Lu pour vous: la Lune

Objectif Lune, de Rod Pyle

Rod Pyle

Objectif Lune

Éditions Multimondes

180 pages

***1/2

Objectif Lune, «beau livre» du documentariste Rod Pyle – ex-rédacteur en chef de la revue Astronautics Journal – retrace «la grande aventure scientifique» du programme Apollo, 50 ans après l’alunissage de la fusée Saturn V (de la mission Apollo 11), le 20 juillet 1969.

Mais avant que ce voyage de 400 000 km ne se conclue par la phrase désormais célèbre de Neil Armstrong «un petit pas pour l’homme, un grand pas pour l’humanité», la mission aura été «le fruit de prodiges scientifiques et technologiques tout aussi extraordinaires les uns que les autres».

Et c’est à cette succession de prodiges que s’intéresse Rod Pyle, qui, peut-être parce qu’il a été consultant sur plusieurs séries télé de SF comme Star Trek et Battle Star Galactica, sait vulgariser aussi bien qu’il sait construire des récits courts et punchés. Bel exploit, car l’information est souvent pointue.

Entre 68 et 72, la NASA a envoyé neuf vaisseaux à la conquête de la lune (seulement six sont parvenus à destination). Les 180 pages d’Objectif Lune sont agrémentées de quelque 150 photos et documents d’archives, tels cet authentique rapport de mission, ces carnets de vol manuscrits datant d’Apollo 13, considéré comme un «fructueux échec», ces coupures de presse de La Pravda ou encore ces mémos «récemment déclassifiés» indiquant qu’on envisageait sérieusement, en 1959, de faire de la surface lunaire une zone de combat.

Un livre abordant la course aux étoiles ne pouvait passer sous silence la compétition entre les États-Unis et l’ex-Union soviétique, ni les efforts contemporains de la Chine, du Japon et de l’Inde pour explorer la lune. On remonte aux débuts d’une aventure qui débute plusieurs siècles plus tôt, avec les fantasmes scientifico-littéraires de Johannes Kepler, Jules Verne, Georges Meliès, H.G. Wells, et les plans de la fusée de Konstantine Tsiolkovski, publiés en 1883. Un chapitre se penche sur l’héritage du programme Apollo.

Entre autres retombées: le teflon et la navette spatiale qui remplacera les fusées. L’ouvrage, bizarrement, ne s’aventure pratiquement pas du côté de l’héritage cinématographique hollywoodien.

Le livre est préfacé par l’astrophysicien québécois Robert Lamontagne, qui explique en quoi l’exploit des moonwalkers lui a été l’étincelle d’une carrière passée à se rapprocher des étoiles, tout comme il a vraisemblablement donné la «piqûre des sciences» et donné des ailes à de nombreux enfants de son âge.

L’expérience de lecture peut être « augmentée » via l’application pour téléphones intelligents «Missions sur la lune» (disponible pour appareils Android et Apple).

Certaines pages comportent des icones interactives qu’il suffit de scanner pour accéder à de la réalité augmentée, des modèles en 3D, des vidéos de la NASA, des récits audio, et divers documents.

+++

Tintin et la Lune (double album)

Hergé

Tintin et la Lune (double album)

Casterman

128 pages

Les bédéphiles le savent, Tintin a posé le pied sur la lune quelque 20 ans avant Neil Armstrong. En prévision du cinquantenaire d’Apollo 11, les éditions Casterman ont réédité les deux volumes de cette aventure lunaire – Objectif Lune (1953) et On a marché sur la Lune (1954) – ici réunis sous le nom Tintin et la lune.

Le recueil hérite d’ailleurs d’une couverture inédite. Soit. Mais c’est tout. Il semble dommage que l’éditeur n’ait pas profité de cette réédition pour inclure un feuillet documentaire à la fin de l’ouvrage. C’est d’autant plus dommage qu’un tel fascicule pédagogique existe déjà.

En 2009, une précédente édition de cette compilation Tintin et la lune contenait pourtant un feuillet de 14 pages d’archives, conçu par les éditions Moulinsart, en collaboration avec les journaux Le Soir et Le Monde.

Les tintinophiles argueront que ce n’était pas nécessaire, car chacun sait aujourd’hui (ou devrait savoir) à quel point Hergé avait fait preuve d’une rigueur et d’une précision scientifiques sans précédent à l’époque où il conçut son scénario.

Le communiqué de presse reçu avec la BD est pourtant plein de détails savoureux. Il rappelle entre autre qu’Hergé fit valider par un scientifique français, Alexandre Ananoff, les principes de propulsion atomique qui poussera la fusée.

Que la NASA a n’officiellement confirmé la présence de glace sur la lune qu’en 2018 (alors que cette théorie exploitée par hergé a longtemps été considérée improbable) ; ou que le futur vaisseau martien du milliardaire Elon Musk est largement «inspiré» du design d’Hergé.

La Toile abonde d’informations sur la genèse et l’héritage de ces albums... elles auraient dû se retrouver dans une réédition digne de ce nom.