Le Droit vous présente quatre suggestions littéraires pour vous occuper cet automne.

Petit guide de la rentrée littéraire

Il y a des livres pour l’esprit, d’autres pour les nerfs ou la contemplation. Tous se disputent notre attention en ce début de rentrée littéraire. Où donner de la tête, sans se la prendre ? Voici les critiques de plus récentes publications de quatre auteurs d’importance.

Amélie Nothomb : à éviter

Chaque automne, c’est l’abonnée fidèle des librairies que l’on considère avec agacement ou impatience, c’est selon. Sa finesse non dénuée d’extravagance interdit qu’on la relègue complètement au rayon des sorties secondaires. Cette année pourtant, le dernier Amélie Nothomb a un goût de champagne éventé. Le placement de produit (du Deutz, et du supérieur !) n’attend pas trois pages pour s’afficher. Déroulant le récit d’une vengeance amoureuse sur toute une vie, et plusieurs générations même, Nothomb écrit comme une joueuse d’échecs qui avance ses pions froidement. Ses dames appartiennent à la petite bourgeoisie arriviste. Ses rois (manipulateurs) finissent fous. Chapitres laborieux et prévisibles, dialogues sans plaisir, Les prénoms épicènes n’a d’original que le titre.

Les prénoms épicènes d'Amélie Nothomb

Amélie Nothomb

Les prénoms épicènes

Albin Michel, 170 pages

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Adrien Bosc : pourquoi pas ?

L’argument était prometteur : une immigration quatre étoiles, celles d’intellectuels menacés par la France de Vichy et tous regroupés, en 1941, à bord du Capitaine-Paul-Lemerle, à destination d’une vie meilleure outre-Atlantique. L’auteur reconstitue avec crédibilité dialogues, petits tracas quotidiens en croisière et grands projets artistiques en gestation. Les lecteurs initiés à l’œuvre de Claude Lévi-Strauss et d’André Breton apprécieront le défi, les autres resteront à quai tant les références culturelles et intellectuelles de l’époque foisonnent. Restent de belles réflexions plus personnelles sur la préparation d’un roman et la ré-appropriation (positive, celle-là) d’un passé collectif.  

Capitaine d'Adrien Bosc

Adrien Bosc 

Capitaine

Stock, 392 pages

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Nancy Huston : belles surprises

Il faut compter sur Nancy Huston pour réintroduire la surprise dans la sempiternelle ronde de la rentrée littéraire : dans Lèvres de pierre, elle se propose de comparer sa (pas si) tendre jeunesse à celle de Pol Pot, ce qui n’est pas donné à tout le monde. La Canadienne expatriée en France est-elle en proie à une folie mégalomane pour mettre en rapport ses années « de formations affective, intellectuelle, sexuelle et politique, aux États-Unis et en France » à celles du dictateur cambodgien ? 

Elle imagine d’abord ce qu’aurait pu être l’enfance et l’adolescence de Pol Pot avant les atrocités. Revoici donc reconstitués – donc humanisés – l’éducation au monastère, le rejet de la famille, le besoin de plaire et de diriger. Dans un second temps, l’auteure revient sur sa propre jeunesse ; les destins s’enchevêtrent mais le fil de l’écriture s’extrait aussi de cet écheveau improbable pour tisser une tentative d’élucidation sur la femme qu’elle est devenue. Périlleusement réussi. 

Nancy Huston, qui aime varier les formes littéraires, nous offre également un petit livre/CD inattendu expédié tout récemment par son éditeur Leméac : Anima laïque suivi de À la recherche d’une spiritualité laïque. Un ambitieux projet à deux voix (avec la musique de Quentin Sirjacq) sur les différentes étapes de l’existence, à mi-chemin entre poèmes orchestrés au piano et prière laïque à laquelle Dieu, s’il nous écoute quand même, ne saurait rester insensible. 

Anima laïque de Nancy Huston et Quentin Sirjacq

Nancy Huston

Lèvres de pierre : nouvelles classes de littérature

Leméac/Actes sud, 233 pages

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Nancy Huston et Quentin Sirjacq

Anima laïque
À la recherche d’une spiritualité laïque

Leméac/Actes Sud, 84 pages + CD

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Edem Awumey : d’une traite

Est-ce la phrase littéraire, plutôt bien frappée, rythmée, harmonieuse, qui enchaîne ses propositions sans trainer ? La vitalité des personnages de cette enquête partis sur les traces de Mina disparue ? Le charme caché d’un continent où tout est possible ? L’auteur d’origine togolaise Edem Awumey nous convie à observer son héros photographe de retour au pays, en proie à ses impressions d’Afrique. Avec un humour aigre-doux qui laisse aussi entrevoir l’indignation.   

Mina parmi les ombres d'Edem Awumey

Edem Awumey

Mina parmi les ombres

Boréal, 360 pages.