Sous la direction d’Andrée Lacelle, 37 poètes prennent la plume pour dénoncer les coupes de Doug Ford et sa francophobie dans le recueil «Poèmes de la résistance», paru en librairies cette semaine.

Prendre la plume contre Doug Ford

Un nouveau chapitre vient de s’ouvrir dans la lutte pour défendre les acquis des francophones en Ontario. Sous la direction d’Andrée Lacelle, 37 poètes prennent la plume pour dénoncer les coupes de Doug Ford et sa francophobie dans le recueil «Poèmes de la résistance», paru en librairies cette semaine.

Lancé fin décembre, le projet d’ouvrage collectif a reçu une réponse enthousiaste et immédiate de la part de poètes franco-ontariens ou publiant en Ontario. Dès le début du mois de janvier, les ripostes enflammées de Jean Marc Dalpé, Brigitte Haentjens, Stefan Psenak et François Baril Pelletier, entre autres, étaient livrées.

Plongeant ici dans les luttes passées, posant là un regard optimiste vers l’avenir, la rage et l’espoir émanent du recueil. Le brûlot de 104 pages, accessible et souvent drôle, n’accorde aucune pitié au premier ministre ontarien.

À ceux qui perçoivent la poésie comme un art élitiste, il y a là de quoi les faire changer d’avis. « Il y en a pour tous les goûts, résume Mme Lacelle, à raison. Je suis certaine que les gens qui sont un peu rébarbatifs à la poésie vont quand même y trouver leur compte. »

«Poèmes de la résistance»
Sous la direction d’Andrée Lacelle
Prise de parole, 104 pages

Onde de choc

Le 15 novembre 2018, un « réveil brutal » a secoué Andrée Lacelle. Le gouvernement conservateur venait de pulvériser du même souffle le Commissariat aux services en français et le projet de création de l’Université de l’Ontario français. « On était assommés, tout le monde, s’est désolée l’Ottavienne originaire de Hawkesbury. Ce projet d’université était presque au point ! Et le Commissariat était un lieu absolument nécessaire, vital. On avait des lieux, des entités qui étaient là, installés, et tout à coup, ça vacillait. »

Le lendemain, à la suggestion de Linda Cardinal, professeure et titulaire de la Chaire de recherche sur la francophonie et les politiques publiques, Andrée Lacelle a lancé une première offensive littéraire. En quelques jours, vingt écrivains cosignaient Le poème rapaillé : Dire la lumière de notre colère, qui s’est répandu comme une traînée de poudre sur les réseaux sociaux.

Devant la réaction énorme des internautes, les éditions sudburoises Prise de parole ont confié à celle qui était alors poète lauréate francophone de la Ville d’Ottawa la direction d’un second assaut, cette fois sur papier.

« Je crois beaucoup en cette force de frappe qu’a la poésie, ajoute-t-elle. C’est la pensée qui vient du cœur. L’émotion est au rendez-vous, la pensée est au rendez-vous ; c’est global. Ça ramasse tout l’être. C’est vouloir être au monde, à part entière, être totalement présent dans le monde. C’est ça, au fond, qu’on souhaite quand on écrit : on appelle les autres à entrer dans ce désir-là. »

Bien entendu, un exemplaire de Poèmes de la résistance sera envoyé à la ministre des Affaires francophones Caroline Mulroney. « F » — celui dont Andrée Lacelle ne prononce pas le nom — recevra aussi sa copie, bien que la poète n’ose même pas espérer qu’il en soulève la couverture. « On sait très bien qu’il ne lit pas le français. Peut-être que quelqu’un dans son bureau pourrait lui lire cette langue si exotique... »

Déjà lancé à Hearst, le recueil aura d’autres lancements dans différentes villes de la province. À Ottawa, ce sera le 5 juin, à la Librairie du soleil. Des lectures sont aussi prévues au Festival de la poésie de Montréal à la fin du mois de mai.

Il ne s’agit que d’un début, souligne Mme Lacelle. La suite dépendra des réactions que suscitera le recueil. « J’ai confiance que le livre deviendra un jalon marquant du corpus littéraire franco-ontarien. »