Dans la BD, on y suit les premiers pas, émois et tourments du futur bourreau des cœurs qu’est Valmont.

Lu pour vous: Liaisons dangereuses

CRITIQUE / Pas de marquise de Merteuil, dans cette version bande-dessinée des Liaisons dangereuses. Pas de vicomte de Valmont non plus... sauf à la toute dernière case, lorsque le jeune protagoniste, Sébastien, s’affiche sous sa nouvelle identité, visiblement déterminé à user de ses talents de séducteur nouvellement acquis. Le voilà enfin affranchi de sa « mentore » et maîtresse, la comtesse de Senanges, dont le masque de beauté cachait une cruelle perfidie, et libéré de l’amour que le garçon ressentait pour Adélaïde, la jeune et désirable nièce de la comtesse.

Stéphane Betbeder, Djief

Liaisons dangereuses, tome 1 : Préliminaires

Glénat, 58 pages

***½

C’est donc de la jeunesse de Valmont, que traite Stéphane Betbeder dans « Préliminaires », premier tome d’une adaptation qui s’annonce réjouissante. Le scénariste est épaulé par le dessinateur québécois Djief, qui s’avère aussi à l’aise à mettre en scène la haute société parisienne de 1755, qu’à donner vie aux perpétuels guerroiements du panthéon germanique (Le Crépuscule des dieux ). Tout en réussissant à véhiculer la sensualité perverse des situations et des personnages, ses illustrations n’ont rien de libertin.

Intrigues de boudoirs et rumeurs de salons ; stratagèmes romantiques et récompenses charnelles ; honneur nobiliaire et flatteries courtisanes ; alliances matrimoniales à sceller, jalousies, trahisons, règlements de comptes et saillies verbales aussi effilées que la lame de l’épée : Betbeder fait mouche, retrouvant la langue raffinée, ponctuée d’imparfaits du subjonctif châtiés, qui caractérise le roman de Choderlos de Laclos. 

La BD est d’ailleurs parsemée de billets doux (ou amers) échangés et de planches narrées et calligraphiées telle une missive manuscrite, en cela respectueuse de la forme épistolaire de l’œuvre originale. En se servant du regard d’entomologiste de Sébastien, Betbeder apporte un éclairage quasi-zoologique très appréciable sur les turpitudes de la ménagerie qu’il dépeint.

On y suit les premiers pas, émois et tourments du futur bourreau des cœurs qu’est Valmont. Au contact de Senanges, ce jeune homme fragile et mélancolique apprendra à masquer ses sentiments, voire à mentir par nécessité, pour survivre parmi les « convenances, les vices et la folie » d’une haute société moins éblouie par les Lumières de son siècle que par la corruption de ses mœurs.