Histoire buissonière de la pluie, par Alain Corbin ***, 96 pages, Collection Champs (Flammarion)

Lisons sous la pluie

CRITIQUE / Cet été, rien de plus familier que ce mot, accompagnateur de nos vies quotidiennes et sujet inépuisable de futiles conversations : la pluie.
Pour ne pas rester les yeux noyés dans les averses successives, coupables de contrecarrer des projets en plein air et de nous faire grelotter, pourquoi ne pas déjouer les caprices de la météo en se réconfortant auprès des esprits littéraires les plus alertes ? 
Dans un petit livre aussi léger qu'une fine pluie éclair, l'auteur Alain Corbin a recueilli différentes évocations de la pluie au fil des époques. Il met en exergue les relations évidentes entre caprices de l'atmosphère et humeurs passagères. Car, comme le rappelle-t-il d'emblée, depuis «la fin du XVIIIe siècle s'est intensifiée la sensibilité de l'individu aux phénomènes météorologiques
Moral chiffonné, agacé, comme chez Stendhal qui s'emporte contre ces «pluies continuelles, éternelles, vilaines, infâmes, abominables.» D'autres textes proposent une analyse plus positive des effets sensibles et psychologiques de la pluie.  
«Dans le mauvais temps, écrit  l'auteur en citant Bernardin de Saint-Pierre, le sentiment de ma misère humaine se tranquillise, en ce que je vois qu'il pleut et que je suis à l'abri ; qu'il vente, et que je suis dans mon lit bien chaudement. Je jouis alors d'un bonheur négatif.»
En exhumant de savoureuses citations de siècles passés, Alain Corbin nous rappelle aussi l'incroyable force poétique d'un ciel gros de pluie. Baudelaire transforme le paysage urbain pluvieux en spleen. Le thème romantique d'une pluie qui rapproche les êtres irrigue poèmes et chansons, et l'on pense à Jacques Prévert : «Il pleuvait sans cesse sur Brest ce jour-là / Et tu marchais souriante...»
Quand l'écrivain cueilleur d'instants éphémères veut remplir sa gibecière, le temps qu'il fait est chose d'importance. Pour le marcheur et l'amoureux de la nature, l'état du ciel tourne à l'obsession... pour le meilleur, ou le pire. 
À l'instar d'André Gide qui consigne, amer, «De nouveau trois jours de pluie. J'ai la tête fatiguée, la volonté inquiète et la personnalité indécise.» Quoi de plus revigorant que de fredonner un crépitant Bel été !