Les copains d’abord

Ils sont six amis dans la jeune vingtaine. Ils deviennent six trentenaires, puis six quadragénaires. Leurs vies se transforment au fil de leurs joies et leurs peines, de leurs amours et leurs deuils. Mais leur amitié immuable finit toujours par les réunir, douce et apaisante comme L’odeur du gruau.

Les trois mouvements des vies de Judith, Béatrice, Frédéric, Paul, Léa et Carl tissent la trame de ce tout premier roman d’Alexis Rodrigue-Lafleur, publié chez L’Interligne et lancé mercredi cette semaine. « J’avais envie de parler du temps qui passe et des étapes de la vie. Des fois, on regarde en arrière et on oublie. Tu regardes dix ans dans le passé et tu as l’impression que c’était une autre vie », a expliqué l’auteur, rencontré en début de semaine.

Peu après son lancement, Alexis Rodrigue-Lafleur est retourné au Vietnam, où il a récemment emménagé avec sa conjointe agente de développement international. Son aller-retour à Gatineau lui a permis de revoir la région qu’il a habitée pendant presque 10 ans et où il a travaillé comme technicien aux installations au Musée des beaux-arts du Canada.

Au Musée, en discutant d’arts visuels avec ses collègues et amis artistes, « souvent, je voyais des liens avec ce que je faisais quand j’étais en train d’écrire ». Cherchant à évoquer autant d’images que possible, sa plume concise passe de la narration aux souvenirs et aux réflexions de ses personnages avec fluidité. Même les tirets des dialogues ont été omis pour éviter toute coupure. « Pour moi, c’est comme utiliser de la peinture pour mélanger ou diluer les couleurs, a-t-il illustré. Tu peux jouer avec la juxtaposition, avec la superposition ; tu peux jouer avec les couleurs comme tu peux jouer avec les mots. Ce n’est pas tellement différent. »

L’odeur du gruau « faisait partie d’un défi: le NaNoWriMo » — le quoi ? Le National Novel Writing Month: un défi lancé à qui veut bien le relever et qui consiste à écrire un roman à raison de 2000 mots chaque jour pendant un novembre complet. Pendant quatre NaNoWriMo, le père de deux ados s’enfermait dans son bureau dès 20 h et écrivait « comme un débile mental ». Il a pondu le premier tapuscrit de L’odeur du gruau au terme de son dernier marathon d’écriture, il y a cinq ans. Délaissé un moment, le texte a été fignolé en réponse à un « besoin » d’aller jusqu’au bout du processus. « Pour moi, c’était un succès de simplement terminer le manuscrit et de l’envoyer à des maisons d’édition », a souri l’auteur de nombreux romans jamais achevés.

Alexis Rodrigue-Lafleur a l’intention de profiter de son nouveau quotidien vietnamien pour plancher sur un deuxième roman. « C’est encore à l’état d’ébauche. Mais la masculinité en général, c’est quelque chose sur quoi je veux travailler. Quelque chose qui pourrait aider à mieux se comprendre en tant qu’homme. »