Nos suggestions de lectures pour le temps des Fêtes

Le casse du siècle de Michael Lewis

La crise financière de 2008 est peut-être loin dans les esprits, mais elle a encore des répercussions 10 ans plus tard. Le passionnant livre de Michael Lewis sur «le désastre économique le plus purement financier de l’histoire» (mille milliards de dollars!) mérite le détour, et deux fois plutôt qu’une dans mon cas. L’auteur nous entraîne dans les coulisses de ce krach mémorable provoqué par des requins de la finance qui ont bâti une escroquerie sans nom sur les titres adossés à des crédits hypothécaires, les fameux subprimes. Nul besoin d’être un expert en finances pour comprendre les tenants et aboutissants de ce scandale. Lewis sait faire preuve de vulgarisation pour expliquer comment le citoyen américain, et par ricochet une bonne partie de la planète, s’est fait royalement rouler dans la farine. Dixit l’un des personnages du livre: «Je comprenais qu’il y avait toute une industrie, appelée financement de la consommation, qui, fondamentalement, n’existait que pour arnaquer les gens.» Après avoir refermé le bouquin, on ne saurait trop vous recommander, en guise de complément, le film éponyme (avec Christian Bale, Steve Carell et Ryan Gosling), gagnant de l’Oscar du meilleur scénario adapté en 2016. Si vous avez été scandalisé par le livre, le film vous rachèvera... Normand Provencher (Le Soleil)

Le vide de Patrick Senécal

En cette période de réjouissances, on n’a peut-être pas la tête à se plonger dans une lecture aussi sombre et dense que Le vide, un des meilleurs romans de Patrick Senécal, si ce n’est pas son meilleur titre en carrière. Dix ans après sa parution, le roman me hante toujours. Non pas en raison du long, trop long passage, où l’auteur décrit une scène d’inceste, une lecture pénible, où Sénécal semble avoir pris le plus malin des plaisirs à pousser l’horreur à l’extrême, voire au ridicule. C’est plutôt pour le second degré, philosophique, que le récit propose. Ce faisant, Senécal suscite chez le lecteur un questionnement sur le sens qu’il souhaite donner à son existence et l’amène à relativiser l’importance qu’il accorde à certaines choses. Nul doute que Le vide en inspirera plusieurs qui profitent du temps d’arrêt de décembre pour dresser un bilan et pour prendre des résolutions. Marie-Ève Martel (La Voix de l’Est)

Bug (livre 1) d’Enki Bilal

2041. La mère de tous les «bugs» [bogues] vient de frapper. C’est l’apocalypse informatique. En l’espace de quelques heures, la société se dérègle. Les avions s’écrasent. Les drones tueurs échappent à tout contrôle. Les gouvernements sont paralysés. Dans les villes, les scènes de pillages se multiplient. Un astronaute, infecté dans l’espace par un mystérieux parasite, devient l’objet de toutes les convoitises. Son cerveau semble avoir emmagasiné toutes les données informatiques de la planète. Même les organisations criminelles se lancent à sa poursuite. Chacun rêve de l’utiliser pour relancer son système informatique avant les autres… Inutile d’en dire plus. Après quelques années d’absence, on retrouve avec bonheur l’univers disjoncté de Bilal. Le trait de plume fiévreux. Les décors de fin du monde. La place ambigüe de la couleur bleue. Sans oublier l’humour, qui adoucit l’ambiance extrêmement glauque. En plein bogue informatique, les accrocs de l’autoportrait sont invités à redécouvrir les vertus du bon vieux… miroir! Le second livre est attendu avec impatience. Jean-Simon Gagné (Le Soleil)

Moustache de Pierre Gagnon

Il y a des livres qui nous divertissent, d’autres qui nous instruisent. Il y a ceux qui nous émeuvent ou qui nous bouleversent. Moustache de Pierre Gagnon m’a ému et m’a entraîné dans un univers dont j’ignorais tout. C’est un petit bijou d’écriture qui se lit en moins d’une heure. Une série d’histoires courtes, collées sur la réalité d’une femme autochtone dans une société blanche qui lui a fait un fils avant même qu’elle ne quitte l’adolescence… C’est un témoignage d’amour du fils qui réalise sur le tard, à 60 ans, l’importance de cette femme bien ordinaire dont il s’ennuie. Je croyais connaître Pierre Gagnon, l’auteur de ce livre, qu’il m’arrive de côtoyer dans des activités sportives. Il m’a fallu lire l’histoire de Moustache, sa mère, pour réaliser une fois de plus à quel point derrière chaque être humain se cache un récit trop souvent inexploré. Gilbert Lavoie (Le Soleil)

Nirliit de Juliana Léveillé-Trudel

Nirliit n’est pas un roman de tout repos. Mais il nous entraîne dans un monde qui nous échappe et nous fascine à la fois, celui du Nord québécois. On y suit d’abord le triste destin d’Eva, jeune victime d’un amour violent, puis celui de son fils Elijah. La jeune auteure explore aussi les patterns des gens du Sud venus faire fortune ou oublier leurs problèmes dans la toundra. Sa description des amours de passage entre femmes autochtones et hommes blancs est à fendre le cœur tellement les aspirations des unes et l’indépendance des autres sont irréconciliables. Dépaysement garanti avec en prime une écriture directe et sincère. Annie Morin (Le Soleil)

D’autres vies que la mienne d’Emmanuel Carrère

Je me suis replongée dans ce livre que j’avais dévoré à sa sortie, en 2009. Je l’avais classé parmi mon top 10, à vie. L’auteur, Emmanuel Carrère, raconte deux drames dont il a été le témoin: le tsunami qui a frappé le Sri Lanka en décembre 2004 et le cancer qui a emporté sa belle-sœur de 33 ans peu après. L’intense épisode de «la vague», je m’en souvenais. De celui du cancer, j’avais vaguement retenu les chapitres racontant l’amitié entre cette belle-sœur et son collègue, tous deux boiteux et juges dans un tribunal s’apparentant à notre cour des petites créances. Pas sexy, pensez-vous... Il faut donc être sacrément doué pour rendre palpitantes des notions complexes de droit civil. Surtout que Carrère y va à fond avec les détails. J’ai refermé ce livre une seconde fois, le cœur gros, bouleversée par ces portraits de gens résilients et courageux que l’auteur a dépeints avec sincérité et amour. L’ampleur de sa générosité se révèle à la toute fin. Elle m’a laissée, encore, avec une boule dans la gorge. Michèle Laferrière (Le Soleil)