La couverture de l’album «Sous la surface», une bande dessinée de 104 planches qui se décline en deux tomes.

Martin Michaud: sous la surface

Les affaires vont rondement pour l’auteur Martin Michaud. Le créateur de la populaire télésérie policière «Victor Lessard» vient de voir un autre de ses romans renaître, cette fois sous forme de bande dessinée, une première pour lui. Son éditeur européen, le Belge Dimitri Kennes, issu de l’univers de la bédé, a eu «un coup de coeur» pour «Sous la surface», paru en 2013.

«Je suis très excité par ce projet, mais je ne veux pas m’attribuer le mérite qui ne me revient pas», lance l’auteur originaire de Québec, en référence à la précieuse collaboration du dessinateur Marco Dominici et du scénariste Gihef. «J’ai eu un travail plus effacé. J’étais là comme une espèce de chien de garde.»

La genèse de l’album a été «un long processus de fabrication, un gros travail de démarchage pour trouver la bonne chimie» entre le roman «assez toufu» de 354 pages et la bande dessinée de 104 planches qui se décline en deux tomes (le prochain sortira cet automne). «On a élagué des choses, donné du souffle et de l’espace pour rendre justice à l’histoire. C’est finalement une adaptation très respectueuse de l’oeuvre initiale.»

L’histoire de Sous la surface rappellera à coup sûr aux fervents de politique américaine le tristement célèbre accident du sénateur Ted Kennedy, dont la voiture avait plongé dans un plan d’eau, il y a 50 ans, sur l’île de Chappaquidick, au Massachussets. L’accident, qui avait couté la vie à sa jeune organisatrice de sa campagne, Mary Jo Kopechne, avait pris l’allure d’un scandale national, Kennedy n’ayant pas porté assistance à la victime ni appelé immédiatement les policiers.

Dans la bande dessinée, il est aussi question d’un accident similaire qui conduira en eaux troubles Leah Hammett, une écrivaine et ancienne mannequin, mariée au favori à l’investiture démocrate, Patrick Adams. Son ancien petit copain de l’époque, soi-disant disparu dans la tragédie, rôde dans le décor…

La réalité dépasse la fiction

Martin Michaud a également d’autres motifs pour se réjouir de la trajectoire de sa carrière. L’adaptation télé de ses romans Victor Lessard, sur Illico, fait un tabac. La veille de notre entretien, l’auteur se trouvait d’ailleurs sur le plateau de tournage de la troisième saison, en compagnie de Patrice Robitaille et de Julie Le Breton, qui incarnent au petit écran le duo de policiers Victor Lessard et Jacinthe Taillon. Ce troisième volet s’inspire de son roman Ghetto X.

Fin observateur de la nature humaine, Martin Michaud n’a pas à chercher très loin pour nourrir son imagination. L’actualité, particulièrement les faits divers, où c’est bien connu «la réalité dépasse la fiction», fait office de terreau fertile. Il y a aussi ses intérêts personnels qui l’inspirent, lui qui voue une fascination pour les histoires de coma et tout ce qui touche John F. Kennedy. «Ça part de mes tripes. J’écris ce que moi j’aurais envie de lire.»

Jeune, Martin Michaud a été chaviré par le roman d’espionnage de Robert Ludlum, La mosaïque Parsifal. «Une lecture marquante qui a fait en sorte que je suis devenu écrivain. C’est là que j’ai découvert le pouvoir d’une histoire qui a de la profondeur, des rebondissements, qui m’apprenait plein de choses, qui m’amenait complètement ailleurs.»

Simenon et son inspecteur Maigret, Henning Mankell et Kurt Wallander, Michael Connelly et Harry Bocsh, autant d’auteurs et leur héros qui ont aussi contribué à faire de lui, ex-avocat en droit des affaires, le maître québécois du thriller qu’il est devenu. Quand son horaire lui permet, il regarde aussi des séries policières à la télé, accordant de bonnes notes à The Punisher, True Detective et The Keeper.

La plus belle job au monde

Mais dès qu’il le peut, pour décrocher du rythme d’écriture «un peu malade mental» qu’il s’impose – plus de 12 heures par jour – Martin Michaud va marcher en forêt ou cherche à s’occuper manuellement. «J’essaie de me couper de cet univers qui m’habite tout le temps. Quand je me lève le matin, c’est très rare que je ne pense pas à Victor Lessard avant mon premier café.»

«Mais c’est tellement l’fun, c’est la plus belle job au monde. Ça n’a rien à voir avec le succès ou la reconnaissance, poursuit-il, mais avec quelque chose à l’intérieur de moi qui a envie de créer. C’est un privilège de pouvoir gagner ma vie ainsi, mais je réalise chaque jour que ça peut se terminer très rapidement.

«Quand quelqu’un entre dans une librairie et, parmi les milliers de livres qui sont là, va chercher un Victor Lessard qui coûte 25$, une somme durement gagnée, et qu’en plus, il te confie ce temps libre qu’il n’a pas beaucoup, c’est une marque de confiance qui me pousse à toujours donner le meilleur de moi-même.»