Millénium 5 - La fille qui rendait coup pour coup, par David Lagercrantz, ***, Actes Sud, 416 pages

Lisbeth, l'increvable dragonne

CRITIQUE / Des études sur les jumeaux ? Il n'en fallait pas plus à David Lagercrantz pour replonger Lisbeth Salander dans son violent passé.
Redonnant vie pour une deuxième fois aux personnages du regretté Stieg Larsson dans La fille qui rendait coup pour coup, l'auteur y revisite toutefois avec un peu moins de mordant l'univers de Millénium, malgré une prémisse prometteuse.
Jugée coupable par un tribunal à la fin de Ce qui ne me tue pas, Lisbeth purge sa peine en prison. Elle y reçoit la visite déstabilisante de son ancien tuteur Holger Palmgren, qui fait remonter à la surface des souvenirs troubles de son enfance.
En parallèle, après avoir recouvré sa liberté, elle décide de régler le mauvais traitement réservé à l'une de ses co-détenues, Faria Kazi, victime de l'intégrisme de ses frères, entre autres. 
De son côté, Mikael Blomkvist se lance dans une enquête sur un programme de recherches génétiques perturbant, au cours de laquelle il sera notamment fait mention de Josef Mengele et de ses travaux à Auschwitz. Ledit programme s'avère au coeur de cette nouvelle intrigue menée sur les chapeaux de roues.
Dans La fille qui rendait coup pour coup, David Lagercrantz prend assurément ses aises avec Lisbeth (on apprendra la symbolique du dragon qu'elle s'est fait tatouer) et avec Blomkvist (toujours aussi séducteur et efficace quand vient le temps de trouver des sujets explosifs pour son magazine). Du coup, il remet en scène Jan Bublanski et ses collègues de la police suédoise, ainsi qu'Erika Berger et Plague, tout en greffant autour de ce noyau dur de nouveaux personnages, dont un pianiste nommé Leo Mannheimer.
Gémellité, inné et acquis, jalousie et trahisons. Intégrisme religieux, crimes d'honneur et intimidation. Désinformation, piratage russe et fraudes économiques. Tous les ingrédients pour concocter un cinquième tome décloisonnant encore un peu plus le cadre de la saga étaient réunis. Cela n'empêche pas David Lagercrantz de proposer une trame qui, quoique fidèle à l'esprit de la trilogie originale, laisse cette fois dépasser quelques ficelles plus ou moins bien attachées (les motards du MC Svavelsjö devaient-ils absolument être de nouveau impliqués dans cette affaire ?). Il se permet aussi d'offrir quelques rebondissements quasi hollywoodiens - c'est particulièrement criant dans le cas de Leo.
De plus, s'il est fait mention de faits alternatifs et de Mossack Fonseca (en guise de clin d'oeil aux Panama Papers), certaines de ces allusions à l'actualité récente semblent plus « plantées » que véritablement intégrées à l'action.
Lisbeth et Mikael maîtrisent l'art de se retrouver mêlés à de troublantes  disparitions (ou réapparitions de fantômes du passé) aux répercussions souvent aussi inquiétantes que percutantes. Cela fait indéniablement partie de leur charme et de leur intérêt. Il y a néanmoins des limites à ce que l'increvable Lisbeth (qui commence d'ailleurs à ressembler à Jack Bauer dans 24 heures chrono...) peut endurer.
Force est néanmoins de reconnaître qu'on renoue avec plaisir avec eux, le temps de quelques heures d'une lecture malgré tout bien rythmée.