Quelques critiques de livre pour vous occuper durant le temps des fêtes.

Lu pour vous

Le Droit vous présente quelques recommandations littéraires pour le temps des fêtes.

Bouzard

Jolly Jumper ne répond plus

Dargaud, 48 pages

****

Au moment de fêter ses 70 ans, l’an dernier, le personnage du cow-boy qui tire plus vite que son ombre de a hérité d’une nouvelle « ligne éditoriale » : Lucky Luke vu par. Ce deuxième tome est « vu par » Guillaume Bouzard, auteur de BD prolifique, réputé pour son humour décalé (ce qui ne signifie pas qu’il soit très connu du grand public). 

Beaucoup plus insolent que L’homme qui tua Lucky Luke (le sympathique premier volume de cette collection, qu’on doit à Matthieu Bonhomme), Jolly Jumper ne répond plus plaira aux lecteurs vétérans, qui « maîtrisent » assez bien les codes de la série (et qui se souviennent des titres des albums) pour constater que, malgré le plaisir, les archétypes de la série tournent parfois en rond. Ceux-là apprécieront très certainement la distance que Bouzard prend avec les personnages et les situations. Le décalage est immédiat, tant dans le graphisme que dans l’esprit, qui nous ont rappelé les débuts de Larcenet dans Fluide Glacial, qui multipliait les pieds-de-nez à l’univers des contes et de la télé française.

Ces lecteurs « aguerris » seront séduits par le 2e degré apporté à une série qui, rappelons-le, était déjà elle-même une parodie (des films westerns de la grande époque). 

Un Luky Luke que plus personne ne reconnaît, parce qu’il a osé troquer sa traditionnelle chemise jaune pour une rouge ; un Averell Dalton obèse (d’avoir été trop gourmand) ; un Joe Dalton multipliant les menaces ridicules ; etc. : les amateurs de décalages vont adorer cette cavalcade de clins d’œil satiriques. Les autres grinceront peut-être des dents, en estimant qu’il s’agit là de graves entorses aux codes et personnages de Lucky Luke.


Isabelle Lambert

Un peu… biscuits… à la folie !

Modus Vivendi, 216 pages

Histoire de prendre des forces juste avant Noël, voici Un peu... biscuits... à la folie !, un beau livre de recettes faciles pour confectionner des petits gâteaux. 

Au menu gourmand : langues de chat, spéculoos, tuiles aux amandes, pattes de grizzli, palets bretons, pain d’épice, bâtonnets à la cannelle, poufettes maison et florentins aux cerises, pour les premières bouchées. 

Sans oublier les traditionnels biscuits de Noël aux formes et couleurs à croquer. Que du plaisir à partager généreusement, à confectionner en famille ou entre amis ; et nul besoin d’être aguerri pour s’y atteler, souligne l’auteure Isabelle Lambert. 

« Pour moi, c’est l’art de créer de petites merveilles avec des ingrédients tous simples ». Si les aliments de base restent les mêmes – farine, beurre, œufs – les recettes sont habilement classées par thématiques. 

Biscuits réconfortants, audacieux, biscuits d’ailleurs ou festifs, avec un chapitre spécial dédié aux fameux classiques revisités. Imparfaites, irrégulières, visiblement faites maison, ces gourmandises ne nous en apparaissent que plus charmantes (et réalisables !). 

Les amateurs de salés se reporteront sur la section des craquelins et sablés au fromage. 

Une mise en bouche idéale à l’approche de Noël !


Rowan Pelling

L’Art de l’érotisme

Phaidon, 272 pages

***

Couverture sombre à fente dorée. L’Art de l’érotisme n’a nul besoin d’un argumentaire de vente pour piquer la curiosité du lecteur. 

170 reproductions d’œuvres classées par ordre chronologique, à feuilleter selon l’aspiration du jour et pour le plaisir des sens – tous les textes ayant été judicieusement relégués en fin d’ouvrage. 

Un peu coquin ou franchement licencieux, plus abstrait ou très figuratif, l’ouvrage passe en revue, à travers les âges et les pays, aussi bien des fresques antiques que des transpositions surréalistes, que des shunga japonais, ces imagines libertines incluant poulpes et autres fantasmes anatomiques. 

Les classiques occupent une place importante avec leur approche singulière : Titien, Paul Cézanne, Edgar Degas, Edvard Munch, Georgia O’Keefe, Jackson Pollock... Picasso n’hésitait pas à affirmer «l’art et la sexualité, c’est la même chose.» 

Pour amateurs avertis ou profanes nostalgiques et curieux de l’érotisme sur papier glacé. 

À offrir à un être «chaire» ?


Nicola Davies, Lorna Scobie

Nature : le catalogue des merveilles

Hachette, 64 pages

***½

La plupart des enfants ont une fascination sans bornes pour les animaux et la nature en général. Ce n’est pas par hasard si les Biodôme de Montréal et Zoo de Granby de ce monde sont pleins à craquer de bouts de chou. 

Dès que mes deux fils ont ouvert le livre Nature : Le catalogue des merveilles, leurs yeux se sont illuminés. Depuis, c’est l’un de leurs favoris, à l’heure de la traditionnelle histoire avant le dodo. 

Divisé en catégories et illustré de façon fort originale, ce livre grand format permet d’en apprendre davantage sur l’extraordinaire et méconnue biodiversité de notre planète. 

On apprend que deux millions d’espèces ont été nommées et découvertes, mais qu’il pourrait bien en exister cinq fois plus. 

Voyons, Papa, ça n’existe pas, un ours à lunettes, m’a lancé mon aîné en apercevant l’espèce du même nom. À la fois ludique et très éducatif, ce bouquin démontre également aux enfants qu’en raison de la bêtise humaine, d’innombrables espèces sont malheureusement menacées d’extinction. 

Au fait, saviez-vous qu’il existe seulement 12 espèces de chiens, mais que l’on en compte 1240 chez les perroquets et pas moins de 22 000 chez les abeilles et les bourdons ?


Monica Sabolo

Summer

JCLattès, 320 pages

****

Summer, une adolescente de bonne famille, disparaît soudainement un été sur les bords du lac Léman. Plusieurs années se sont écoulées lorsque son frère Benjamin revient sur cette tragédie dont personne ne parle plus vraiment. 

Par cette disparition non élucidée, il repense à son enfance choyée dans un foyer apparemment sans défaut : c’est le portrait de la famille idéale dans le bonheur des réceptions (nombreuses), de la notoriété du père avocat, de la beauté de la mère admirée de tous...Comment expliquer que du jour au lendemain, lors d’un pique-nique entre amis, Summer ne soit plus retrouvée ? 25 ans ont passé mais son souvenir hante toujours Benjamin qui réexamine, avec son regard d’adulte encore dévoré par le chagrin, l’enfance qu’ils ont eue. Ils fréquentaient les mêmes amis, ont grandi dans une complicité bienveillante, dans le luxe d’une douce candeur privilégiée. Le frère cadet l’admirait. Comment n’a-t-il rien vu venir ?

«Je l’ai regardée, il me semble que je n’ai fait que cela, pendant toutes ces années. Pourtant j’ignore qui elle était, au plus profond de son coeur.»

C’est finalement un portrait en négatif de la famille modèle que dresse Monica Sabolo en abordant le traumatisme d’une disparition par le biais de son narrateur en deuil. L’auteure parvient à créer un décalage entre la tendresse de l’enfance idéalisée (superbes descriptions de l’adolescence, d’une dolce vita les pieds dans l’eau) et la sereine monstruosité d’un accident qui n’avait pas sa place dans un si joli tableau. 

Les eaux sombres du lac accompagnent poétiquement le récit, dont la fin donne un superbe éclairage au suspense finement entretenu. 

Le roman paru à la rentrée d’automne a fait partie de la liste des titres retenus pour le prix Goncourt 2017.


Riad Sattouf

Les cahiers d’Esther - Histoire de mes 12 ans

Allary Editions, 56 pages

****

La Mafalda parisienne de Riad Sattouf revient avec de nouvelles histoires truculentes. Dans ce tome 3, Esther a désormais 12 ans. Bonne élève, elle fréquente un établissement scolaire bien coté qu’elle a réussi à intégrer, non par privilège social, mais grâce à ses résultats. 

Elle hait toujours autant les garçons qu’elle trouve violents – mais adore son père, prof de gym – et s’est enfin fait offrir un iPhone par ses parents. L’année coïncide avec la campagne présidentielle française, les tests d’évacuation dans les écoles en cas d’attaque terroriste, l’élection de Trump (« la cata », se désole le père), et donne un ton plus politique à la bande dessinée. 

Ce qu’on aime chez Riad Sattouf ? Son inimitable talent à croquer un âge, une époque, un milieu social. La série L’Arabe du futur faisait revivre une enfance au Moyen-Orient dans les années 1980. Les Cahiers d’Esther croquent le quotidien d’une ado « normale », qui ne s’empêche pas d’employer des idiomes de son âge (« chai pas » à gogo, « j’m’en balek »...) et nous régale de son autodérision. Riad Sattouf signe immanquablement ses planches en précisant qu’elles lui sont inspirées « d’une histoire vraie racontée par Esther A. »

L’une d’elles met en scène une autocritique d’Esther commentant le travail de son dessinateur... « c’est très réaliste de ma vie » et d’ajouter : « j’utilise beaucoup plus de gros mots-vulgarités que ce qu’il y a dans la bédé. » L’auteur joue habilement de sa popularité en imaginant même une adaptation hollywoodienne de ses histoires. C’est drôle, malicieux, actuel et parfois gonflé. Avec 1 million d’exemplaires des trois premiers tomes vendus en France, la collégienne de Riad Sattouf pourrait bien intéresser quelques producteurs...


Philppe Claudel

De quelques amoureux des livres que la littérature fascinait, qui aspiraient à devenir écrivain mais en furent empêchés par diverses raisons 

Livre de Poche, 128 pages,

*** ½

À l’image de son titre à rallonge (car il faut lui ajouter, «qui tenaient aux circonstances, au siècle de leur naissance, à leur caractère, faiblesse, orgueil, lâcheté, mollesse, bravoure, ou bien encore au hasard qui de la vie fait son jouet & entre les mains duquel nous ne sommes que de menues créatures, vulnérables & chagrines...!), ce livre de poche excelle dans la fantaisie littéraire. 

Il collectionne les destins d’aspirants écrivains qui, pour des raisons souvent loufoques, n’ont jamais pu écrire une ligne. 

Philippe Claudel, en s’amusant à les relier entre eux dans une étude pince-sans-rire, recrée de la littérature à partir de son absence, et réussit le tour de force de nous faire rire en épinglant ces postures d’imposteurs. 


Malala Yousafzai et Kerascoët

Le crayon magique de Malala

Gautier-Languereau, 48 pages

*** ½

Pour présenter ce joli livre autobiographique, il n’est pas inutile de rappeler qui est son auteure. Malala Yousafzai a reçu le prix Nobel de la paix en 2014. 

Cette jeune Pakistanaise n’avait alors que 16 ans – elle fut donc la plus jeune lauréate de l’histoire du prix.  C’est son récit, raconté simplement, humblement, et peut-être même naïvement, avec des étoiles dans le cœur, que Malala partage avec les enfants du monde.  Celui d’une jeune fille devenue, à force de détermination (conjuguée au courage de son père et à la solidarité de sa communauté), un symbole de résistance à l’oppression.  

Le rêve de la fillette était  d’étudier. Pour, plus tard, être en mesure d’améliorer  le sort de ceux qui n’ont pas les moyens de rêver. Mais un jour, les talibans ont débarqué dans son village. Et lui ont interdit l’accès à l’école.

À partir de l’image du crayon (outil accessible à tout un chacun) et de sa puissance symbolique (via l’instruction et l’éducation, catalysateurs permettant de concrétiser le rêve),  Malala partage sa conviction que quiconque, individuellement, peut (avec l’écho de la collectivité) «effacer la guerre, la pauvreté et la faim». Dire qu’elle en est la preuve vivante n’est pas un abus de langage: la fillette a survécu à une attaque des intégristes religieux en 2012. 

Aujourd’hui, la Fondation Malala a permis l’ouverture d’écoles pour réfugiés au Liban et en Jordanie.