuis des milliers d'années ! rappelle M. Follett. Vivre isolés est impossible de nos jours. Le repli sur soi n'est pas une solution. »
Cela dit, l'écrivain se défend bien de vouloir faire la leçon au lecteur. 
« La beauté du roman historique, c'est qu'il permet justement de comprendre les événements autrement, en les approchant par divers points de vue, ce qui ne peut qu'ouvrir nos esprits », croit-il.