L’auteur sherbrookois Mathieu Muir signe, avec L’ère de l’Expansion, un premier roman qui plonge le lecteur dans un hypothétique futur marqué par l’exploration spatiale.

Mathieu Muir : dompter le futur

Mathieu Muir a commencé la rédaction de L’ère de l’Expansion il y a une dizaine d’années, à travers d’autres projets d’écriture.

« J’y revenais périodiquement et j’avais toujours du plaisir à replonger dans cet univers-là », explique le Sherbrookois détenteur d’un baccalauréat en génie chimique et d’une maîtrise en environnement.

Le monde futuriste qu’il a campé dans son premier roman amène le lecteur dans les années 2200. La Terre est maintenant divisée en quatre pôles qui font face à des enjeux de taille. Pour limiter la croissance démographique, les frontières se sont fermées. Et, comme on l’imagine, les défis climatiques et environnementaux sont grands.  

« Ce que j’aime beaucoup dans une histoire, c’est lorsqu’il y a un fond réaliste et des personnages dans lesquels on peut se reconnaître. À cet univers de base crédible, on peut ensuite ajouter un élément fantastique ou technologique qui change le paradigme. »

C’est un peu le chemin qu’il a emprunté en intégrant la découverte de la téléportation à son récit de science-fiction. 

« Je me suis demandé ce qui se passerait si la téléportation devenait possible. J’ai tout de suite pensé à la porte qui s’ouvrirait pour la conquête de l’espace. » 

L’exploration spatiale est donc un moteur important de l’intrigue, qui se déroule en cinq temps distincts. L’auteur amorce son histoire en 2208 et la termine en 2285. Il fait des sauts importants dans le temps et s’amuse à présenter une galerie de personnages pour chaque époque.

D’un chapitre à un autre, on suit par exemple une étudiante pendant son trimestre universitaire, puis on fait la connaissance d’un alcoolique fonctionnel qui travaille dans un vaisseau. Les héros qu’on rencontre, Frank Blist, Eva Miller, Baiko Mori, Voile et Léa Flamand, ne se côtoient pas tous, mais ils sont mêlés de près ou de loin au même grand tournant de l’histoire. 

« Ça se passe dans 200 ans, mais les personnages que j’ai imaginés pourraient tout aussi bien être nos contemporains. Je ne pense pas que la nature humaine change tant que ça au fil du temps. » 

Le fait de déployer son roman sur plusieurs décennies a permis à Muir de varier les styles littéraires. 

« Une de mes idées de base, lorsque je me suis lancé dans ce projet-là, c’était de jouer avec les structures, autant dans la forme que sur le fond. Construire un fil narratif qui se déploie en cinq plaques tournantes m’ouvrait un grand terrain de jeu, même si on reconnaît mon style dans chacun des chapitres. On reconnaît aussi mon univers, je pense. J’aime beaucoup voyager et, dans le roman, on se promène dans divers lieux », explique celui qui est ingénieur chez Enviro-accès, en plus d’être chargé de cours à l’Université de Sherbrooke. 

Un avenir pas si noir 

Même si l’humanité qu’il raconte est confrontée à des problèmes environnementaux, le futur dans lequel elle évolue n’est pas apocalyptique.  

« Ça rejoint ma vision des choses. Je suis assez réaliste quand je pense à l’avenir. Le réchauffement de la planète est réel. Si plusieurs en doutaient encore il y a 20 ans, la communauté scientifique est unanime aujourd’hui. Il faut donc parler de réduction des gaz à effets de serre, il faut continuer à poser des actions en ce sens, mais il faut aussi envisager des moyens d’adaptation. Parce que, à court terme, malgré tous les gestes qu’on fait, il va y avoir des conséquences sur l’environnement, qu’on pense aux ilots de chaleur ou aux catastrophes naturelles. Et il faudra s’adapter. La société que je décris est parvenue à stabiliser les choses. Elle traverse une ère de paix. Et ça, j’y crois vraiment. Je l’espère. Il y a de la tension actuellement, il y a encore de gros conflits, mais j’ai sincèrement l’impression que d’ici 50 ou 100 ans, on pourrait basculer dans un monde sans guerre. Les avancées médiatiques permettent davantage de communication. Plus on va connaître notre voisin, plus on va le comprendre, moins on va avoir envie d’entrer dans une dynamique de l’affrontement. » 

La conversation dévie sur la science, les possibles du futur, les très sérieuses études qui se penchent sur la téléportation, les défis qui attendent la planète. Mathieu Muir jase de tout ça avec autant d’enthousiasme que de pertinence avant de nuancer la place que tout ça occupe dans son premier livre.

« C’est le contexte dans lequel j’ai ancré mon roman, mais après ça, mon principal objectif, c’était surtout de signer un livre agréable à lire, de raconter une bonne histoire. »

Une histoire qui pourrait avoir une suite. 

« J’ai déjà un carnet dans lequel sont écrites les grandes lignes de ce qui arrive après. »

Mathieu Muir

L’ère de l’Expansion, SCIENCE-FICTION, Éditions David, 254 pages

Mathieu Muir

L’ère de l’Expansion

SCIENCE-FICTION

Éditions David

254 pages