Louise Lacoursière dit avoir constaté des «similitudes troublantes» entre son roman La Saline et un autre roman publié en France après le sien.

Louise Lacoursière plagiée en France?

Trois-Rivières — Le roman La Saline de l’écrivaine bien connue dans la région Louise Lacoursière a-t-il été plagié en France? C’est la question que l’écrivaine se pose sérieusement, ces jours-ci, après avoir constaté d’étranges similitudes avec un autre roman publié en France, La mélancolie du kangourou de l’auteure Laure Manel.

Dans une publication sur sa page Facebook professionnelle, Louise Lacoursière a indiqué, au cours des derniers jours, qu’elle trouvait troublantes les similitudes entre les deux histoires, des similitudes qui lui ont été rapportées par une lectrice assidue, qui est par hasard tombée sur le résumé de cet autre roman. Mme Lacoursière a par la suite pris le temps de lire le roman en question, afin d’y soulever les ressemblances et les différences, qu’elle relate en détail sur sa page Facebook.

L’intégrale de La Saline a été publiée en France à l’été 2017. La mélancolie du kangourou a de son côté trouvé place sur les tablettes des librairies quelques mois plus tard, en 2018, explique Louise Lacoursière en entrevue au Nouvelliste. «L’histoire y est pratiquement la même, ce qui n’est pas automatiquement un plagiat. Mais quand on constate que les personnages du roman ont le même nom, ça me questionne beaucoup», indique-t-elle.

Les deux histoires racontent en effet le récit d’Antoine qui perd sa femme lors de l’accouchement de leur enfant, qui se prénommera Marie-Louise. Si Louise Lacoursière fera évoluer le personnage du bébé avec le surnom de Loulou, Laure Manel lui accorde plutôt le surnom de Lou.

D’autres similitudes ont également été relevées par Louise Lacoursière, mais également de minces différences (voir textes ci-dessous) qui lui font dire aujourd’hui qu’elle n’a pas envie de se lancer dans une bataille judiciaire pour faire reconnaître la propriété intellectuelle de cette histoire. Un point de vue partagé par son éditeur, les Éditions Libre Expression, indique-t-elle.

«Je dois apprendre à choisir mes combats. Pour qu’il y ait eu plagiat, nous devons avoir suffisamment de preuves que le texte a été copié. Ici, il n’y a pas de copie intégrale du texte, mais c’est comme si le roman avait été fortement inspiré de mon histoire. La liste des différences que j’ai soulevées pourrait également venir faire invalider un procès pour plagiat», relate Mme Lacoursière qui a en tête le long combat qui a été mené par l’auteur Claude Robinson contre Cinar pour le plagiat de son oeuvre Les aventures de Robinson Curiosité. Une saga judiciaire qui se sera rendue en Cour suprême et aura duré 18 ans.

«On a tous en tête le cas de Claude Robinson. Je vais donc choisir mes combats et je n’en ferai pas le combat de ma vie», relate Mme Lacoursière, qui a tout de même communiqué avec l’éditeur de Laure Manel, et qui a aussi interpellé cette dernière afin d’obtenir des explications, sans succès jusqu’ici.

«C’est drôle, mais moi si on me reprochait d’avoir plagié une œuvre, je m’empresserais d’aller au devant et de faire valoir mes arguments pour écarter tout doute possible», mentionne-t-elle.

Droit d’auteur

Mais pourquoi faire une telle sortie publique si ce n’est pas, au bout du compte, pour obtenir réparation? Louise Lacoursière explique qu’elle a également voulu sensibiliser le public à l’importance du droit d’auteur et de la propriété intellectuelle.

«C’est aussi une question de principe. J’ai voulu le dénoncer, peut-être pour me défouler, mais aussi pour que les gens comprennent l’importance de tout ça. Et j’ai reçu énormément de commentaires à la suite de la publication, des commentaires qui me font du bien et qui me font comprendre que je n’ai sans doute pas fait ça en vain», mentionne-t-elle, reconnaissante.

Le Nouvelliste a écrit aux Éditions Michel Lafon, éditeur de La mélancolie du kangourou, de même qu’à l’auteure Laure Manel par messagerie privée sur son compte Facebook, afin de pouvoir obtenir une entrevue au sujet des questions soulevées par Louise Lacoursière, mais nos demandes sont demeurées sans réponse pour le moment.

Similitudes et différences notées par l’auteure

Similitudes

- La femme tant aimée meurt en couche de façon soudaine et inattendue

- Incapable d’annoncer la nouvelle à ses beaux-parents, Antoine (même nom du personnage principal dans les deux cas) laisse cette tâche au médecin 

- Il nomme spontanément sa fille Marie-Louise, bien vite surnommée Loulou (Lou chez Laure Manel)

- Antoine, le mari, se retrouve démuni, démoli et dépressif

- Même indifférence d’Antoine face à son bébé. Il éprouve de l’aversion envers Loulou (Lou), qu’il juge responsable de la mort de sa maman

- La mère d’Antoine prend Loulou (Lou) en charge pendant ses premières semaines

- Antoine embauche une gouvernante, Michelle (Rose chez Laure Manel)

- La détresse d’Antoine, le soutien de Michelle (Rose), l’attachement spontané de cette dernière au bébé, sa délicatesse et ses incitations à permettre au papa d’apprivoiser son enfant

- Dans les deux cas, Antoine se culpabilise d’être un mauvais père

- Michelle et Rose respectent le spectre de la mère décédée

- La reconnaissance d’Antoine se transforme en sentiment amoureux

Différences

- L’année de l’histoire: 1891 chez Lacoursière, contemporain chez Manel

- Le lieu: Québec et France

- L’âge des protagonistes

- La façon dont Antoine réagira à la dépression

- Le passe-temps favori du personnage: Michelle aime la lecture, Rose aime la danse

- Les amitiés: Michelle n’a pas beaucoup d’amies alors que Rose a des amies que l’on rencontre souvent

- Certaines réactions d’Antoine et le fait qu’il croit tomber amoureux dans l’histoire de Manel (absent chez Lacoursière)

- Les relations avec les beaux-parents: harmonieuses chez Lacoursière, affrontement chez Manel